Immigrant de l’intérieur: questions, réponses, histoire et poésie d’un nouvel arrivant

Immigrant de l’intérieur: questions, réponses, histoire et poésie d’un nouvel arrivant

Yves Simard incarne Antonio Da Silva

Crédit photo : Gracieuseté/Pierre-Luc Schetagne

THÉÂTRE. En retraçant le parcours d’un nouvel arrivant, Immigrant de l’intérieur fascine son jeune public tant avec les histoires et les émotions suscitées que par sa dose de fantaisie et de poésie.

Chaque matin, Antonio da Silva, qui a quitté le Portugal pour s’installer à Montréal, doit se présenter au bureau de l’immigration pour répondre à une série de questions.

Las de ces interrogations strictes et ennuyantes, il imagine celles qu’il aimerait qu’on lui pose: sa couleur préférée, le nom de son premier amour… Autant de perches pour découvrir des parcelles de son histoire.

«Ça semble assez plate, mais il y a un côté absurde dans le fait que chaque matin, il doit se rendre là. Par les histoires qu’il raconte, on touche à l’enfance, à la famille. Il en vient à parler de ses ancêtres, ce qui amène le thème de l’identité», explique Yves Simard, le coauteur de la pièce et acteur qui se glisse dans la peau d’Antonio.

Évoluant dans un décor rempli de «magie et de surprises», il partage également la scène avec le multi-instrumentiste Francis Guérard, qui crée de belles bulles musicales.

Avec cette production, DynamO Théâtre s’éloigne quelque peu de sa mission première qui mise sur le mouvement acrobatique et le jeu clownesque, même s’il reste bien quelques traces de ce jeu.

«On a adouci les coins, image le comédien. Le jeu clownesque permet de faire paraître la fragilité et l’humanité du personnage. Le spectacle se promène tant dans le jeu clownesque, la drôlerie, les émotions, la poésie. On fait voyager le jeune spectateur et son adulte.»

Des voisins inspirants

Immigrant de l’intérieur est née de Documents of Poverty, un grand projet impliquant six compagnies théâtrales de cinq pays. Chacune des compagnies était jumelée à une autre et devait créer une pièce sur le thème de l’immigration et de la pauvreté.

Jumelée à O Bando du Portugal, DynamO Théâtre a réalisé une vingtaine d’entrevues avec des immigrants de tous les âges, qui devaient être sources d’inspiration pour la création.

Des extraits vidéo de ces entrevues sont d’ailleurs intégrés à la pièce. Les personnes interviewées deviennent ainsi les voisins d’Antonio, qui habite au 6½ étage d’un immeuble à logements.

«Ce qu’ont vécu mes parents»

Les rencontres avec le public après chacune des représentations de cette pièce créée il y a deux ans permet aux artistes de connaître à chaud les réactions de leurs jeunes spectateurs. Ceux-ci se sont montrés fascinés et touchés par les histoires que le personnage leur raconte et par les thèmes abordés.

Sans être une pièce documentaire, elle éclaire sur une certaine réalité. «On l’a jouée dans Côte-des-Neiges, où l’immigration est très présente. Un jeune ado dans la salle a dit: « Là, je comprends ce qu’ont vécu mes parents! »», relate M. Simard.

Après une tournée dans la région de Montréal et au Québec, Immigrant de l’intérieur sera présentée à Vancouver, au printemps. Le texte a donc été traduit en anglais.

Cette version a été présentée à des élèves d’une école bilingue de Pointe-Claire, qui avaient aussi assisté à une représentation de la pièce originale.

«Ils ont trouvé qu’en anglais, le personnage était plus crédible qu’en français, parce qu’il ne maîtrisait pas la langue! soulève Yves Simard. Je me suis dit que je devrais peut-être, en français, ajouter des hésitations.»

Des commentaires précieux, donc. «Certainement! La pièce leur est destinée, il faut les écouter.»

Pour un public de 8 à 12 ans. La pièce d’une durée de 55 minutes est présentée au Théâtre de la Ville, le 10 décembre à 15h.