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Femmes de l'air, femmes de poigne !

École nationale d'aérotechnique


Publié le 8 mars 2017

Unique en Amérique du Nord, l'ÉNA possède une trentaine de laboratoires et d’ateliers ainsi que cinq hangars contenant 36 aéronefs. Des installations estimées à 85 M$.

©Photo: TC Media – Robert Côté

PORTRAIT. «Le monde est souvent surpris quand j'explique dans quel domaine j'évolue, lance Fatine Boumeftah, étudiante à l'École nationale d'aérotechnique (ÉNA). C'est juste parce que je suis une fille. Mais l'aviation, moi, ça m'accroche! Et il faudrait dire aux jeunes filles que si elles veulent le faire, qu'elles y aillent sans crainte!»

Longtemps considérée comme exclusivement masculine, l'industrie de l'aérospatiale offre en effet aujourd’hui de multiples perspectives aux femmes. À l'ÉNA, plusieurs d'entre elles s'épanouissent et excellent dans ce secteur de pointe.

Elles sont 82 étudiantes sur les 842 élèves que compte l'ÉNA, soit environ 10% des effectifs. Encore minoritaires, les aspirantes techniciennes sont pourtant de plus en plus nombreuses à s'inscrire. Elles se spécialisent en techniques d'avionique, en maintenance d'aéronefs ou en génie aérospatial; elles apprennent à fabriquer ou à réparer des avions, à entretenir ou à tester des simulateurs de vol et même des hélicoptères.

Si la majorité des recrues sont Québécoises, certaines viennent de la France, du Mexique, du Cameroun, du Turkménistan, du Maroc ou de la Roumanie pour réaliser leurs ambitions.

Être étudiante à l'ÉNA

Fatine Boumeftah, 18 ans [que l’on aperçoit sur la photo de la première page], est l'une de ces étudiantes. Inscrite en deuxième année d'avionique, elle s'implique auprès de son école en tant qu'ambassadrice et participe au Conseil de vie étudiante. Enjouée et sûre d'elle, celle qui se voit pilote de ligne ou ingénieur en aéronautique se sent comme un poisson dans l'eau à l'ÉNA. Dans sa promotion, il n'y a que trois filles sur une vingtaine d'élèves… et alors?

«Je ne me sens pas spécialement plus proche des filles que des garçons, déclare l'étudiante, qui a des parents évoluant dans le domaine de l'aviation. On fait partie de la même gang d'étudiants, sans distinction. J'ai même l'impression que l'on se prend moins la tête que dans un environnement où il n'y a que des filles», plaisante cette dernière, qui a fait son secondaire dans un établissement non mixte.

Fatine, qui est aussi ceinture noire de karaté, compte bien aller jusqu'au bout de ses rêves. Après l'ÉNA, elle veut intégrer l'École de technologie supérieure (ÉTS) et peut-être bien s'inscrire au concours de l'aviation civile.

Les générations se suivent, mais ne se ressemblent pas

Pour Judith Seguin-Brodeur, 30 ans, professeure en avionique et ancienne étudiante de l'ÉNA, être une femme dans l'aérospatiale revêt de nombreux avantages, malgré quelques accros.

Après une brillante carrière en tant qu'ingénieure, cette dernière a accepté un poste d'enseignante et de chercheuse à l'ÉNA.

«Dans mon métier et lors de mes études, je n'ai jamais ressenti la discrimination, témoigne celle qui a travaillé aux quatre coins du monde avec passion. Au contraire, j'ai souvent été privilégiée et on a toujours respecté mon travail.»

Elle ne se rappelle que d'un seul épisode fâcheux, en Chine, où elle n'a pas été autorisée à assister à une réunion parce qu'elle était une femme.

«Mais ce que je n'ai pas vécu dans mon métier, je l'ai malheureusement expérimenté en tant que professeure», confesse-t-elle ensuite. L'enseignante évoque des mésententes avec certains collègues masculins «de l'ancienne génération» et raconte qu'elle a dû faire face à des remarques désobligeantes et à un certain mépris.

«Bien heureusement, conclut-elle, les mentalités évoluent et la nouvelle génération est très ouverte à la mixité.»

Une campagne d'information 100% féminine

Pour informer les futures étudiantes sur la place des femmes à l'ÉNA, la campagne Sortie de filles a été lancée en 2012.

Lors de la journée portes ouvertes de l'école, qui a attiré près de 450 visiteurs, le 12 février, Sortie de filles a d'ailleurs remporté un franc succès.

Isabelle Faucher, 23 ans, étudiante en beaux-arts à Concordia, était sur place. Elle qui veut changer de cursus a été rassurée et conquise par les témoignages d'étudiantes.

«Je suis une manuelle, explique l'étudiante, qui déplore le manque de débouchées dans la filière artistique. Quand mon amie m'a parlé de cette école, je me suis rappelé que, petite, je voulais être pilote.»

Elle compte s'inscrire en techniques d'avionique dès la rentrée prochaine.

«On s'est rendu compte que les filles se mettaient beaucoup de pression à l'idée d'intégrer l'école, explique le conseiller en communication Frédéric Busseau, instigateur du projet. Pourtant, nous obtenons d'excellents résultats avec les filles, elles sont heureuses à l'ÉNA et on voulait que ça se sache. La mixité a un effet positif; les rapports sont équilibrés et complémentaires.»

Le projet semble avoir porté ses fruits, l'établissement ayant gagné une trentaine d'étudiantes en moins de trois ans.