Des danseurs de ballet participent à un échange culturel au Guatémala

Des danseurs de ballet participent à un échange culturel au Guatémala

Chantale Hidoux et Fabrice Rouville

DANSE. C’était la toute première fois que la petite ville de San Juan de la Laguna, au Guatémala, accueillait une troupe de danse de l’étranger. Sept danseurs, deux directeurs de Junior Ballet de Longueuil, ainsi que des élèves et danseurs de la petite ville du Sud y ont vécu, du 20 au 24 juillet, une intense expérience de partage et de découvertes.

Avec cet échange, les danseurs de Junior Ballet auront été fidèles à l’esprit de collaboration et de partage de connaissances qu’applique Érika Close dans ses projets. Cette infirmière donne des formations aux accoucheuses traditionnelles pour réduire le taux de mortalité néonatale.

C’est à la suite d’une rencontre avec Mme Close que Junior Ballet a mis sur pied cet échange culturel. Cette dernière les a soutenus d’un point de vue logistique.

Les trois jours sur place, à des milles du voyage touristique ou scolaire, ont été bien remplis.

Du Bach à San Juan

Dès la première journée, les danseurs ont présenté une classe de travail, afin d’enseigner les rudiments du ballet aux jeunes de l’école primaire, dans la cour de récréation.

«Ils sont entrés dans notre monde. Ils avaient vraiment une envie d’apprendre. Ils ont participé avec beaucoup d’intérêt», relate la directrice générale et artistique de Junior Ballet, Chantale Hidoux.

Les danseurs ont ensuite présenté quelques chorégraphies; un «moment de grâce». C’est en ces termes que le directeur pédagogique Fabrice Rouville qualifie ces courtes prestations.

«Entendre du Tchaïkovski ou du Bach à San Juan, c’est quelque chose de vraiment magique! Une fusion culturelle et temporelle!», lance-t-il.

«On dansait sur la musique du Lac des cygnes, puis on entendait les oiseaux, les chants religieux provenant de l’église juste à côté, décrit-il. J’ai dansé dans 15 pays, mais un moment comme ça, jamais je n’avais vécu ça.»

Incursion dans la danse maya

Ensuite est venu le tour des danseurs de Junior Ballet d’être les élèves. Ils ont ainsi découvert la danse traditionnelle maya, ainsi que les instruments de musique – fabriqués à la main – utilisés.

«Les danseurs sont très jeunes, et reprennent une tradition ancestrale pour laquelle l’ancienne génération a beaucoup de nostalgie. C’est extraordinaire!, lance Chantale Hidoux. Et ce n’est pas ringard, ni une question de mode. Il n’y a pas de mode.»

La danse traditionnelle maya montre par exemple un tableau de chasse, illustrant toutes les étapes d’une journée. Mme Hidoux affirme que ses danseurs ont été impressionnés par le côté acrobatique, différent de celui du ballet. «Pour imiter la marche du guépard, ils marchent sur les phalanges», illustre-t-elle.

Au-delà des différences entre ces deux types de danse, les danseurs ont noté ce qui les rallie, soit le même travail de préparation physique du corps, le souci du détail.

«Dans la danse maya, il y a également un côté spirituel extrêmement profond qui demande une compétence que nous n’avions pas», témoigne Mme Hidoux.

Cet échange de connaissances s’est effectué alors que les Guatémaltèques parlaient à peine espagnol (leur langue maternelle étant le tzujujil) et que les danseurs québécois baragouinaient pour leur part aussi l’espagnol.

«On s’était préparé un petit lexique, avec les parties du corps et les consignes qu’on pouvait donner. Mais ce n’était pas facile!» explique M.  Rouville.

Sur une même scène

Le spectacle, présenté conjointement avec l’école de danse locale et Junior Ballet, s’est avéré un autre moment fort.

Ville très animée, San Juan organise des spectacles chaque fin de semaine. «Au début, il n’y avait que 200 personnes, mais au fur et à mesure, les gens sont allés en chercher d’autres, raconte M. Rouville. Même les chiens sont venus!»

Les installations scéniques étaient plus rudimentaires que ce à quoi étaient habitués les danseurs québécois, mais M. Rouville retient surtout la générosité de la troupe et de la population.

«C’est une société très riche dans ses compétences, poursuit Mme Hidoux, parlant plus largement de la communauté. Ils n’ont pas de regard avide sur la modernité, mais ils sont tournés vers l’extérieur. Ils sont des éponges, tout ce qui arrive de l’extérieur, ils veulent le maîtriser.»

Il faut une suite

Fabrice Rouville et Chantale Hidoux sont tous deux convaincus de la nécessité de donner suite à un tel projet. Ils souhaiteraient que les danseurs de la troupe guatémaltèque puissent venir à Longueuil, peut-être d’ici un an.

«Tout le monde a gagné dans cet échange, estime M. Rouville. Modestement, ç’a un peu changé leur vie, et nous, notre vision du spectacle. On a dansé dans une cour de récréation, avec des chiens qui passent! À force d’être gâté [ici], on devient difficile.»

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