(Sainte-Famille), le livre coup de poing de Mathieu Blais

(Sainte-Famille), le livre coup de poing de Mathieu Blais

Le dernier ouvrage de Mathieu Blais

LITTERATURE. Dans son dernier roman publié le 16 août, Mathieu Blais se glisse dans la peau d’un homme violent, d’une femme battue et de leur jeune fils. Un exercice d’équilibriste pour l’écrivain qui propose au lecteur une plongée dans la violence ordinaire.

Récompensé pour plusieurs de ses ouvrages, dont L’esprit du temps et La liberté des détours, l’auteur de Longueuil aura mis près de trois ans pour achever ce roman sur le thème de la violence conjugale, premier d’une trilogie sur la violence.

De la barbarie domestique

Sans détour ni retenue, Mathieu Blais traduit l’état d’esprit dans lequel se retrouve chacun des membres de cette famille rongée par la frustration. Avec un style cru, l’auteur de (Sainte-Famille) nous propose de suivre cette désintégration programmée sur une période très courte.    

«C’est un livre qui parle de barbarie domestique, souligne-t-il. Nous sommes face à la violence et à la folie qui éclatent dans le quotidien et à l’intérieur des familles. À mon sens, c’est un sujet qu’on ne peut pas aborder avec légèreté et humour. Dans l’ouvrage, il y a une sorte de cavalcade de mots qui fonctionne comme pour témoigner de cette déconstruction et de cette spirale infernale.»

Et si se mettre dans la tête d’un homme qui bat et viole sa femme n’a pas été évident pour Mathieu Blais, il reconnaît que le défi a été «extrêmement "challengeant"».

«En écrivant, je ressentais toute l’impuissance des personnages, décrit-il. Je me laissais habiter par eux. Mais j’ai gardé une posture empathique et pas sympathique à leur égard. Je ne voulais pas tomber dans la caricature, alors je n’ai pris le parti de personne. Je ne justifie pas non plus cette violence, j’ai juste essayé de comprendre ce qui pouvait mener des individus jusque-là.»  

Pour écrire le chapitre sur Maggie, la femme battue, l’auteur s’est inspiré des témoignages d’intervenants sociaux en contact avec ce public, dont sa conjointe Marie-Christine Plante, adjointe à la direction de l’organisme Carrefour pour elle de Longueuil.

Réflexion sur la violence

Également touché par la montée des extrêmes dans le monde, l’écrivain veut proposer une réflexion sans prétention sociologique sur les racines de la haine et de la violence.

«On dit que le Québec est un pays non violent, on se targue d’être tolérant et en avance sur l’égalité hommes/femmes, mais les faits sont là: près de 20 000 personnes sont victimes de violence conjugale, dont 78% sont des femmes. Cette violence est cachée, elle se fait à l’abri des regards, et fait encore beaucoup trop de victimes dans la province.» 

Mathieu Blais croit que le recours à la littérature peut être une issue et que les écrivains ont une fonction éducative en tant que témoins de leur époque.

«Nous fabriquons des images et des représentations, explique-t-il. Les lecteurs peuvent comprendre et prendre conscience de ce que peuvent vraiment vivre ces femmes victimes de violence; ce n’est plus caché ou lointain.»

Mathieu Blais, qui était en résidence à la bibliothèque Raymond-Lévesque durant l’été, a pu finaliser le premier jet de son prochain livre, Franc-cœur, portant cette fois sur la violence amoureuse en milieu carcéral. Il a déjà entamé le troisième volet de sa trilogie, qui traitera de la violence révolutionnaire et idéologique.

«Racisme, sexisme, intolérance…, le combat est rude», conclut l’écrivain.