50 % des Québécois voudraient une activité sexuelle «anormale»

Étude sur les comportements sexuels

La Presse Canadienne redaction@tc.tc
Publié le 10 mars 2016

Le tiers des personnes sondées ont indiqué avoir déjà pratiqué une activité sexuelle «anormale».

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RECHERCHE. Près de la moitié des Québécois aimeraient expérimenter une activité sexuelle considérée comme «anormale», et un tiers l'ont déjà fait, révèle une récente étude réalisée par deux chercheurs de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal. Une recherche qui remet en question la notion de «normalité» dans les rapports sexuels, croient-ils.

L'étude relève aussi que les hommes sont plus intéressés que les femmes par des comportements sexuels anormaux.

La recherche a été menée auprès de 1040 Québécois par Christian Joyal et Julie Carpentier, chercheurs notamment auprès de l'Institut Pinel.

Le but de l'étude était de déterminer une certaine «norme» dans les comportements en interrogeant des hommes et des femmes sur leurs expériences et leurs souhaits d'avoir des activités sexuelles considérées comme anormales par le DSM-5 (le manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux, cinquième édition), considéré comme la «bible» de la psychiatrie qui recense les troubles mentaux. Celui-ci classe les intérêts sexuels en deux catégories: normaux ou anormaux. Par ailleurs, le comportement «anormal» est défini comme étant inhabituel ou irrégulier.

Mais les résultats des deux chercheurs, publiés récemment dans le Journal of Sex Research, contredisent le DSM-5 en rapportant que plusieurs comportements et intérêts sexuels — légaux, par ailleurs, mais qui sont considérés anormaux en psychiatrie — sont «plutôt fréquents dans la population générale».

Le sondage a démontré que 45,6 pour cent des personnes sondées aimeraient réaliser une activité sexuelle anormale alors que le tiers (33 pour cent) l'a déjà fait.

«Ces faits suggèrent qu'avant d'étiqueter comme d'anormal un intérêt sexuel légal, il convient de connaître les normes de pratiques sexuelles. Certains intérêts paraphiliques (anormaux) sont plus communs qu'on pourrait le croire, non seulement en termes de fantasmes, mais aussi de désirs et de comportements», a expliqué M. Joyal dans un communiqué.

Sur les huit comportements anormaux énumérés au DSM-5, quatre ne sont ni rares ni inhabituels, selon les chercheurs: il s'agit du voyeurisme (35 pour cent), du fétichisme (26 pour cent), du frotteurisme (26 pour cent) et du masochisme (19 pour cent).

Les chercheurs font aussi une distinction importante: un intérêt ou désir paraphilique n'est pas la même chose qu'un trouble paraphilique. On parle de trouble lorsque l'activité implique des partenaires non consentants ou lorsqu'elle induit une souffrance ou un désarroi à la personne qui la fait.

M. Joyal conclut donc que cette nouvelle étude suggère fortement que les comportements paraphiliques légaux sont loin d'être anormaux, contrairement à ce qui est avancé par le DSM-5.