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« J'ai choisi le Canada pour que ce pays devienne ma patrie »

Nouveau départ pour une famille syrienne 


Publié le 5 avril 2017

Pour la famille Alhayek, son arrivée au Canada est un nouveau départ.

©©2017 Denis Germain - photographie sur le v if

Ils ont fui la peur, la guerre et la désillusion. Ils sont venus trouver une terre d'accueil, mais aussi embrasser une patrie.

La famille Alhayek a quitté la Syrie pour s'installer à Brossard. Parrainés par des proches résidant au Québec et accompagnés dans leurs démarches par l'association Femmes d'ici et d'ailleurs, Baidaa Hwija, 50 ans, Naseh Alhayek, 60 ans, et leurs trois enfants ‒ les jumelles Hanen et Hala, 13 ans, et Rame, 15 ans ‒ ont atterri le 21 mars à Montréal.

©2017 Denis Germain - photographie sur le v if

Grâce aux efforts continus depuis deux ans de la sœur de M. Alhayek, Lila, et de la présidente de l'association, Mayssaa Al-Hayek, la famille a emménagé dans un appartement de la rue Therrien. Le Courrier du Sud est allé à leur rencontre.

Seconde chance

S'ils n'ont pas pris le temps de souffler depuis leur arrivée, entre les inscriptions, les courses et l'administratif, ils sont néanmoins heureux et soulagés.
«C'est dur de quitter sa famille, ses amis et son pays, explique Rame. Mais j'arrive avec un rêve et la volonté de faire quelque chose ici. J'ai aussi l'espoir de me faire des amis. Je crois que je pourrais tout réaliser avec les études», explique ce passionné de sciences et de physique.

Les trois enfants du couple intégreront une classe d'accueil dans les prochains jours. Et les jumelles ont hâte de pouvoir reprendre des activités culturelles. Avant que les choses ne s'enveniment à Salamyeh ‒ leur ville d'origine en Syrie ‒ Hala et Hanin pratiquaient le théâtre et la musique. Elles écrivaient aussi des poèmes. 

Quant à Baidaa Hwija, elle était physiothérapeute et psychomotricienne. Elle travaillait dans un centre de réadaptation pour enfants. Elle se dit prête à reprendre des études ou à passer des équivalences pour continuer à exercer au Québec.

Pour Naseh Alhayek, qui a été prisonnier politique durant 15 ans, le Canada est la terre de toutes les espérances.
«C'est comme un rêve d'être enfin là, lance le père de famille. C'est un nouveau départ, une seconde chance dans notre vie.»

©2017 Denis Germain - photographie sur le v if

Celui qui a été opposant au système, alors qu'il était étudiant en ingénierie, s'est battu pour les libertés citoyennes et une société civile en Syrie. À sa sortie de prison en 1997, l'État lui a confisqué son passeport. Il n'a pu en obtenir un nouveau qu'en 2011.
«J'ai choisi le Canada pour avoir un pays et que ce pays devienne ma patrie, a-t-il exprimé avec émotion. Mon rêve est d'avoir enfin une patrie.»

L'ombre de la guerre

©2017 Denis Germain - photographie sur le v if

La situation aux alentours de la ville de Salamyeh s'était dégradée ces cinq dernières années. Bien que plus épargnée par les conflits que la capitale, les conditions économiques difficiles, l'insécurité et les enlèvements y étaient grandissants.
«On ne pouvait plus sortir après l'école pour pratiquer nos activités et nos loisirs, se rappelle Rame. On rentrait tous rapidement chez nous et on y restait.»
«À l'école, il y avait aussi trop d'élèves, ajoute Hala. Ils arrivaient de partout et on ne pouvait plus suivre correctement les cours.»
«Les citoyens qui voulaient se défendre s'achetaient des armes et ç'a été l'escalade, raconte Mme Hwija. Il y a eu de plus en plus d'agressions et de demandes de rançon. On avait peur de tout.»

Une de leur nièce, une avocate de 32 ans, a été enlevée. Ils sont sans nouvelle depuis cinq ans. Sans compter l'eau et l'électricité qui se faisaient de plus en plus rares.
«On entendait les bombes au loin, raconte Hanin. Tous les jours, il y avait des bombardements qui se rapprochaient.»

Daesh était un danger imminent.
«Salamyeh est une ville laïque et les femmes ne portent pas de voile là-bas, explique la mère. Nous avions peur qu'ils s'en prennent à nous et nous imposent leur islamisme. Nous avions tout aussi peur des mercenaires de l'État qui commettent des crimes pour l'argent.»

La famille a pris l'un des derniers avions avant que l'aéroport ne ferme.
«Jusqu’à ce que l'on soit arrivés à Montréal, nous n'étions pas encore sûrs d'être saufs, relate le père. On a réalisé que c'était derrière nous une fois que nous avons posé nos pieds sur la terre ferme.»