71% des locataires de l’agglomération ont déjà vécu un problème d’insalubrité

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Par Geneviève Michaud
71% des locataires de l’agglomération ont déjà vécu un problème d’insalubrité
(Photo : Comité logement Rive-Sud)

Les résultats de la vaste enquête sur les conditions de vie et d’habitation menée par la Coalition des organismes de l’agglomération de Longueuil pour le droit au logement sont probants: 71% des locataires de l’agglomération disent avoir vécu un problème de nuisance ou d’insalubrité au cours des 12 mois précédant l’enquête, et 19%, plus de 5 problèmes du genre.

Sur l’ensemble des répondants, 23% ont eu des problèmes de vermine (punaises de lit, coquerelles, fourmis, souris ou rats); 13% mentionnent que le chauffage est insuffisant ou défectueux; et 11% ont noté la présence de moisissures ou de champignons.

«Dans mon logement, l’humidité est vraiment élevée et il y a même des traces de moisissures, indique Diego, un des locataires participants. J’avertis mon propriétaire, mais il ne fait pas grand-chose…»

En ce qui a trait à la sécurité, 58% des répondants ont indiqué avoir vécu au moins un problème au cours des 12 mois précédant l’enquête; 22%, qu’une ou plusieurs portes d’entrée de leur édifice ne se verrouillaient pas; et 8%, que leur logement n’était pas équipé d’avertisseurs de fumée fonctionnels.

«La porte de mon bloc ne se barre pas et il n’y a pas de sortie de secours», raconte Diego.

«Je ne me sens pas en sécurité dans mon logement», ajoute Fernande, une autre répondante.

Les femmes monoparentales plus à risque

«L’analyse différenciée des résultats selon les sexes révèle que les femmes monoparentales vivent des enjeux significatifs», déplore l’adjointe à la direction à Carrefour pour Elle et membre du comité-recherche Marie-Christine Plante.

Elles sont entre autres plus sujettes à vivre de la discrimination (30% contre 14% pour l’ensemble des répondants), du harcèlement (20% contre 7%) et de la violence (20% contre 10%) dans leur logement ou leur voisinage.

Les résultats démontrent également que même si elles sont plus nombreuses à avoir un revenu annuel avant impôts inférieur à 29 000$ (58% contre 44%), elles paient en moyenne plus cher de loyer mensuel (782$ contre 731$).

«Il y a même un propriétaire qui louait aux familles uniquement ses logements situés au demi-sous-sol, raconte l’agente de sondage Ariel. Les autres appartements étaient réservés aux personnes seules ou aux couples.»

La situation des minorités visibles

Outre les femmes monoparentales, les personnes issues des minorités visibles vivent également plus de problèmes de logement.

En plus d’eux aussi payer plus cher pour leur loyer mensuel (766$ contre 719$), 11% des 242 répondants s’identifiant à une minorité visible ont dû postuler 5 fois et plus avant d’emménager; 11% n’ont pas signé de bail; et 12% ne savent pas qui est le propriétaire de leur logement.

Des actions concrètes réclamées

La Coalition des organismes de l’agglomération de Longueuil pour le droit au logement souhaite que les résultats de cette étude mènent d’abord et avant tout à la création d’un comité multidisciplinaire réunissant l’ensemble des intervenants en matière de salubrité, soit des représentants des services d’urbanisme des villes concernées, de la Direction de santé publique (DSP), du Service de sécurité incendie de l’agglomération de Longueuil, du Bureau de développement social et communautaire, des Centres intégrés de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est et de la Montérégie-Centre et des organismes communautaires membres de la Coalition.

Ce comité devra étudier les pistes d’action à adopter, comme d’étudier la possibilité de réaliser un registre des immeubles à logements jugés impropres à l’habitation et de développer des stratégies de prévention en faisant la promotion de la réglementation existante et des services d’inspection auprès de la population.

En ce qui a trait aux changements structurels à réaliser sur les plans social et politique, la Coalition souhaite que le gouvernement du Québec adopte une loi instituant un registre obligatoire des loyers afin de contrer les augmentations abusives de loyer.

«Pour sortir les gens des logements insalubres, il faut également que les municipalités fassent preuve de leadership et se dotent d’un plan de développement de logements sociaux pour les prochaines années, croit le coordonnateur à la Maison La Virevolte et membre du comité-recherche Guy Levesque. Nous estimons qu’il faut un minimum de 500 unités par années sur 5 ans sur le territoire de l’agglomération pour répondre à la pénurie de logements de qualité qui fait rage en ce moment. Il est également primordial que les villes mettent en place une réserve foncière de terrain destiné spécifiquement au développement de logement social et communautaire.»

Taux d’inoccupation dramatiquement bas

L’agglomération subit présentement une crise du logement, avec un taux d’inoccupation global de 1,5% à Longueuil et de 1,9% pour Brossard, Boucherville, Saint-Bruno-de-Montarville et Saint-Lambert, alors que le taux d’équilibre du marché locatif se situe à 3%.

«Nous avons contacté chaque ville de l’agglomération afin de savoir comment les instances municipales se préparaient à l’aube du 1er juillet et de la grande période des déménagements afin d’accompagner et soutenir les locataires qui n’auront pas trouvé de logement à la fin de leur bail, explique le directeur du Comité logement Rive-Sud et membre du comité-recherche Marco Monzon. Nous constatons malheureusement que plusieurs villes semblent sous-estimer l’ampleur de la crise du logement qui fait rage actuellement et qui est aggravée par la crise de la COVID-19, ce qui va compliquer grandement la vie des locataires qui planifient un déménagement dans les prochaines semaines.»

 

Pour un portrait clair de la situation

En janvier 2017, étant préoccupée par le fait que plusieurs réalités sociales étaient occultées dans les données et études disponibles et qu’aucun portrait global et clair n’existait pour lui permettre d’orienter ses actions, la Coalition des organismes de l’agglomération de Longueuil a décidé d’agir.

Un long processus l’a menée à la rencontre de 1008 ménages locataires de l’ensemble du territoire de l’agglomération de Longueuil à l’hiver et au printemps 2019.

L’analyse et le «nettoyage» de ces données par la professionnelle de recherche Camille Girard-Marcil ont permis de dégager un portrait clair de la situation.

Des 997 formulaires complets et validés, 35% proviennent de l’arr. du Vieux-Longueuil (dont 9% du secteur de Le Moyne); 20% de l’arr. de Saint-Hubert; 18% de Brossard; 8% de Boucherville; 7% de Saint-Lambert; 7% de Saint-Bruno-de-Montarville; et 5% de l’arr. de Greenfield Park.

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Beatrice immacula Louis
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Beatrice immacula Louis

Pour trove un logement svp