Lilian, mère de Fredy Villanueva: «Je ne peux pas pardonner»

Publié le 13 janvier 2016

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MONTRÉAL. Sept ans après le décès de son fils abattu par un policier à Montréal-Nord, Lilian Villanueva, mère de Fredy, refuse de pardonner aux forces de l’ordre. Aujourd’hui, elle met la pression sur l’administration Coderre pour la réalisation d’une fresque murale avec l’effigie de son enfant.

Entourée par plusieurs représentants d’organismes qui luttent contre les brutalités policières, Lilian Villanueva sanglote. «J’ai peur qu’on oublie, avoue-t-elle dans un entretien téléphonique exclusif à TC Media. Tout le monde ne fait pas le nécessaire.»

L’héritage de Fredy, décédé à l’âge de 18 ans au cours d’une intervention policière qui a mal tournée, divise toujours à Montréal-Nord.

Sur les lieux de l’incident, l’arrondissement prévoit de peindre une murale pour célébrer son centenaire, fêté en 2015. Or, malgré les demandes répétées de nombreuses associations, la fresque pourrait faire abstraction de la mort de Fredy, tué le 9 août 2008.

«J’ai l’impression que l’on ne m’écoute pas»

«Je veux que la Ville de Montréal et l’arrondissement me donnent la chance de voir le visage de Fredy», implore-t-elle avant de reconnaître son incompréhension sur ce dossier qui traîne en longueur.

«J’ai l’impression que l’on ne m’écoute pas, que l’on ne m’entend pas. Pourquoi me refuse-t-on cela ? Cela me touche, me fait mal. Je veux juste revoir Fredy. C’est la police qui m’a enlevé mon fils, pas une autre personne.»

Alors qu’elle avait évoqué lors du procès des problèmes de profilage racial, Mme Villanueva réitère ses accusations. «Cela existe toujours à Montréal-Nord. Rien n’a changé. Sinon, on accepterait ma demande.»

«Si on refuse la murale avec Fredy, j’aimerais au minimum avoir au moins une plaque au pied de l’arbre où mon fils est mort, pour m’y recueillir».

Les tergiversations dans ce dossier ravivent sa peine.

«Jamais je n’oublierai, promet, émue, Mme Villanueva. La douleur est toujours là. Fredy me manque, je pense toujours à lui. Je ne peux pas travailler, j’essaye d’avoir des activités, mais c’est très difficile. Il est toujours dans mon cœur, dans mon corps.»

«Comment pourrais-je pardonner?»

Toujours extrêmement remontée contre les forces de l’ordre et l’agent auteur de cette tragédie qui a entaché l’image de l’arrondissement, Lilian Villanueva refuse toute idée de pardon.

«Je ne veux rien savoir de la police. C’est la police qui a détruit ma vie, qui a détruit ma famille. Pardonner ? Jamais, je ne peux pas. Pourquoi et comment pourrais-je pardonner à ceux qui ont enlevé mon fils et une partie de ma vie ?» questionne-t-elle.

L’arrondissement de Montréal-Nord ne souhaite pas commenter ce dossier et explique que des réunions sont en cours pour la réalisation de cette fresque murale attendue l’été dernier avant d’être reportée à une date inconnue.

Les drames aux États-Unis la bouleversent

Alors que les tragédies impliquant de jeunes afro-américains et la police se sont multipliées ces dernières années aux États-Unis, Lilian Villanueva ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Fredy.

«C’est très difficile d’écouter ces nouvelles», reconnaît-elle.

Ferguson, Chicago, Wilmington, Saint-Louis, Cleveland: les bavures des forces de l’ordre ont déclenché de multiples émeutes, manifestations et réactions à travers le monde.

Ces récents drames, qui ont entraîné la mort de plusieurs adolescents par des policiers blancs, ont particulièrement touché Mme Villanueva, bouleversée par la multiplicité de ces affaires.

«Dieu nous a donné nos enfants, pourquoi la police nous les enlève ? Par quel droit fait-elle cela ? Elle devrait être là pour nous aider, mais elle nous détruit.»

Par Romain Schué - TC Media