Briser les barrières grâce à Dis-moi

Briser les barrières grâce à Dis-moi

Dis-moi est un outil qui vise à favoriser le bien-être des jeunes.

Crédit photo : Archives- Le Courrier du Sud

Innover. Tel était le mot d’ordre des intervenants qui ont créé Dis-moi, une plateforme qui permet d’accompagner les jeunes au quotidien et de favoriser le dialogue avec les différentes ressources à leur disposition.

En 2017, à la suite de la diffusion du documentaire Bye racontant la quête de l’entrepreneur Alexandre Taillefer pour comprendre le suicide de son fils Thomas, plusieurs intervenants ont uni leurs forces pour développer Dis-moi.

Après des mois de travail, la plateforme a fait son entrée en octobre 2018 au collège Durocher de Saint-Lambert et à l’école Armand-Corbeil de Terrebonne, sous forme de projet pilote.

Détecter la détresse
Concrètement, Dis-moi permet de sonder l’humeur des jeunes. Ces derniers deviennent amis Facebook avec l’outil et peuvent interagir avec lui par Messenger. Ils y ont accès depuis leur téléphone, leur tablette ou leur ordinateur.

«Dans le pilote qu’on a développé, l’outil demande au jeune « Comment ça va aujourd’hui? » à chaque deux ou trois jours, explique la directrice générale de Dis-moi Annie Nepveu. S’il va bien, on peut l’amener vers un test de personnalité ou d’autres interactions qui pourront lui permettre de se connaître un peu mieux. S’il ne va pas bien, on peut continuer l’introspection et l’amener à parler à quelqu’un.»

C’est un robot qui pose la question à l’utilisateur, par le biais d’un script préétabli, et qui est en mesure de poursuivre la conversation selon les réponses. En tout temps, le jeune peut décider lui-même d’aller parler au robot pour partager ce qu’il vit. Éventuellement, le robot peut le diriger vers les ressources appropriées.

«Certains jeunes nous ont dit que leur problème n’était pas assez important pour déranger un adulte, ajoute Mme Nepveu. Avec l’outil, le jeune peut choisir de discuter par clavardage avec des intervenants de son école au lieu d’aller cogner à leur porte. S’il n’a pas envie de parler à quelqu’un de l’école, il peut parler directement à Tel-Jeunes ou se confier à notre robot.»

Grâce à l’intelligence artificielle, les intervenants ont appris au robot à détecter les appels à l’aide en mettant sur pied un dictionnaire de détresse.

«Le robot va encourager le jeune à parler, assure la directrice générale de Dis-moi. S’il y a une alerte importante selon notre dictionnaire de détresse, dans le contexte du pilote, une bénévole prendra le relais.»

Parler le même langage
Développer un outil de la sorte n’aurait pas pu se faire sans l’implication de divers intervenants ainsi que la rétroaction des élèves.

«Des technopédagogues de métier ont développé les scripts, explique Annie Nepveu. On a également sollicité des jeunes à chaque étape de développement; on leur faisait jouer des scripts et on les filmait pour voir ce qui fonctionnait le plus selon leurs réactions. Aujourd’hui, Dis-moi parle vraiment le langage des jeunes et ça fonctionne. Ils interagissent avec le robot et ils voient que ce dernier ne les juge pas.»

Après la présentation de Dis-moi dans les écoles du projet pilote, la réponse des élèves a été positive.

«On a arrêté les inscriptions après 115 jeunes parce qu’on était débordé! C’était au-delà de nos espérances. En trois semaines, on a eu 13 appels à l’aide et confidences. Ce n’est pas toutes des confidences lourdes; ça peut être simplement « Demain, j’ai un examen, je fais de l’anxiété »» donne en exemple Mme Nepveu.

Grâce au projet pilote, l’équipe a également été en mesure de voir quelles améliorations pourraient être apportées.

«Le programme manquait de robustesse, avoue la directrice générale. Il faut avoir une nouvelle équipe pour pouvoir soutenir plus de jeunes. Ensuite, nos scripts d’interaction étaient corrects pour un mois, mais pas à long terme; il va falloir ajouter du contenu et des thèmes.»

Début prometteur
Le projet a été implanté pour une période d’environ un mois dans les deux écoles choisies, le collège Durocher à Saint-Lambert et l’école Armand-Corbeil de Terrebonne. Toutes deux ont accueilli de manière positive l’arrivée de Dis-moi.

«C’est une plateforme qui veut donner des outils aux jeunes pour pouvoir mieux comprendre ce qu’ils sont et les aider dans les difficultés qu’ils vivent, précise le directeur des services à la vie scolaire et des communications du collège Durocher François Boyer. En ce sens, la plateforme est un concept qui est extraordinaire.»

Dis-moi a été présenté à un échantillon d’élèves, qui ont tous choisi de mettre le robot à l’épreuve.

«Le feedback est très bon jusqu’à maintenant, relate M. Boyer. Les élèves aiment beaucoup comment la plateforme est construite et son caractère très convivial.»

Les professionnels académiques voient cet outil comme une manière supplémentaire d’apporter du soutien aux adolescents qui vivent beaucoup d’incertitudes.

«La réalité dans les écoles n’est plus du tout celle d’il y a 10 ans; tout se passe maintenant sur les réseaux sociaux, remarque M. Boyer. C’est une très bonne idée d’utiliser ces derniers de façon positive. Dis-moi permet de dire à un jeune qui vit une difficulté: on est là, on peut t’aider, on peut te rencontrer et t’écouter. Tout ça peut l’amener à passer à travers un moment difficile en ayant du soutien de ressources qui existent.»

«Le jour où on va se dire « Dis-moi a sauvé une vie », tous les efforts qui auront été mis auront valu la peine», ajoute-t-il.

Soutien financier nécessaire
Dis-moi a vu le jour en 2017 et a entamé ses activités, malgré le peu de moyens à sa disposition, grâce aux trois prix gagnés au coopérathon Desjardins, à une collecte de fonds de l’organisme Jeunes en tête et à des dons de particuliers et de petites entreprises. Une vingtaine de bénévoles ont contribué à l’avancement du projet.

L’organisme a maintenant besoin d’un coup de main pour continuer de se développer.

«Pour aller plus loin, il nous faut vraiment de l’aide financière, indique Annie Nepveu. Notre prochaine étape, au printemps, sera de terminer le déploiement dans les deux écoles pour rejoindre de 3000 à 5000 élèves. L’idéal serait qu’à la nouvelle rentrée scolaire, en 2019, la plateforme soit présente dans 10 écoles.»

L’organisme s’est lancé l’objectif d’amasser 25 000$ d’ici février afin de pouvoir poursuivre ses actions.

Rens.: dis-moi.org.

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