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Bris d'aqueduc sur la rue Belcourt: Un deuil douloureux pour l'artiste-peintre Louise Rouleau


Publié le 17 juillet 2017

Louise Rouleau dans ce qui était son atelier.

©Photo: TC Media - Ali Dostie

SINISTRE.  Dans le sous-sol de l'artiste-peintre Louise Rouleau – alias L'OR – l'eau a tout pris sur son passage. Ses dessins, ses œuvres, son matériel; le travail d'une vie détruit en quelques heures, lors du bris d'aqueduc de la rue Belcourt dans la nuit du 20 juin. Près de trois semaines plus tard, le choc est tout aussi grand et le deuil encore douloureux.

Vers minuit le 20 juin, un voisin est venu cogner à la porte pour alerter Louise Rouleau et son mari que l'eau envahissait la rue Belcourt et descendait dangereusement dans leur sous-sol. En trente minutes, les quelques pouces se sont transformés en un mètre d'eau dans la salle d'exposition et l'atelier de l'artiste-peintre.

«Le cœur m'a arrêté. Tout bougeait partout. Il y avait un gros bureau, avec plein de piles d'affaires dessus. Il était retourné comme une feuille de papier. On ne comprenait pas d'où ça venait», raconte Mme Rouleau, encore dépassée par les événements.

«Mon mari a pu sauver une douzaine de toiles accrochées sur les murs, ajoute-t-elle. J'ai pu récupérer mon appareil photo, ma table lumineuse et mes gros portfolios, que je suis normalement incapable de soulever toute seule.»

Mis à part quelques dessins et le contenu de ces portfolios (des coupures de journaux et des rubans de prix remportés tout au long des 35 ans de sa carrière), plus rien. Mme Rouleau estime avoir perdu au moins 500 dessins, sans compter tous les cahiers et travaux qu'elle cumulait depuis ses études universitaires en arts.

L'eau vaseuse rendait les déplacements très ardus. Il a fallu une semaine pour tout sortir.

Certains dessins qu'elle a récupérés devront néanmoins être jetés, le risque de contamination en raison des bactéries étant trop élevé. La compagnie de nettoyage après sinistre a désinfecté les lieux et effectuera deux autres vagues de désinfection dans les prochains jours.

«Je les voyais partir avec toutes mes choses et mes œuvres dans des conteneurs, se remémore-t-elle. C'était comme si on m'arrachait la peau.»

C'est la même douleur que quand j'ai perdu mon père. Je n'ai pas les mots pour le décrire tellement ça fait mal. Je dois faire le deuil de moi-même. C'est un chagrin indescriptible.

Louise Rouleau

Perdre ce dans quoi elle a mis toute son âme, ce dans quoi elle s'est investie émotionnellement la blesse d'une façon incroyable, d'une façon qui n'a aucune mesure avec la perte d'autres biens matériels.

La salle d'exposition
Photo: TC Media - Ali Dostie

En plus de la forte dimension émotionnelle, il y a également les revenus de vente de ses œuvres que Louise Rouleau doit désormais oublier. Et à cela s'ajoute le combat avec les assurances, car les compagnies ne protègent pas le travail d'artistes.

«Parce qu'on n'est pas Picasso, il n'y a pas de règlement. Je ne connais pas d'artiste qui assure ses œuvres. C'est un peu comme le droit d'auteur, c'est très complexe», compare-t-elle.

Mme Rouleau recourt aux services d'un avocat pour défendre ses intérêts dans cette affaire.

Une collection épargnée

Une seule production d'oeuvres a été épargnée, soit celle actuellement en exposition à Chicago. Un immense soulagement pour Louise Rouleau, considérant le travail des trois dernières années que cela représente.

Ironie du sort, cette exposition s'est magnifiquement bien passée pour l'artiste-peintre. Elle revenait justement de Chicago quelques jours à peine avant le drame.

«J'étais sur une belle lancée. Ça avait été très bien, au-delà de mes espérances, raconte-t-elle. J'étais super encouragée, je sentais que j'avais atteint un but. Et là, je perds tout. Ç'a arrêté mon élan.»

Retourner à la peinture, éventuellement

Trois semaines plus tard, la plaie ne semble pas vouloir se refermer. Depuis cette nuit du 20 juin, Louise Rouleau dort peu. Elle dit se mettre à pleurer tout le temps, lorsqu'elle repense à tout ce qu'elle y a perdu.

Si son entourage est convaincu qu'elle se remettra à la peinture et l'encourage à reprendre les pinceaux, Mme Rouleau admet que les choses sont beaucoup plus difficiles.  Simplement d'aller acheter quelques pinceaux l'a fait flancher, en repensant à tout le matériel qu'elle avait cumulé au cours de sa vie.

Elle sait qu'elle finira par peindre de nouveau, bien que cette idée soit difficile à concevoir en ce moment.

«Mon cerveau a toujours été en mode créatif. J'ai parfois une idée, et là je me dis: "non, je ne peux pas, je n'ai pas les outils". Mon mode de vie a changé et a été perturbé. C'est un gros choc. Ça me fait mal actuellement de ne pas être capable de peindre. Mon bien-être passe par ça. Je ne pourrai jamais vivre sans la peinture.»

Elle veut tout de même se redonner le temps nécessaire avant de se remettre à sa passion.

 «Il y a sans doute une raison pourquoi ça m'arrive, mais je ne la comprends pas encore», laisse-t-elle tomber.

Louise Rouleau a lancé une campagne GoFundme afin de récolter des dons qui pourront l'aider à reconstruire son atelier et se procurer du matériel d'arts, ce qui nécessite environ 30 000$. Pour faire un don: https://www.gofundme.com/une-artiste-perd-35-ans-de-travail