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De la rue à intervenante jeunesse: elle a tout fait pour s'en sortir


Publié le 5 avril 2017

Jessica Labrecque-Jobin, alias Souly, a fréquenté la Maison des jeunes de Longueuil. Maintenant, elle y travaille.

©TC Media - Jean Laramée

Malgré un parcours jalonné d'embûches et de péripéties, Jessica Labrecque-Jobin, 32 ans, a tout fait pour s'en sortir. Elle le prouve à travers sa musique et son engagement auprès des adolescents de la Maison des jeunes de Longueuil.

Celle que l'on appelle Souly a connu la rue, les gangs, la drogue et vit en situation de handicap depuis sa naissance. Devenue éducatrice et artiste accomplie malgré un passé chaotique, elle veut désormais partager son expérience afin de favoriser la prévention de l'affiliation des jeunes aux gangs de rue. 

«Je voulais tellement être comme tout le monde. Je refusais d'être un poids pour les autres. J'avais un gros manque d'estime de moi et très tôt, je me suis mise à fréquenter les gangs de rue. Je me sentais appartenir à un groupe, je n'étais plus seule...»

Souly 

La spirale de la rue

Souly a grandi dans le secteur de la rue King-George, à Longueuil. Souffrant d'une maladie congénitale appelée l'arthrogrypose, la jeune femme est paralysée des membres supérieurs et a perdu l'usage de ses jambes à 17 ans. Aînée d'une fratrie de trois enfants, elle a été élevée par une mère monoparentale.
«Ma sœur s'occupait de moi, car ma mère travaillait tout le temps, se rappelle-t-elle. Je voulais tellement être comme tout le monde. Je refusais d'être un poids pour les autres. J'avais un gros manque d'estime de moi et très tôt, je me suis mise à fréquenter les gangs de rue. Je me sentais appartenir à un groupe, je n'étais plus seule...»

Victime d'intimidation à cause de son handicap, elle raconte être vite devenue un petit caïd et a multiplié les méfaits. Après avoir quitté l'école à 16 ans, elle a finalement atterri dans un CHSLD, où elle y a subi des mauvais traitements de la part du personnel. L'établissement a depuis fait l'objet de poursuites judiciaires.
«J'ai été maltraitée là-bas. Il y avait des insultes et des humiliations. C'était l'enfer, se remémore-t-elle. Alors, j'ai demandé à des gars de gang que je connaissais de venir me chercher; c'est là que je me suis retrouvée dans la rue.»

Elle s'est mise à vendre de la drogue dans le centre-ville de Montréal et à en consommer.
«On m'a toujours respectée, se souvient Souly. J'étais protégée par des gros dealers. Je pense aussi que mon handicap m'a aidée... Je n'ai jamais eu de problème, comme des agressions ou autre», précise-t-elle.

Elle va ensuite de villes en villes pour échapper aux différents mandats d'arrestation émis à son endroit.
«Je me suis retrouvée avec 15 mandats sur le dos, raconte-t-elle. Je me faisais arrêter par la police sans arrêt. Mais je retombais tout le temps dans le cercle vicieux de la dépendance et de la délinquance. J'ai fait de la prison pour vol et pour vente de drogue. C'est une chance que je sois encore en vie. J'ai eu une bonne étoile.»

Braver la dépendance et la maladie

Vive et débrouillarde, Souly a fini par tourner la page. Assignée à résidence pendant 18 mois pour plusieurs affaires judiciaires, elle a décidé de se sevrer et de reprendre les études. Ayant appris à écrire avec la bouche depuis son plus jeune âge, elle a même obtenu d'excellents résultats. Elle a repris un niveau secondaire et poursuivi ses études durant trois ans en techniques d'éducation spécialisée. 

À force de volonté

Embauchée en 2016 à la Maison des Jeunes de Longueuil en tant que responsable de la planification des activités et de l'encadrement des jeunes, elle enchaîne désormais les projets artistiques, éducatifs et communautaires.
«J'ai fréquenté la Maison des jeunes et maintenant j'y travaille. C'est une grande chance, reconnait-elle. Ces jeunes, ce sont devenus les miens. Je fais tout en fonction d'eux. Même si je n'en parle pas, ils savent que je n'ai pas été une enfant de chœur dans ma jeunesse. Ils prennent soin de moi et je leur apporte tout ce que je peux leur donner. C'est un lien extraordinaire.»

En tant qu'artiste, elle en est à son troisième album de rap et son quatrième clip, dont un clip en hommage à l'ancienne directrice de la Maison des jeunes Marcelle Robidoux. Souly s'est aussi produite sur un grand nombre de scènes à travers la province, en plus d'avoir créé sa société de production d'artistes.
«La musique et l'écriture m'ont maintenue en vie, explique cette dernière. J'ai toujours eu du mal à m'accepter comme j'étais, c'était dur, mais je me suis battue pour en arriver là. Je suis persuadée que donner de l'estime aux jeunes peut changer les choses. Encadrer en valorisant peut faire toute la différence.»

La rappeuse envisage de lancer dans les prochains mois une série de conférences sur la spirale infernale de la drogue et des gangs de rue dans les écoles.