Lettre ouverte aux maires et conseillers concernant les pitbulls, ou autres chiens

Publié le 7 septembre 2016

Nous sommes nombreux à tenter de suggérer des changements aux règlements régissant la sécurité du public en ce qui concerne les chiens dits dangereux, afin de satisfaire les besoins de tous les citoyens dans leurs interactions avec leurs animaux de compagnie. Nous cherchons à être proactifs, préventifs et positifs. Afin d’atteindre les objectifs, nous devons nous assurer que les règlements et lois peuvent être respectés par le citoyen type. Cela implique aussi de donner les moyens et le temps aux citoyens de s’y conformer.

Les réactions des gens impliquant les chiens de type pitbull au Québec, dans la couverture médiatique, les discussions sur les réseaux sociaux et jusque dans les débats aux conseils municipaux ont, jusqu’à maintenant, atteint un niveau on ne peut plus inattendu et très – peut-être trop – émotif. Sans aucunement nier la gravité de certains événements déplorables qui ont eu lieu récemment, force est d’admettre que les décisions prises à ce jour par certaines municipalités ont créé une situation à laquelle ne peuvent répondre ni les infrastructures vétérinaires, ni les intervenants évoluant dans le domaine du comportement animal de notre province.

Les règlements mis en place exigent que tous les chiens de type pitbull fassent l’objet d’une évaluation comportementale par un vétérinaire, et qu’ils soient stérilisés. De plus, les gardiens de ces chiens sont légalement tenus de suivre un cours d’obéissance qui devrait être complété, dans certains cas, dès le 1er octobre.

De nombreux propriétaires de chien vivent actuellement dans un état d’anxiété élevée, craignant de devoir abandonner leur animal de compagnie s’ils ne peuvent se conformer à ces nouvelles exigences. Cela a mené à un déluge de questions et de requêtes pour les cliniques, les hôpitaux vétérinaires, les éducateurs canins, les comportementalistes, ainsi que les refuges.

Or, il faut admettre que les vétérinaires qui acceptent d’effectuer des évaluations comportementales sont extrêmement rares. La majorité d’entre eux ne sont pas formés en comportement animal, exception faite des médecins vétérinaires-comportementalistes, qui ne sont que cinq sur tout le territoire québécois.

En ce qui a trait à l’obligation des propriétaires de chiens de type pitbull de suivre et de réussir un cours d’obéissance – donné par un «organisme reconnu» –, nous admettons que la communauté n’est pas bien préparée à répondre à cette hausse de la demande. Des éducateurs canins, des dresseurs ou des centres canins offrent bien ces services, mais bon nombre d’entre eux n’utilisent pas les techniques appropriées – telles que celles préconisées par l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ) et le Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC). Même si nous limitons nos cours aux chiens de type pitbull, il y aurait de toute évidence un manque de ressources et d’espaces nécessaires pour permettre à tous de participer à ces cours dans les limites temporelles imposées par les nouveaux règlements.

En ce qui concerne l’exigence d’un certificat d’un médecin vétérinaire attestant que le pitbull n’est pas dangereux, il est impératif de comprendre qu’aucun intervenant ne pourra prédire les comportements futurs d’un chien; aucun ne pourra garantir qu’un chien ne morde jamais.

Ces règlements ont été adoptés sans consulter la communauté vétérinaire ni les intervenants en comportement animal. Cette consultation, si elle avait été faite, aurait pu permettre aux conseillers de comprendre les implications dans les discussions, ainsi que leur vote. Ayant échoué à faire les vérifications nécessaires et en répondant uniquement à l’emportement collectif des médias et des citoyens, ces conseillers n’ont fait que créer une situation impossible pour les propriétaires de chiens, la communauté professionnelle, et les chiens eux-mêmes. La situation est rendue à un point tel que plusieurs promeneurs de chiens se font juger, même agresser verbalement pour la simple raison qu’ils ont des chiens avec des caractéristiques physiques semblables aux pitbulls, alors que ce sont des gens responsables, avec des chiens bien éduqués et dociles.

La communauté vétérinaire et les intervenants en comportement animal sont prêts et capables de jouer leur rôle dans ce contexte parce que nous croyons sincèrement à l’établissement de relations humain-animal saines. Nous nous mobilisons en ce moment dans le but d’aider les propriétaires de chiens de type pitbull qui se retrouvent en situation de crise. Mais malgré nos efforts, nous nous retrouvons à court de temps et d’intervenants qualifiés pour répondre adéquatement à ce nouveau besoin.

Nous demandons donc aux conseillers municipaux concernés de corriger ces erreurs implicites dans leurs nouvelles règlementations. Nous les invitons à s’engager dans un processus de consultation réfléchi et sensé avec la communauté vétérinaire et les autres intervenants impliqués. De plus, nous souhaitons qu’ils repoussent immédiatement la date limite déraisonnable du 1er octobre afin de réduire l’anxiété et la panique chez les propriétaires de ces chiens. Ils devraient plutôt s’affairer à appliquer les règlementations déjà existantes – tenir le chien en laisse, se doter d’une clôture adéquate, augmenter les patrouilles canines, etc. Si cela n’est pas fait, nous craignons que certains propriétaires recherchent des solutions rapides et inefficaces en réponse à ces règlements, comme l’obtention de faux diplômes de cours et de fausses évaluations. Ces solutions ne seraient certainement bénéfiques ni pour la population en général, ni pour les chiens.

Les signataires ont offert de participer à de telles consultations et peuvent être contactés par les dirigeants à tout moment.

Jean Lessard, éducateur canin, MCP (CDT) affilié au Centre vétérinaire Rive-Sud et cofondateur du Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC)
Avec l’appui de

Patrice Robert, président du RQIEC

Dr Sébastien Kfoury DMV, IPSAV, président du Groupe Vétéri-médic et directeur des services vétérinaires Centre vétérinaire Rive-Sud, Centre vétérinaire Laval, Hôpital vétérinaire St-Eustache/Deux-Montagnes et Hôpital vétérinaire Blainville

Dr Vincent Paradis, m.v., président de l’Association vétérinaire québécoise en médecine de refuge

Me Anne-France Goldwater