Ouvrir le dialogue

Ouvrir le dialogue

Crédit photo : Jean Laramée - Le Courrier du Sud

Dans le cadre de son exposition America… En toute impunité, l’artiste Stanley Février met de l’avant les altercations fatales entre les citoyens et les forces de l’ordre. Le 13 mars, une rencontre-causerie a eu lieu entre l’artiste et le directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) Fady Dagher. Retour sur les faits saillants de cet échange.

Stanley Février était travailleur social de métier avant de faire carrière dans le milieu artistique. Il cherche aujourd’hui à éveiller les consciences par le biais de son art. Avec l’exposition America… En toute impunité, il poursuit son désir de dénoncer les iniquités sociales en s’intéressant aux altercations entre les forces de l’ordre et la population civile ayant conduit au décès de citoyens.

Vecteur de changement
D’emblée, Stanley Février a expliqué sa proposition artistique, en insistant sur le fait que son but était principalement de sensibiliser le corps policier et les citoyens en général à cette problématique.

«Je ne crois pas que je peux changer le monde, mais je peux faire réfléchir les personnes qui regardent mon travail.» – Stanley Février

«L’œuvre se complète aujourd’hui avec cette discussion, a entamé l’artiste d’art contemporain. Le but n’est pas d’accuser qui que ce soit, mais plutôt d’ouvrir le dialogue.»

Une rencontre plutôt particulière, qui a apporté plusieurs points intéressants.

M. Février a soulevé le fait que la majorité des personnes tuées par la police entre 2000 et 2017 au Canada avaient un problème de santé mentale.

«L’enjeu ici est l’être humain; ce n’est ni une question de race, ni de couleur, précise-t-il. Ce sont des personnes qui souffrent, et le but est de voir comment on peut apporter de l’aide à ces personnes.»

M. Dagher a ensuite pris la parole afin d’expliquer davantage la réalité des policiers. Il a fait savoir qu’en 2018, 70% des appels reçus au SPAL étaient à connotation non-criminelle, reliés à la relation d’aide ou à la détresse humaine, par exemple.

«Nos appels ont totalement changé, affirme-t-il. Il faut que je m’assure que mes policiers soient bien outillés pour faire face à cette complicité.»

«La différence entre toi et moi, c’est que je peux amener un changement à partir de l’intérieur, tandis que tu amènes le changement à partir de l’extérieur.» – Fady Dagher à Stanley Février

Une formation à revoir
M. Dagher ne s’en cache pas; malgré les efforts déployés dans les dernières années par différents corps policiers pour mieux outiller leurs agents lors d’interventions de crise, «il y a encore beaucoup de travail à faire».

«Il faut revoir la formation pour que nos policiers soient mieux outillés; c’est certain qu’elle n’est plus adaptée à 2018-2019, croit-il. Il faut qu’on ait des policiers qui interviennent de la manière la plus adéquate possible.»

«À Longueuil, il y a une quarantaine de policiers qui sont formés en réponse intervention de crise (RIC) et on a développé une nouvelle unité de travailleurs qui œuvreront ensemble pour intervenir en santé mentale, a ajouté le directeur du SPAL. Éventuellement, il faudrait que cette formation soit donnée à tous les policiers qui interviennent en situation d’urgence.»

Une sociologue a également été engagée par le SPAL afin de travailler à la concertation avec les différents partenaires, dont les groupes communautaires et les établissements scolaires.

«Un service de police, en 2019, doit s’intéresser au quotidien des citoyens et à ce qu’ils vivent et non pas attendre des appels. Il faut aller sur le terrain», a laissé entendre M. Dagher.

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