Élevage de grillons: le collège Durocher de Saint-Lambert a sa ferme

Élevage de grillons: le collège Durocher de Saint-Lambert a sa ferme

Pour initier les élèves à l’élevage de grillons, un espace du Collège a été converti en laboratoire.

Crédit photo : Denis Germain – Le Courrier du Sud

ENVIRONNEMENT. Le 23 février, près de 300 élèves du collège Durocher découvraient une ferme de grillons dans leurs locaux. Afin de sensibiliser les jeunes à l’aspect écologique de l’élevage d’insectes pour la consommation humaine, la professeure Chantal Pelletier a conçu tout un programme.

Les insectes représentent l’avenir, selon Chantal Pelletier, qui a baptisé son projet éducatif Que grillons-nous pour souper?

Mise en relation avec les Amis de l’Insectarium de Montréal et la Fondation David Suzuki, la professeure en sciences et technologie de l’environnement a rapidement associé sa démarche inédite en milieu scolaire au projet pilote de valorisation de l’entomophagie La Grillonnerie.

Et si le concept semble encore insolite en Amérique du Nord, l’entomoculture ou entomophagie – le fait d’élever ou de consommer des insectes – n’aura plus rien d’original ni même de repoussant dans quelques décennies, d’après l’enseignante.

«Lorsque j’ai commencé à parler de mon projet éducatif, on pensait que je plaisantais, relate Chantal Pelletier. Mais c’est très sérieux et même une pratique en plein essor partout dans le monde. L’entomoculture est considérée comme l’une des grandes solutions écologiques pour diminuer notre empreinte sur l’environnement», souligne-t-elle, en indiquant que l’élevage d’animaux émet actuellement près de 18% de gaz à effets de serre à l’origine du réchauffement climatique.

Une pratique qui a de l’avenir

Pour initier les élèves à l’élevage de grillons, un espace du Collège a été converti en laboratoire. Jusqu’au 13 avril, à raison de six séances, les jeunes auront à présenter des exposés, à assister à des conférences et à participer à des activités pédagogiques. Des élèves bénévoles s’occupent déjà régulièrement des grillons et de l’entretien du laboratoire. Les classes découvriront ainsi les différentes étapes de l’élevage jusqu’à la transformation des insectes en farine, sachant que le cycle de vie d’un grillon est de 8 à 10 semaines. Une dégustation de produits commercialisés à base de farine de grillons sera proposée aux élèves à la fin du programme.

«Nous n’avons pas souvent l’occasion de travailler avec du vivant, commente Chantal Pelletier. Ce qui est sûr, c’est ce que mes élèves vont se rappeler longtemps de cette expérience!»

En plus des effets positifs sur l’environnement, les débouchés professionnels de l’entotechnologie sont amenés à se multiplier.

«De plus en plus d’entreprises se lancent dans le domaine. L’idée est donc d’informer mes élèves de cette nouvelle tendance afin qu’ils puissent être à même de faire leurs choix plus tard. C’est aussi l’occasion de s’ouvrir et de changer leur façon de voir les choses.»

Dépasser la barrière psychologique

Il s’agit aussi de se débarrasser de la barrière psychologique qu’ont les Nord-Américains envers la consommation d’insectes, selon l’enseignante.

Le chercheur et doctorant Didier Marquis, qui effectue une thèse sur ces barrières psychologiques, était d’ailleurs présent pour filmer la réaction des élèves lors du dévoilement, le 23 février.

«Il y a eu des réactions de toutes sortes, confie Chantal Pelletier. La surprise était grande, car les jeunes n’ont jamais vu ça. Certains ont été dégoutés, tandis que d’autres se sont montrés intéressés. Des élèves se sont même proposés spontanément pour s’occuper des grillons. Ce qui va être intéressant, ce sera de recueillir leurs impressions et perceptions en fin du projet.»

Le Collège compte bien poursuivre le projet l’année prochaine et prévoit le démarrer dès la rentrée scolaire. Chantal Pelletier envisage également d’associer à cet élevage deux élèves qui pourront présenter ce projet innovant durant l’Expo-sciences.

Entomoculture: une solution innovante pour nourrir la planète

En 2013, l’entomophagie a été identifiée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme une solution «innovante» pour nourrir la planète, répondant à certains problèmes environnementaux et de sécurité alimentaire.

La pratique ne concernerait pas seulement les humains, mais aussi les animaux et les poissons destinés à l’alimentation humaine. Les farines animales pourraient ainsi être remplacées par celles d’insectes, plus protéinées et écologiques.

Selon l’étude de la FAO, de nombreux insectes sont riches en protéines, en lipides, mais aussi en calcium, en fer et en zinc. Une portion d’insectes contiendrait près de 50% plus de protéines qu’une portion de bœuf, d’après les producteurs.

Or, si les insectes sont couramment consommés dans de nombreuses régions du globe, dont en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud, l’entomophagie reste peu répandue en Amérique du Nord.

De plus en plus d’universités et d’entreprises se tournent cependant vers les perspectives de l’entotechnologie. Des startups québécoises utilisant des insectes comestibles, comme Näak, Wilder & Harrier ou encore uKa Protéine, voient le jour. Le plus important producteur canadien est Entomo Farms, à Toronto.

 

Pour initier les élèves à l’élevage de grillons, un espace du Collège a été converti en laboratoire.

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Suzanne GariépyA. hamidAnne Zilliox Recent comment authors
Anne Zilliox
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Anne Zilliox

Superbe initiative ! Bravo le CDSL et j’doré le jeu de mots « Que grillons nous pour le souper  » 😊

A. hamid
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A. hamid

Très bonne idée que j espère changera le mode de nutrition dans monde et sauvera notre terre de la pollution et bon courage .

Suzanne Gariépy
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Suzanne Gariépy

Bravo, j’ai eu la chance de manger des grillons (pas en farine) dans un parc national aux USA et c’est délicieux. J’utiliserait la farine sans problème.