Acquisition du parc St. Mark : discussions et questions entourant l’avenir des bâtiments patrimoniaux

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Par Ali Dostie
Acquisition du parc St. Mark : discussions et questions entourant l’avenir des bâtiments patrimoniaux
(Photo : Denis Germain - Le Courrier du Sud)

En devenant propriétaire de l’entièreté du parc St. Mark, incluant l’église et la salle paroissiale, la Ville de Longueuil veut s’assurer de la pérennité de ce site patrimonial de l’arr. du Vieux-Longueuil.

La promesse de vente de la Corporation de l’archevêque de Montréal, propriétaire des bâtiments et d’une partie du parc, à la Ville de Longueuil a été approuvée à la majorité lors de la séance du conseil municipal du 27 août.

L’acquisition des quelque 4753 mètres carrés par la Ville de Longueuil se chiffre à un peu plus de 1,325 M$. Un montant de 1,43 M$ sera tiré du fonds des infrastructures, notamment pour réaliser diverses études.

 

«Cette acquisition permettrait à la Ville de continuer d’utiliser le site pour y tenir diverses activités culturelles tout en préservant le caractère patrimonial du site et des bâtiments», indique le sommaire décisionnel.

Longueuil loue déjà depuis de nombreuses années le parc de la rue Saint-Charles Ouest pour la tenue d’événements tels que le Marché de Noël.

Selon les interventions du directeur général Patrick Savard, le coût des rénovations à apporter à l’église construite en 1842 seraient de l’ordre de 400 000$, a-t-il noté en réponse aux questions du chef de l’opposition Xavier Léger.

M. Savard a soulevé que les municipalités s’avèrent généralement les meilleures instances afin d’assurer la préservation à long terme des immeubles patrimoniaux.

La promesse de vente efface celle de septembre 2018, dans laquelle Longueuil s’engageait à acquérir une parcelle du parc qui excluait les bâtiments. Cette dernière était conditionnelle à la vente de l’autre partie du lot et à la réalisation d’un projet de développement qui devait obtenir l’approbation du conseil municipal et suivre les recommandations du conseil du patrimoine.

Une «première étape»

L’acquisition a été identifiée par la mairesse Sylvie Parent comme une «première étape» afin de préserver «ces bâtiments de valeur patrimoniale sans conteste».

Rien n’est toutefois défini quant au projet que pourrait accueillir l’église et aucun plan d’affaires n’a jusqu’ici été élaboré. «Tout est possible», a-t-elle avancé.

C’est que la Ville de Longueuil n’est pas la seule à avoir manifesté de l’intérêt pour acquérir l’église et la salle paroissiale. Le producteur de spectacles Groupe Phaneuf avait élaboré un projet pour en faire un cabaret d’humour de 150 places. Une offre d’achat, dont on refuse de révéler le montant, avait aussi été déposée par l’entreprise de Longueuil.

La directrice marketing de Groupe Phaneuf Véronique Bigras croit qu’une telle salle de spectacle s’avérait une «belle proposition pour les citoyens». L’entreprise assurait aussi qu’elle conserverait intacte la structure de l’église. Un droit de premier refus aurait pu aussi être accordé à la Ville, advenant que l’entreprise en vienne à vendre.

«C’est un projet de communauté, pour revitaliser le parc qui manque un peu d’action», a relevé Mme Bigras en entrevue quelques heures avant la séance du conseil. Elle a indiqué que le projet aux importantes retombées économiques recevait un écho favorable de la part des commerçants et des organismes du secteur.

«Manque de transparence»

Présente à la période de questions précédant le vote sur la promesse de vente, Véronique Bigras a toutefois déploré ne pas avoir pu présenter en détails son projet à la Ville.

Il n’a été que très brièvement discuté lors d’une rencontre avec la mairesse, le 3 juin. «On nous a dit à ce moment que la Ville ne voulait pas que l’église soit démolie, mais qu’elle n’avait pas de plan pour l’église ni la salle. Alors ça ne faisait que raviver notre intérêt», explique-t-elle.

Quelques jours après le dépôt de l’offre d’achat en juin, on aurait suggéré à Groupe Phaneuf d’en discuter avec la Ville.

Malgré plusieurs demandes, il aurait été impossible de rencontrer des représentants de l’administration municipale afin de présenter les détails du projet.

Mme Bigras ressort particulièrement «déçue» de la séance du conseil municipal, sous l’impression que «tout était décidé d’avance». «C’est clair qu’il n’y avait aucune place pour notre dossier», soulève-t-elle.

Elle dénonce ce qu’elle considère comme un manque de communication et de volonté de collaborer de la part de la Ville.

Quant à la suite des choses, Mme Bigras affirme pour l’instant ne rien envisager.

«Je n’irai pas vers eux. S’ils ont une proposition, ils devront la faire. On s’est montré extrêmement ouvert et j’aurais aimé qu’on nous écoute. Mais c’est comme si la Ville voulait tout avoir. Ça manque de transparence.»

Sensible à la question de la préservation du patrimoine, elle nuance toutefois quant à savoir si la municipalité est la mieux placée dans ce rôle. «Préserver, mais à quel prix? La Ville déboursera des millions de dollars, sans plan d’affaires. C’est irrespectueux envers les citoyens. Elle se retrouve avec un autre édifice qui ne servira à rien.»

 

 

Des organismes auraient «sonné la cloche»

L’acceptation de la promesse de vente est très bien accueillie par le Comité de sauvegarde et de valorisation de l’ensemble patrimonial du parc St. Mark, un regroupement d’organismes qui s’est formé cet été afin de sensibiliser la Ville à l’importance d’acquérir l’église anglicane et la salle paroissiale.

Le comité regroupe Métiers et Traditions, le centre d’artistes Zocalo, les deux sociétés d’histoires du territoire et l’École de lutherie-guitare Bruand.

«Pour nous, l’achat par la Ville, c’est ce qui était important. Nous avons sensibilisé le bureau de la mairesse là-dessus, indique le vice-président du conseil d’administration de Métiers et Traditions Pierre Wilson, alors que la Ville n’avait d’abord pas manifesté d’intérêt à l’égard de l’église. Nous leur avons dit qu’ils étaient en train de manquer le bateau.»

L’acquisition de l’église et du parc figure d’ailleurs dans le plan d’action de la Politique du patrimoine culturel de Longueuil.

Si ces organismes ont bien en tête une vision générale de la façon de garder vivants ces bâtiments patrimoniaux, M. Wilson avise qu’aucun projet précis n’a été présenté.

«C’est sûr que nous n’avons pas fait ça pour rien. Nous avons des idées, reconnait-il. Mais rien n’est obligatoire. L’idée était de lancer l’alerte.»

M. Wilson entend poursuivre les discussions avec la Ville et espère que d’autres joueurs et partenaires s’ajouteront.

D’ailleurs, la salle de spectacle imaginée par Groupe Phaneuf est à ses yeux très emballante. «C’est un bon projet, une idée brillante!  Est-ce qu’ils vont revenir à la table? On le souhaite!»

Quelle que soit la nature du projet, il demandera de la patience, juge-t-il toutefois. Si des organismes sont impliqués, ceux-ci devront par exemple faire des demandes de subventions.

«Selon mon expérience, ça peut prendre de quatre à huit ans, estime M. Wilson. Mais il faut y aller étape par étape. Ça prend un projet structurant.»

Lors de la séance du conseil municipal, le président de la Société d’histoire de Longueuil Bruno Racine a salué l’approbation de la promesse de vente; une «occasion unique de protéger et d’assurer la pérennité de cet ensemble patrimonial».

 

 

Des inquiétudes quant à l’ampleur des coûts

Ce sont surtout un manque d’information et une crainte de voir des dépassements de coûts qui ont poussé le conseiller Benoît L’Écuyer à exprimer sa dissidence sur cet enjeu. Il est le seul à ne pas avoir voté en faveur de la promesse de vente.

«Le patrimoine me tient à cœur», insiste-t-il.

La lecture de certaines clauses du contrat lui fait cependant craindre que les rénovations à apporter à l’église et particulièrement à la salle paroissiale seront beaucoup plus considérables que les 400 000$ estimés. Le contrat exige d’ailleurs qu’une vérification diligente de l’ensemble des immeubles soit effectuée.

«J’ai un profond malaise, car dans le passé où le conseil a eu une confiance aveugle dans certains projets, ça nous a coûté une passerelle piétonne de plus de 15 M$ et un marché public de plus de 8 M$. Pourquoi? Parce qu’on n’avait pas de plan et parce que certaines questions sont restés sans réponses.»

M. L’Écuyer s’inquiète aussi de l’approbation de cette promesse de vente sans plan d’affaires.

«Depuis la promesse de vente de 2018, on avait un an pour travailler là-dessus, arriver avec une vision», relève-t-il.

Par voie de communiqué, le chef de l’opposition Xavier Léger rappelle le contexte de la promesse de vente d’une partie du parc en 2018.

«On nous expliquait à l’époque que les coûts pour la réfection des bâtiments patrimoniaux étaient trop importants pour que la municipalité s’en porte acquéreur. Pourquoi ce revirement soudain? Qu’est-ce que ça cache? Nous n’avons pas besoin d’un autre éléphant blanc à Longueuil.»

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