Arsenal à Saint-Hubert: des armes «fantômes» prisées par le crime organisé

Olivier Robichaud olivier.robichaud@tc.tc
Publié le 20 décembre 2016

La police de Longueuil a saisi 32 armes à feu légales et enregistrées, 11 armes à feu prohibées, des munitions et des armes blanches illégales lors d'une perquisition effectuée le 8 décembre au domicile de Hugo Bernard, dans l'arr. de Saint-Hubert.

©TC Media – Olivier Robichaud

JUSTICE. Hugo Bernard ne possédait pas que des objets de collection dans son arsenal d'armes à feu saisi au début du mois. Le juge a refusé de le remettre en liberté en attendant son procès, notamment parce que plusieurs de ses armes seraient particulièrement prisées par le crime organisé et les mouvements extrémistes.

Bernard n'a montré aucune émotion pendant son enquête sur remise en liberté, hier, au palais de justice de Longueuil. Il est resté impassible pendant que les témoins de la Couronne décrivaient les types d'armes qu'il possédait et les raisons pour lesquelles il ne devrait pas être libéré.

Parmi ces raisons: la présence, dans cet important arsenal, d'armes «fantômes» créées de façon artisanale et dont on ne peut connaître la provenance parce qu'ils n'ont pas de numéro de série. Les armes en question sont deux armes d'assaut de type AR-15, un modèle rendu tristement célèbre pour son utilisation fréquente dans les tueries de masse aux États-Unis.

En plus d'être «fantômes», ces deux armes ainsi qu'un troisième AR-15 auraient été modifiés afin d'être complètement automatiques, ce qui est prohibé au Canada. Bernard aurait également eu d'autres mitrailleuses pleinement automatiques, ce qui est également illégal.

La police de Longueuil a saisi 32 armes à feu légales et enregistrées, 11 armes à feu prohibées, des munitions et des armes blanches illégales lors d'une perquisition effectuée le 8 décembre au domicile de Hugo Bernard, dans l'arr. de Saint-Hubert.
TC Media – Olivier Robichaud

Achetées et vendues sur le marché noir

Selon un enquêteur interrogé par la Couronne, Bernard aurait affirmé aux policiers avoir acheté ces items au Gun Show de Longueuil, en croyant qu'ils étaient parfaitement légaux. Il aurait dit s'être fait «flouer» et il aurait l'intention de les neutraliser pour les revendre légalement.

Comme nous l'écrivions le 16 décembre, ses proches et ses voisins le décrivent d'ailleurs comme un collectionneur qui n'aurait aucune intention malhonnête.

Or, un enquêteur de l'Équipe nationale de soutien à l'application de la Loi sur les armes à feu (ENSALA), Marc-André Dubé, a mis en doute cette explication.

«Une arme fantôme ne peut jamais devenir légale, même si elle est neutralisée. Et je ne vois aucune raison pour entreposer une arme pendant cinq ans pour ensuite la neutraliser. Le seul marché possible pour ces armes, c'est le crime organisé», a-t-il lancé.

M. Dubé doute également que Bernard les ait achetées au Gun Show.

«Il est très improbable qu'il y ait des transactions illégales. La Sûreté du Québec et le Contrôleur des armes à feu ont des tables directement au Gun Show pour vérifier les transactions. Les risques encourus pour les vendeurs seraient énormes.»

Toujours selon M. Dubé, les armes modifiées ont moins de valeur pour les collectionneurs, particulièrement les modèles communs comme le AR-15 et surtout si elles sont illégales.

Une pièce interceptée en 2015

L'enquêteur Marc-André Dubé a affirmé, hier, que Hugo Bernard n'était pas connu du Contrôleur des armes à feu et qu'il n'a pas de liens connus avec le crime organisé, malgré la nature de ses armes. Il a toutefois souligné que les autorités ont déjà saisi un colis destiné à la même adresse mais sous un autre nom.

Le colis contenait une pièce pour un MG-42, l'une des deux mitrailleuses allemandes datant de la Seconde Guerre mondiale que Bernard possédait illégalement.

Selon M. Dubé, la pièce avait été importée de Croatie. Le trafic d'armes en provenance des Balkans serait d'ailleurs fort problématique depuis la chute de l'ex-Yougoslavie

Oisif et suspect

Le juge Marc Bisson a pris tous ces éléments en considération lorsqu'il a ordonné la détention de Hugo Bernard. Il a également souligné que Bernard, malgré son importante collection, n'avait aucune source de revenus depuis l'an 2000. Il l'a décrit comme un homme «oisif» qui vit aux crochets de ses proches.

«Je n'ai aucune façon de déterminer vos sources de revenus. Il y a quelque chose que vous ne me dites pas», a-t-il affirmé.

Bien que les antécédents criminels de Bernard remontent à près de 20 ans, le juge Bisson estime que la liberté de l'accusé minerait la crédibilité du système de justice aux yeux du public.

«Pour quelqu'un qui semble connaître les lois et qui prend la peine d'obtenir les permis, vous montrez un mépris total pour certains aspects de la loi», a-t-il lancé.

Bernard sera de retour en cour le 21 décembre.