Carrefour pour Elle adapte son offre de service

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Par Ali Dostie
Carrefour pour Elle adapte son offre de service
(Photo : Denis Germain - Le Courrier du Sud)

Le centre d’hébergement Carrefour pour Elle a dû passer en mode COVID-19: confinement en hébergement alternatif et mesures d’hygiène strictes. Les effets de la pandémie, doublés à la crise du logement, risquent de se faire durement ressentir.

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Carrefour pour Elle, ainsi que d’autres maisons d’hébergement de la Montérégie, se sont ralliées pour mettre à leur disposition deux lieux de logements alternatifs en Montérégie. Les femmes admises au centre de Longueuil doivent donc y faire un détour de 14 jours, dans un confinement complet. Il s’agit d’une mesure de sécurité afin que personne n’apporte le virus en intégrant le centre.

«Nous devions nous assurer de la santé et de la sécurité des femmes qui se trouvent déjà dans notre milieu de vie», expose la directrice adjointe Marie-Christine Plante.

Une fois intégrées, elles ont dû respecter un confinement strict. Depuis le 4 mai, elles sont autorisées à sortir prendre des marches et faire leurs courses.

Les mesures de santé publique ont été mises en place au premier jour de la pandémie. «On a fait nos devoirs, mentionne Mme Plante. Les femmes qui viennent au Carrefour sont en sécurité. On respecte toute les mesures d’hygiène et de distanciation sociale.»

Carrefour pour Elle emploie aussi masques, visières et gants.

Inquiétudes

Carrefour pour Elle est pratiquement à pleine capacité. Lorsque l’une de ses neuf chambres se libère, elle est comblée en 24 heures. L’organisme anticipe qu’avec le déconfinement viendra une hausse des demandes et s’inquiète de ne pouvoir y répondre adéquatement.

Car il est de plus en plus difficile pour les femmes hébergées de quitter, relève la directrice adjointe. La pénurie de logements et les effets de la COVID sur le marché locatif en sont les principaux facteurs. «Plusieurs propriétaires ne font plus visiter et des locataires refusent de partir, détaille-t-elle. L’Office municipal d’habitation a suspendu l’attribution des places en HLM, pour lesquelles les victimes de violence conjugale ont normalement priorité.»

La durée de séjour est de normalement trois mois; elle peut maintenant s’étirer sur cinq à six mois. D’où, aussi, la création des logements alternatifs.

Le contexte de la COVID-19 accentue l’isolement des femmes qui vivent une relation violente. Mme Plante invite les femmes vivant une telle situation de ne pas hésiter à contacter SOS Violence conjugale (1 800 363-9010) ou la police, au besoin. La famille et les amis sont aussi appelés à garder contact.

Aide financière en route

De l’aide d’urgence du gouvernent fédéral a été promise aux maisons d’hébergement dans ce contexte de crise. Au Canada anglais, les organismes ont pu toucher à ces sommes; au Québec, cela doit d’abord passer par le provincial et un processus de reddition de compte s’appliquera.  Un délai supplémentaire que déplore Mme Plante.

Carrefour pour Elle devrait recevoir 33 000$, mais a assumé pour le moment des frais d’environ 12 000$, pour, entre autres, le remplacement d’employées qui ont dû demeurer à la maison, les services d’entretien ménager, etc. Le montant des factures d’épiceries a également bondi, les femmes et enfants demeurant au centre en tout temps, alors que certaines quittaient parfois la fin de semaine.

Pour offrir des logements alternatifs, les maisons d’hébergement de la Montérégie ont choisi de piger dans le fonds provincial en violence conjugale.

Une frustration qui s’ajoute aux déceptions à l’égard du budget provincial annoncé en mars: les 150 ressources d’hébergement du Québec se partageront 24 M$, une somme provenant du Plan d’action en matière conjugale. Pour Carrefour pour Elle, cela représentera au mieux 150 000$ par an, pour 5 ans.

«Ce n’est pas nouveau, et ce n’est pas récurrent, insiste Mme Plante. Donc c’est une marge de manœuvre que l’on n’a pas pour développer de nouveaux services.»

Carrefour pour Elle souhaiterait par exemple pouvoir «doubler les quarts de travail» de fin de semaine, alors que les intervenantes travaillent seules pendant 12 heures pour s’occuper des 9 femmes et 10 à 15 enfants hébergés, répondre à la porte et répondre au téléphone (des appels de détresse, des demandes de renseignements et de référence qui totalisent 4000 appels par an).

Bonifier les interventions individuelles ou interventions familiales de suivi sont d’autres idées qui pourraient se concrétiser avec plus de moyens.

La directrice adjointe salue néanmoins la générosité du député de Taillon Lionel Carmant, qui a versé une aide financière moins de 24 heures après la demande de l’organisme.

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