Une séance du conseil houleuse à l'Agglomération de Longueuil

Ali Dostie ali.dostie@tc.tc
Publié le 18 novembre 2016

Des dizaines de citoyens ont adressé leurs questions aux élus de l'agglomération.

©Photo: TC Media - Ali Dostie

POLITIQUE. Dans une salle pleine comme cela a rarement été vu à la séance du conseil d'agglomération, des citoyens ont réclamé une meilleure répartition des coûts entre les villes liées et la ville centre et ont dénoncé, comme le slogan de la campagne des maires de Brossard, Saint-Bruno et Saint-Lambert, qu'«On paie trop pour Longueuil».

Des dizaines de citoyens de l'agglomération, particulièrement de Saint-Lambert, ont répondu à l'appel des maires Paul Leduc, Alain Dépatie et Martin Murray, qui avaient invité la population via YouTube à venir exprimer leur mécontentement à la séance du 17 novembre.

Guerre de chiffres

Le rapport Gagné des Hautes études commerciales (HEC) a été abondamment cité, tant par les citoyens que par le maire Leduc. Ce dernier en a d'ailleurs vanter l'«indépendance», comparativement à l'étude commandée par l'Agglomération qui avance que le coût des services y est inférieur à la moyenne des villes comparables.

«Le vrai débat, c'est la taxation. La Ville de Longueuil constitue 58% de la population. Les villes liées paient pourtant 58% des taxes», a signifié Sylvie Paradis, résidente de Saint-Lambert.

Elle fait aussi partie des Lambertois qui ont déploré payer davantage de taxes à l'Agglomération qu'à leur ville.

Selon plusieurs, le coût des services est également mal réparti. «Comment justifier que selon un calcul en fonction de la population, il y a un écart de coût de 35% entre Saint-Lambert et Longueuil pour le même service de police», a questionné Gilles Girard.

Le maire Martin Murray s'est défendu de critiquer la qualité des services déployés dans les villes de l’agglomération, mais en questionné plutôt la quantité. «À Saint-Bruno, sur une base de juste répartition fiscale, c'est 3,5 M$ de moins que nous paierions pour les mêmes services. Ce qu'on n'accepte pas, c'est l'iniquité fiscale.»

Le maire de Boucherville Jean Martel a cependant appelé ses homologues à interpréter les données des coûts par habitant avec une certaine prudence, avançant que  la présence d'un important parc industriel à Boucherville fait grimper le coût par habitant. «Mais ce parc, je préfère le garder.»

Aux questions de répartition des coûts, la conseillère Sylvie Parent a soutenu que la Ville de Longueuil paie effectivement 47% des coûts, alors que Brossard en paie 23%, Boucherville 15%, Saint-Bruno 8,5% et Saint-Lambert 6,5%. «On peut voir que la ville centre assume une bonne partie des coûts», a-t-elle ajouté.

La Ville de Longueuil débourse d'ailleurs pour 70% des dépenses mixtes.

Pour une entité autonome

Plusieurs intervenants ont aussi suivi la voie déjà empruntée par les maires Leduc, Murray et Dépatie en réclamant que les cinq villes soient gérées par une entité autonome, comme une MRC. «Il y a confusion des genres entre la gouvernance de la ville et celle de l'agglomération», a soulevé le citoyen Pierre Hogue.

«Ce qu'on demande, c'est une entité séparée, ce n'est pas compliqué, a lancé Paul Leduc. Est-ce normal que la Ville de Longueuil gère l'argent des autres villes? Si on avait une entité séparée, on pourrait aller de l'avant avec quelque chose qui rend justice à tout le monde.»

Aux yeux des trois maires qui accusent la Ville de Longueuil d'opacité en matière de transmission d'information, une telle structure permettrait une plus grande transparence.

Sur ce point, la mairesse Caroline St-Hilaire s'est défendue de cacher de l'information aux maires des villes liées, soulevant que deux commissions auxquelles assistent les maires se tiennent aux deux semaines. «Ils peuvent poser toutes les questions qu'ils veulent. Ils ont accès aux mêmes informations, en même temps que moi.»

Sylvie Parent a aussi douté d'une économie d'échelle advenant l'instauration d'une telle structure, qui impliquerait de nouveaux locaux et l'embauche de nombreux employés.

Guerre de clochers

Quelques citoyens ont plutôt choisi de montrer leur appui et leur satisfaction à l'égard du fonctionnement de l'Agglomération.

«J'habite l'agglomération et j'en suis très fier. Je n'ai pas à me plaindre des services. La seule affaire que je n'aime pas, c'est la chicane, a exprimé André Louis XVI. Je trouve que ça ressemble à une guerre de clochers. Ma question aux trois maires: pourraient-ils passer à autre chose?»

Et alors que le conseiller de l'opposition de Saint-Bruno André Besner a critiqué les moyens employés par les trois maires pour leur campagne «On paie trop pour Longueuil», le citoyen Jacques Louis s'est questionné quant au coût de cette dernière. «Les maires ont fait installer des pancartes jusqu'à Montréal! Qui paie pour ça?»

Cinq maires à la même table?

Devant l'insistance des maires qui réclament un changement de fond en comble du fonctionnement de l'Agglomération, Caroline St-Hilaire a invité ses homologues à «travailler ensemble» pour l’améliorer. «On se verra toute la fin de semaine s'il le faut», a-t-elle lancé.

À Cette invitation, le maire Martin Murray a répondu et apporté cette nuance. «Je suis prêt à ce qu'on se rencontre à la même table, mais sur une révision complète de l'Agglomération. Je suis aussi près à y passer la fin de semaine.»

M. Dépatie a aussi apporté son appui. «Je suis prêt à y aller n'importe quand.»

Démystifier l'Agglomération

Devant ce qu'elle estime comme une certaine «incompréhension» du fonctionnement de l'agglomération de la part de certains citoyens, Caroline  St-Hilaire a par ailleurs défendu la pertinence de tenir des séances d'information pour démystifier cette structure municipale.

Elle a de plus invité la population à une séance d'information à l'hôtel de ville, le 22 novembre à 19h, qui portera sur l'étude de la firme Raymond Chabot Grant Thornton, selon laquelle l'Agglomération paie moins cher pour la majorité de ses services comparativement à des villes similaires du Québec.