Comment différencier un média d’un magasin de souliers

Comment différencier un média d’un magasin de souliers

Crédit photo : Michel Thibault - Le Soleil de Châteauguay

Comment faire la différence entre un média et un magasin de souliers?

Le média offre gratuitement ses produits que sont les nouvelles. Sur Internet, des milliards de personnes peuvent les consommer sans payer un rond. Dans un magasin de souliers, tout a un prix. On ne peut rien en sortir sans alléger son portefeuille.

S’il offre ses produits gratuitement, le média a néanmoins des dépenses en commun avec le magasin de chaussures. Il doit payer des employés, un toit, l’électricité, des impôts, l’imprimerie, toutes sortes de produits et services.

D’où tire-t-il les revenus lui permettant d’opérer? Traditionnellement, en vendant de la publicité à côté de ses nouvelles. Ses clients sont ceux qui ont quelque chose à vendre ou un message à passer: marchands, gouvernements, organismes de tout acabit et citoyens désireux de se départir de leur maison, leur grille-pain ou autre article convenant aux petites annonces classées.

La clientèle du magasin de souliers, elle, se compose de toute personne dotée d’au moins un pied.

Devoir d’informer

Le média est une entreprise très particulière. Un devoir lui incombe, un devoir inscrit dans son ADN, qui constitue sa raison d’être. Et qui l’emporte sur ses intérêts financiers. Celui d’informer.

Si une entreprise est condamnée pour fraude, par exemple, le média a le devoir d’en informer le public. Ce, même s’il s’agit d’un annonceur.

Le cas échéant, le risque est élevé que le client réagisse en cessant d’acheter de la publicité au média.

Le marchand de souliers, lui, n’a pas cette obligation morale de révéler à toute la planète lesquels de ses clients puent des pieds. Ce qui équivaudrait à se tirer dans le pied.

Brûlant

Le marchand de souliers et le média jouent un rôle essentiel dans la société.

Pour le premier, il suffit de faire quelques pas pieds nus sur l’asphalte chauffé par la canicule pour s’en convaincre. L’effet est automatique. La température douloureuse est ressentie instantanément par le corps humain. «Ouille, ouille, ouille, ça prend des souliers !» réalise-t-on sur-le-champ.

Être privé de média ne brûle pas la plante des pieds. Quand un média s’atrophie, on ne sent pas le mal, mais il est là. C’est moins d’information sur les enjeux brûlants d’une société, moins d’espace pour échanger et moins d’histoires inspirantes partagées. C’est aussi la mémoire collective qui écope.

Quand un média rétrécit, des pages d’histoire ne sont jamais écrites.

En laissant faire, peut-être qu’on se met les pieds dans les plats.

L’auteur est chef de nouvelles de l’hebdomadaire Le Soleil de Châteauguay, propriété de Gravité Média.

Le Courrier du Sud a profité de la Semaine éducation médias, du 5 au 9 novembre, pour démystifier différents aspects du travail journalistique, soit la différence entre publicité et journalisme, la différence entre un article et un communiqué de presse, la différence entre le journalisme factuel et celui d’opinion, le mode de financement des hebdos locaux et les fameuses fake news.

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