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Son corps retrouvé en mars 2016: Francine Haesmans serait morte de faim et de froid


Publié le 13 juillet 2017

Le corps de Francine Haesmans a été découvert par un piéton près du boul. Taschereau, le 21 mars 2016.

©Photo: TC Media - Archives/Denis Germain

DÉCÈS. Francine Haesmans serait probablement morte d'un désordre lié à un manque de nourriture, possiblement aggravé par l'hypothermie, selon le rapport du coroner.

Le corps de Mme Haesmans avait été découvert près de la bretelle menant du boul. Jacques-Cartier au boul. Taschereau, le 21 mars 2016. Selon les policiers, la victime gisait à cet endroit depuis le début de l'hiver.

C'est une mort horrible...

André Haesmans

Selon le rapport de la coroner Me Andrée Kronström, publié plus d'un an après la découverte, Mme Haesmans «est décédée probablement d'un désordre physiologique avec cétose associée ou non à une hypothermie environnementale». Dans son analyse, Me Kronström explique que la cétose peut être liée au diabète, à l'alcool ou à un jeûne. Aucune trace d'alcool n'a été détectée dans le sang de la victime.

L'état de décomposition avancé du corps a compliqué la détermination de la cause du décès. Le pathologiste qui a effectué l'autopsie n'a toutefois trouvé aucune trace d'une lésion ou d'un quelconque traumatisme qui aurait pu entraîner la mort de Mme Haesmans.

Troubles psychotiques

Le Courrier du Sud a rencontré le frère de la victime, André Haesmans, dans son appartement de Longueuil. Selon lui, Francine souffrait d'épisodes psychotiques depuis quelques mois lorsqu'elle a été hospitalisée à l'hôpital Charles-Le Moyne, le 15 août 2015.

«Il y a des jours où ça allait bien, mais d'autres jours elle était très confuse. Elle disait "Dieu m'appelle" et d'autres choses comme ça.»

M. Haesmans raconte que sa sœur avait connu d'importants problèmes de dépression depuis son adolescence.

«Je suis arrivé de France avec mes parents en 1954. Francine est restée là-bas jusqu'à l'âge de 15 ans, mais ils sont allés la chercher en 1967. Ça l'a beaucoup perturbée.»

Selon le rapport de la coroner, Mme Haesmans a été hospitalisée à l'été 2015 lors d'un épisode psychotique «très sévère». Le psychiatre n'a jamais pu identifier la cause de cet épisode et son diagnostic est demeuré «trouble psychotique non identifié».

«L'hospitalisation a duré 50 jours, précise le rapport, car la patiente était instable. Le 1er septembre 2015, Mme Haesmans est devenue méfiante, ne désirait plus rester hospitalisée et menaçait de se sauver.»

L'hôpital est donc allé chercher une ordonnance de garde et a augmenté la surveillance de la patiente. L'équipe médicale a aussi tenté divers médicaments et divers dosages afin de mieux contrôler les symptômes psychotiques.

Permission de sortir

Toujours selon le rapport de Me Kronström, l'état de Francine Haesmans s'est amélioré à partir du 18 septembre. Douze jours plus tard, les médecins ont donc décidé de lui accorder un congé temporaire, avec visites à domicile.

Mais, la veille du début de ce congé, qui devait s’amorcer le 2 octobre 2015, la patiente s’est enfuie de l'hôpital sans vêtements appropriés, sans argent, sans médicaments, sans téléphone et sans carte d'identité.

Sa disparition a été constatée vers 10h30. L'hôpital craignait qu'elle ne soit à nouveau psychotique. La police a été contactée et des recherches «intensives» ont été menées, sans succès, jusqu'à ce qu'un piéton découvre le corps inerte de Francine Haesmans près du boul. Taschereau, presque six mois plus tard.

14 mois pour connaître la cause du décès de sa sœur

André Haesmans
Photo: TC Media - Denis Germain

André Haesmans en a gros contre le Bureau du coroner. Il a dû attendre plus d'un an pour savoir de quoi est décédée sa sœur Francine, dont le corps a été découvert en mars 2016.

«C'est extrêmement lent. Tu veux faire ton deuil, mais tu ne peux pas parce que cette histoire revient tout le temps», affirme-t-il.

Selon M. Haesmans, la coroner qui devait mener l'enquête est partie en congé, puis a démissionné. Le rapport de la coroner Andrée Kronström indique que cette dernière n'a reçu le mandat de poursuivre le travail qu'en mai 2017.

L'homme déplore la gestion de son dossier par le Bureau du coroner. Il a même déposé une plainte au Protecteur du citoyen.

«Quand je les appelais, on ne me répondait jamais!» lance-t-il.

C'est que le rapport du coroner ne sert pas qu'à faire le deuil. Le testament de Mme Haesmans ne pouvait être exécuté tant que le rapport n'était pas déposé. M. Haesmans affirme être l'héritier de la moitié des avoirs de sa sœur.

«Elle avait des placements. À cause de la lenteur, il va falloir payer une autre année d'impôts», souligne-t-il.

Selon M. Haesmans, le notaire qui exécute le testament de Francine peut maintenant entamer une enquête fiscale sur la défunte. Une enquête qui devrait prendre quelques mois.