Être Québecois et musulmans: une exposition pour changer les regards

Sarah Laou sarah.laou@tc.tc
Publié le 13 novembre 2016

Le Comité Longueuil Ville sans racisme s'associe aux fondateurs de l'exposition pour lutter contre les stéréotypes à l'égard des musulmans.

©TC Media – Robert Côté

ÉVENEMENT. L'exposition itinérante à succès QuébécoisEs, musulmanEs… et après? sillonne la province sans relâche depuis deux ans et sera de passage pour trois semaines dans le hall de la bibliothèque Georges-Dor de Longueuil.

Vingt-quatre portraits de femmes et d'hommes aux origines et aux parcours variés tapissent les murs. Le visage souriant d'une chauffeuse d'autobus, celui d'un adepte de ski, de jeunes universitaires ou encore d'une militante communautaire se succèdent sans se ressembler. Qu'ils soient originaires du Mali, du Pakistan, du Liban, d'Algérie ou qu'ils soient nés ici, tous partagent un point commun: ils sont Québécois de confession musulmane.

Comme eux, 243 430 personnes vivant au Québec se déclarent musulmanes, ce qui représente 3,14% de la population, selon les chiffres de 2011 de Statistique Canada.

Pluralité de visages

L'exposition veut déconstruire «les clichés populaires nourris par les grands médias» en présentant une pluralité de visages. Chaque photo est accompagnée de textes ou d’entrevues audio décrivant la réalité des personnes, photographiées dans leur vie quotidienne.

Porté par deux organismes montréalais, le Centre justice et foi et la VOIE des Femmes, ce projet de photoreportage aura fait parler de lui dès son lancement et attiré l'attention de nombreux partenaires. En effet, depuis mars 2015, l'exposition itinérante n'a cessé de tourner à travers la province, si bien qu'elle s'est rendue dans une vingtaine de villes de six régions différentes.

Cette initiative, qui ne laisse pas indifférent, semble être accueillie de façon plutôt positive par les citoyens – même si elle a été vandalisée à Sherbrooke, où des insultes ont été taguées sur des portraits.

«Les gens veulent aborder ces questions, assure la directrice générale du Centre justice et foi, Élisabeth Garant. L'exposition répond à un besoin important et touche les sensibilités. Beaucoup de gens découvrent des choses qu'ils ignoraient et s'aperçoivent que la réalité est bien plus complexe que celle qui nous est présentée habituellement.»

La coordinatrice du projet souhaite créer davantage de place aux débats dans l'espace public.

«Les choses ont changé»

À l'origine du  projet, Ève Torres, mère de famille française, convertie à l'islam et vivant au Québec depuis 17 ans. Cette dernière était présente au vernissage, le 11 novembre, à la bibliothèque George-Dor, pour parler du projet et de la mission de son organisme la VOIE des Femmes.

«Je me considère comme une militante féministe musulmane, déclare-t-elle. Par exemple, je porte le foulard et je ne pense pas qu'en l'enlevant je puisse aider la cause des femmes. Je me bats pour mon droit d'être la femme que j'ai envie d'être. Je ne suis pas juste une femme avec un foulard; je suis plein d'autres choses», se défend la coordinatrice de l'exposition, qui anime l'émission L'islam, les musulmans et moi sur les ondes de Radio VM, à Montréal.

«Les gens se permettent de plus en plus de choses depuis le 11 septembre et la charte des valeurs. Les choses ont changé; les gens ont peur, et je voulais faire quelque chose, explique-t-elle. L'art est un médium extraordinaire pour réunir les gens», conclut cette dernière qui exhorte toutes les minorités à «oser prendre la parole et faire entendre leur voix» pour plus de solidarité et de justice sociale.

Longueuil Ville sans racisme prend le relais

À Longueuil, la venue de l’exposition est le déclencheur d’ateliers pédagogiques d’information menés par le Comité Longueuil Ville sans racisme et discrimination (L‑VSRD).

«Nous cherchons à développer un dialogue non hiérarchisé dans le respect de tous, affirme la directrice de Vision Inter-Cultures et membre du L‑VSRD, Norma Miranda. Les gens sont sensibles aux discours de peur; on le voit avec l'élection de  Donald Trump aux États-Unis. Mais aucune culture ne peut rester figée dans le temps. Je crois au dialogue et au vivre ensemble», mentionne celle qui a reçu le Prix Citoyens d'exception – Femmes remis par la Ville au début du mois de novembre.

L’exposition QuébécoisEs, musulmanEs… et après? est présentée jusqu’au 4 décembre à la bibliothèque Georges-Dor, 2760, chemin de Chambly.

Rens.: http://bit.ly/2fBWpnS