Les organismes d’aide crient famine

Jeunes en difficulté

JC Gagnon bou.redaction@tc.tc
Publié le 17 février 2016

Réginald Guay, de Macadam Sud, a remarqué une augmentation du nombre de jeunes en détresse sur le territoire de Longueuil.

©Photo: TC Media – Archives

GANGS DE RUE. Les différents intervenants qui luttent contre les gangs de rue et la prostitution juvénile en Montérégie doivent faire face à une augmentation du nombre d'adolescents en fugue alors qu'ils ont de moins en moins d'argent pour s’occuper du problème.

Tous les organismes que Le Courrier du Sud a contactés s'entendent pour dire que le nombre de jeunes en difficulté est à la hausse.

«Il y a effectivement une certaine recrudescence des fugues», fait remarquer le directeur adjoint de l'organisme de première ligne Macadam Sud, Réginald Guay.

Le directeur de la Maison des jeunes Kekpart, Richard Desjardins, constate aussi que de plus en plus de jeunes tombent dans l'univers de la prostitution et des gangs de rue; une opinion également partagée par la directrice de la Maison L'Antre-Temps, Sonia Langlois, qui héberge près de 150 jeunes par année.

Coupures douloureuses

Ces trois organismes communautaires qui œuvrent auprès des jeunes vulnérables doivent composer depuis quelques années avec des compressions budgétaires.

Macadam Sud a dû mettre à pied un travailleur de rue en septembre dernier parce que son programme de prévention d’adhésion aux gangs de rue destiné aux jeunes des communautés culturelles a été coupé par le ministère de l’Immigration.

Il en est de même à la maison L'Antre-Temps. «On est inquiet pour l’avenir. Il y a moins d’argent qui nous arrive des programmes provinciaux et fédéraux. Même Centraide a dû couper sa subvention», indique Sonia Langlois.

À la Maison Kekpart, une subvention de 85 000$ attitrée à un programme de prévention de la prostitution juvénile permettait auparavant à deux intervenants de visiter les écoles de la Rive-Sud. L'aide financière a été supprimée l’an dernier en raison des compressions imposées par le gouvernement Couillard.

«On ne va plus dans les écoles et c’est bien dommage, car nous étions les seuls à faire ce genre de sensibilisation», souligne Richard Desjardins, qui espère que le nouveau ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux réinvestira de l’argent dans ces programmes.

Le projet Mobilis, chapeauté par le Service de police de l'Agglomération de Longueuil (SPAL) et le Centre jeunesse de la Montérégie, a aussi subi des coupes dans son financement, ce que la mairesse Caroline St-Hilaire considère inacceptable compte tenu des nombreuses fugues recensées chaque année.

Ressources essentielles

Le coordonnateur du projet Sans proxénète ni escorte (SPNE) de la Maison Kekpart, Karim Dabo, est aux premières loges pour constater la force du recrutement et la détresse des filles enrôlées dans les gangs de rue. Leur intervention auprès des jeunes permet de petits miracles, même s'il peut s'avérer complexe de déjouer le milieu du proxénétisme.

M. Dabo indique que le plus difficile est de faire réaliser aux filles qu'elles ne vivent pas dans une relation saine et que leur copain est un pimp.

«Des filles font des démarches pour s'en sortir et vont retourner vers leur chum parce qu'il leur donne l'amour et l'affection qu'elles ne retrouvent pas ailleurs. Elles peuvent aussi être devenues dépendantes à la drogue et y retourner pour ça», constate-t-il.

Selon le coordonnateur, environ 10 filles sur 60 vont réussir à se sortir de ce cercle annuellement. «Les 50 autres, si elles restent, risquent de devenir de la marchandise. J'ai vu des filles qui ont passé 10 ans dans la rue pour les gangs, et elles étaient dans un état horrible. Le but est de les sortir le plus tôt possible, ou mieux encore, éviter qu'elles y tombent.»

En collaboration avec Annick Oligny.