L'art de sculpter les mots en jouets

Annick Oligny annick.oligny@tc.tc
Publié le 22 juillet 2016

Le duo de sculpteurs Viatour-Berthiaume s’est inspiré du roman autobiographique RU de Kim Thúy pour sa nouvelle exposition.

©Photo: TC Media - Archives

ART VISUEL. En s'inspirant de textes d'Auteurs singuliers, les deux artistes longueuillois Marie-Annick Viatour et Gaétan Berthiaume sont devenus des pionniers de la sculpture jouet au Québec. Après Michel Tremblay et Fred Pellerin, leur parcours artistique s'est arrêté sur l'œuvre autobiographique RU de celle qui est aussi leur voisine, Kim Thúy. La Maison de la culture de Longueuil se voulait l'endroit parfait pour exposer la quinzaine de jouets, jusqu'au 5 septembre.

Le livre de Kim Thúy regorge d'images fortes, de références à l'enfance et de moment historiques, ce qui a poussé le duo de sculpteurs Viatour-Berthiaume à approcher l'auteure pour lui faire connaitre son projet de mettre en forme son texte.

«Au début, elle était honorée, amis ne comprenait pas vraiment ce que nous voulions faire. Il faut savoir que le jouet n'était pas important pour elle dans son enfance, alors qu'elle n'avait pour jouet qu'un élastique et une poupée. Lorsque nous lui avons expliqué notre démarche, elle était ravie!»

Comme première œuvre à l'entrée de l'exposition, Le poids de la naissance représente tout ce qui peut imager le monde dans lequel Kim Thúy est née. Une charrette typiquement vietnamienne tirée par une femme qui symbolise le poids de ses souvenirs, un singe qui représente l'année à laquelle elle est venue au monde et des taches de sang qui évoquent le sang des soldats de cette guerre qui a opposé le Nord et le Sud du Viêt Nam, de 1954 à 1975.

«Kim Thúy a eu de magnifiques mots à notre égard lors du vernissage. Elle a dit “vous n'inventez rien, mais vous créez tout”. Elle a aussi mentionné que nous lisions entre les lignes et que nous mettions en œuvre ses silences», explique Gaétan Berthiaume, en lançant un regard fier et complice à Marie-Annick Viatour.

Les visiteurs qui exploreront les deux salles de la Maison de la culture pourront découvrir dans un premier temps les œuvres de Sous l'écorce des mots de Kim Thúy, ainsi qu'un film d'une trentaine de minutes sur la démarche artistique qui s'y rattache, mais aussi une petite rétrospective de l'œuvre des deux sculpteurs, qui ont créé ou participé à sept expositions au fil du temps.

Les deux artistes, qui se sont rencontrés lors de leurs études en arts visuels à l'université de Concordia et qui forment un couple depuis, ont longtemps conçu des marionnettes avec leur entreprise Sans tambour ni trompette, avant de se lancer dans l'art du jouet inspiré d'œuvres littéraires.

Des pièces créées à partir de l'univers de Michel Tremblay, Fred Pellerin, Gilles Vigneault et Georges Brassen, entre autres, ont été choisies pour la rétrospective avec la collaboration de la commissaire de la Ville de Longueuil, Mylène Blanchet.

«Le résultat est la rencontre entre deux univers: celui de l'auteur et le nôtre. Je dirais même que c'est un mariage entre les deux», souligne Marie-Annick Viatour.