Pollution lumineuse: Des efforts pour une nuit moins éclairée

Ali Dostie ali.dostie@tc.tc
Publié le 12 août 2015

Après les heures d’ouverture de la bibliothèque Raymond-Lévesque, aucun changement d'éclairage.

©Photo TC Media - Robert Côté

ÉNERGIE. D'ici 2017, la Ville de Longueuil prévoit débourser 236 000$ pour remplacer les éclairages vétustes des bâtiments municipaux. L'implantation de systèmes d'éclairage plus performants s'effectuera au fur et à mesure que seront réalisés les travaux de réfection dans ces bâtiments.

Cette mesure vise l’amélioration de l’efficacité énergétique, l'un des objectifs du Plan stratégique de mobilité durable de Longueuil.

«Dans certains édifices municipaux, les systèmes d’éclairage, de chauffage et d’alarme ont été liés afin de réaliser des gains énergétiques, assure la chef de division des affaires publiques de la Ville, Alexandrine Coutu. Une fois que l’alarme est activée, l’éclairage passe en mode veille et le chauffage est diminué de quelques degrés, ce qui permet de diminuer de façon notable leur consommation d’électricité.»

Bien que l'éclairage intérieur nocturne ait moins fait l'objet d'étude que l'éclairage extérieur, il s'inscrit néanmoins dans le phénomène de la pollution lumineuse. À cet égard, les bibliothèques de Longueuil et leur éclairage détonnent parmi les bâtiments municipaux. Après les heures d’ouverture de la bibliothèque Raymond-Lévesque, aucun changement d'éclairage.

«Les lumières dans les bibliothèques resteront allumées pendant quelques heures afin que des employés d’entretien complètent le ménage de la bibliothèque. Elles sont fermées dès leur départ, à l’exception de l’éclairage de sécurité», indique Mme Coutu.

Actuellement, les lumières allumées dans les édifices après la tombée du jour constituent davantage la norme que l’exception. Des commerces aux tours à bureaux, en passant par le siège social de l’UPA, la Caisse Desjardins Pierre-Boucher ou encore les concessionnaires automobiles, la majorité adopte cette pratique. Parmi les rares exceptions se trouve la Maison du tourisme de la Montérégie, au Quartier DIX30, complètement plongée dans le noir.

Si presque tous optent pour un éclairage tamisé, fort probablement pour une raison de sécurité, d’autres semblent conserver leur éclairage habituel.

Les impacts de la pollution lumineuse

Chez les astronomes, les effets de la pollution lumineuse sont bien connus. Les nombreuses lumières qui émanent des villes et les éclairages extérieurs inadéquats ont un impact direct sur leurs observations du ciel.

«En astronomie, on est très affecté par la pollution lumineuse. Pour observer le ciel, on se déplace dans les endroits en hauteur, loin des villes. On se promène avec de petites lampes de poche, pointées vers le sol», évoque l’astronome Yacine Bouzid, qui complète actuellement un doctorat en science de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal.

Il explique que la pollution lumineuse crée un voile, «comme si on éteignait certaines étoiles». Il suffit de se déplacer en campagne pour constater à quel point les lumières des villes masquent une grande quantité d’étoiles.

M. Bouzid précise que le design des lampadaires et autres éclairages extérieurs a un impact sur la pollution lumineuse. «Il faut penser à un bouclier qui permet de diriger la lumière où l’on veut, pour éviter d’éclairer inutilement le ciel», donne-t-il en exemple.

Faux sentiment de sécurité

Selon le site web de la Réserve internationale de ciel étoilé de Mont-Mégantic (RICEMM), il serait faux de croire qu’un éclairage intense rend un lieu plus sécuritaire.

«Aux États-Unis, plusieurs écoles du Texas, de l’Oregon et de la Californie ont adopté le Dark Campus Program en bannissant l’éclairage nocturne en dehors des heures d’activité. Contrairement aux attentes, on a observé une décroissance importante des actes de vandalisme», peut-on lire sur le site.

Les impacts de la pollution lumineuse sont aussi économiques. Le Québec, réputé comme étant une des régions du monde générant le plus de lumière, pourrait économiser jusqu’à 50 M$ par année avec une meilleure gestion de l’éclairage, toujours selon la RICEMM.

Parmi les autres effets de la pollution lumineuse, l’Organisation mondiale de la santé reconnaît qu'elle peut entraîner le dérèglement de l’horloge biologique.