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L’Institut Nazareth et Louis-Braille au cœur de l’implantation d’un premier «œil bionique»


Publié le 30 août 2017

Sandra Cassell et son fils

©Photo: Denis Germain - Le Courrier du Sud

Il y a plusieurs années, la rétinite pigmentaire a dérobé la vue à Sandra Cassell, la plongeant dans le noir total. Puis, en mai dernier, grâce entre autres aux efforts de l’Institut Nazareth et Louis-Braille de Longueuil, cette mère de famille a enfin pu apercevoir la silhouette de son plus jeune fils pour la première fois.

Sandra Cassell est devenue en mai dernier la première Québécoise à se faire implanter un «œil bionique», une prothèse qui lui permet de distinguer les contours et de reconnaître les formes.

«J’ai même réussi à voir le gros E sur la charte de l’examen de la vue!»

Sandra Cassell

Comme près de 3000 Québécois, Sandra Cassell est atteinte d’une rétinite pigmentaire, une forme fréquente de la dystrophie rétinienne, pour laquelle elle a reçu son diagnostic en 2001, à seulement 26 ans. La jeune mère de famille a rapidement vu son état se détériorer jusqu’à la cécité presque complète. À ce moment-là, aucune possibilité de traitement ne s’offrait à elle.

«Ç’a pris cinq ans et j’avais une perte de vision sévère, raconte Sandra Cassell. J’ai fait des recherches et ai appris que l’entreprise Second Sight travaillait sur l’implant Argus. J’ai prié et avais beaucoup d’espoir qu’un jour, je serais peut-être une candidate pour le recevoir.»

Un rêve devenu réalité

Ses prières ont finalement été exaucées en mai dernier, après une opération de près de quatre heures réalisée par l’ophtalmologiste chirurgien rétinologue Flavio Rezende.

L’ophtalmologiste chirurgien rétinologue Flavio Rezende
Photo: Denis Germain - Le Courrier du Sud

Pendant l’intervention chirurgicale, le Dr Rezende a installé un implant sur la rétine de l’œil de Sandra Cassell. Cet implant permet de transmettre les impulsions électriques captées par une caméra, montée sur des lunettes et transmises par un petit ordinateur. Ce sont ces images transformées en impulsions électriques qui permettent à Mme Cassell de reconnaître des formes ou de gros objets, de localiser des gens, de suivre des lignes et de distinguer des contours.

«Cette réussite m’inspire et me motive à poursuivre mes travaux pour développer de nouvelles technologies pour améliorer la qualité de vie des personnes non-voyante», a lancé le Dr Rezende, ému, lors d’une conférence de presse pour souligner le succès de l’intervention, le 24 août.

Apprendre à «revoir»

Ce système révolutionnaire a été implanté à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, mais c’est à l’Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB), situé à Longueuil, que Sandra Cassell a appris à utiliser son «œil bionique».

«L’Institut est extrêmement fier de collaborer à l’amélioration de la qualité de vie des personnes qui présentent une dégénérescence rétinienne sévère, a expliqué la spécialiste en activité clinique de l’INLB, Geneviève Lizé. Nous avons œuvré à deux niveaux dans ce projet, soit lors de l’évaluation de l’admissibilité de la patiente et lors de la réadaptation de Mme Cassell.»

La patiente a dû prendre part à plusieurs séances de réadaptation et de rééducation afin que son cerveau apprenne à interpréter toutes les nouvelles informations qui lui sont envoyées.

«Recevoir un implant rétinien implique de participer activement à des séances de réadaptation qui s’étalent sur une période de quatre à huit semaines, précise Mme Lizé. Cette réadaptation est spécialisée et intensive, en plus de s’avérer cruciale pour développer les capacités d’utilisation de l’implant et apprendre à interpréter les visions prosthétiques. Tout ce travail amène la personne à repérer les sources lumineuses et le contour de certains objets et à détecter des mouvements.»

Pour le président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) Montérégie-Centre, Richard Deschamps, cette collaboration prouve à nouveau que «l’Institut Nazareth et Louis-Braille est un joyau de notre organisation».

«C’est un joyau caché dans l’univers de la santé et des services sociaux, mais c’est un joyau d’expertise. Ce n’est pas un hasard que nous soyons associés à ce projet, puisque nous avons des cliniciens d’expertise, des optométristes de haut niveau qui sont à l’avant-scène de l’innovation», a conclu M. Deschamps.