50 ans de la crise d’Octobre: Un devoir de mémoire

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Par Ali Dostie
50 ans de la crise d’Octobre: Un devoir de mémoire
Des milliers de soldats ont été déployés dès le 16 octobre 1970. (Photo : Le Courrier du Sud - Archives)

Cinquante ans plus tard, quel regard jettent les élus du territoire où se sont produits les événements parmi les plus troublants de cette crise politique qui a marqué tout le Québec? Le Courrier du Sud a interrogé les députés Denis Trudel (Longueuil–Saint-Hubert), Ian Lafrenière (Vachon), Nicole Ménard (Laporte) et Catherine Fournier (Marie-Victorin).

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Se souvenir

Se rappeler de ces événements historiques qui ont «une saveur très locale» est essentiel pour le député Ian Lafrenière. C’est sur le territoire correspondant à sa circonscription que se trouvait la maison – maintenant détruite – où Pierre Laporte a été séquestré, sur la rue Armstrong, maintenant nommée Bachand.

«Pour certains aînés, c’est connu, mais bien des jeunes ne savent pas que ça s’est passé à Longueuil, que Pierre Laporte habitait Saint-Lambert.»

«Peu importe ce que l’on pense de ces événements, il faut se les rappeler.»

– Ian Lafrenière

C’est en quelque sorte en exerçant lui-même ce devoir de mémoire à l’égard de son histoire personnelle que Ian Lafrenière a appris que sa grand-mère avait connu le ministre Pierre Laporte, ayant travaillé à son élection.

Quant à son grand-père, il a été son chauffeur jusqu’au printemps 1970.

«Quand il a appris que M. Laporte avait été retrouvé décédé, il a fait son premier infarctus. Ça l’a marqué profondément», relate M. Lafrenière, à partir de ce que lui a raconté sa grand-mère, aujourd’hui âgée de 101 ans.

Le ministre Pierre Laporte

Pour Catherine Fournier, faire retour sur cette crise est à la fois un outil de mémoire collectif et de sensibilisation des jeunes, alors que la crise d’Octobre est abordée rapidement dans les cours d’histoire, estime-t-elle.

De cette «page sombre dans l’histoire du Québec», Nicole Ménard souhaite que des leçons aient été tirées et que nous prenions conscience que la violence ne sera jamais la solution», commente-t-elle, rappelant le «décès tragique» de Pierre Laporte et l’enlèvement de James Richard Cross.

La circonscription qu’elle représente a d’ailleurs été nommée en la mémoire de Pierre Laporte.

«Je me souviens de la tension qui était palpable à cette époque, partage-t-elle aussi. Nous vivions dans une période d’incertitudes.»

Les racines de la colère

La députée indépendante Catherine Fournier évoque également ce dans quoi le Front de libération du Québec (FLQ) a pris racine : «la pauvreté, l’humiliation et l’infériorité économique que vivaient les Québécois canadiens-français, particulièrement ceux des quartiers populaires, comme l’ancienne Ville Jacques-Cartier».

Ralliant au départ de nombreux francophones, le mouvement a perdu l’appui populaire en franchissant «clairement la ligne de la violence», met-elle en perspective. Il «a même nui au Parti Québécois souverainiste de l’époque, en donnant du gaz aux arguments de peur des défenseurs de l’option fédéraliste».

Pour le député Denis Trudel, ne plus croire à la démocratie comme l’ont fait les felquistes «était une erreur».

«Je suis entièrement contre la violence politique, assure M. Trudel. C’est tragique ce qu’ils ont fait. C’est inacceptable… Mais, je comprends les raisons de la colère.»

Il évoque à son tour les conditions de vie des Canadiens-français, gagnant de faibles salaires. «Speak White, le mépris, les boss anglophones qui s’en mettaient plein les poches…» énumère-t-il.

Des excuses?

Le Courrier du Sud – Archives

La promulgation de la Loi sur les mesures de guerre est, selon Denis Trudel, une «tache dans la démocratie canadienne». «Il y a eu 500 arrestations, en quelques jours seulement, parfois pendant la nuit. Tout le monde qui était un peu de gauche a été arrêté», déplore-t-il.

Le Bloc Québécois a d’ailleurs demandé des excuses à l’actuel gouvernement fédéral pour ces arrestations arbitraires, ce que le premier ministre Justin Trudeau a jusqu’ici refusé.

Selon Catherine Fournier, par cette «grave dérive autoritaire», le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau «a saisi cette occasion pour intimider les tenants d’une option pourtant profondément démocratique, celle de l’indépendance du Québec».

Mme Fournier ne peut qu’appuyer la demande du Bloc Québécois. «Cela est tout à fait en phase avec les excuses répétées du premier ministre Justin Trudeau à l’endroit de plusieurs franges de la population.»

Ian Lafrenière, qui a été dans les forces armées pendant 30 ans, ne peut faire fi de la dimension militaire de la crise. «C’est certain que la première image que tu as en tête quand tu entres dans l’armée, ce n’est pas un déploiement local. Tu penses à servir dans des missions de paix, à aider ta communauté. Ça, c’était l’antithèse.»

Quant à savoir si ces mesures étaient appropriées, il fait le pari de la réponse nuancée. Car il est dangereux de juger le passé avec notre regard d’aujourd’hui, avise-t-il. «Était-ce la bonne décision? Était-ce disproportionné? Je n’ai pas assez creusé la question pour y répondre. Mais il faut se poser ces questions.»

Surveillez l’édition du Courrier du Sud du 13 octobre pour une entrevue avec Claude Poirier sur les événements d’Octobre.

Jouer un felquiste

Denis Trudel, dans Octobre, film de Pierre Falardeau (Image tirée du film)

Dans Octobre, film de Pierre Falardeau sorti en 1994, Denis Trudel interprète l’un des quatre felquistes impliqués dans l’enlèvement, la séquestration et la mort de Pierre Laporte.

S’il savait qu’il jouait Jacques Rose, à aucun moment dans le film les quatre personnages principaux ne sont nommés. Au générique, «felquiste 1», «felquiste 2», précède le nom des acteurs. Toutefois, quiconque qui a lu ou fait des recherches sur la crise d’Octobre peut faire certaines déductions.

Denis Trudel raconte que lors du tournage, Serge Houde, qui jouait le ministre Laporte, avait demandé de rester attaché à son lit même entre les prises, afin de ressentir les effets de la captivité.

«Ç’a fait qu’on n’avait pas le goût d’aller le voir. Même si on savait bien que c’était un acteur, on trouvait ça dur à regarder, témoigne-t-il. On s’en est parlé après, Luc Picard, Pierre Falardeau et moi: on avait vécu le même phénomène.»

Un sentiment qui rejoint les propos de Francis Simard au sujet des émotions vécues dans la maison de la rue Armstrong.

«Ils avaient enlevé le ministre du Travail, celui qui donnait des contrats pour les ponts, les autoroutes, etc. Mais couché sur le lit, c’était un homme ordinaire, un père de famille, qui a des peurs. Francis Simard avait raconté à quel point ça les avait traumatisés.»

 

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