Des chiens renifleurs formés sur notre territoire

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Par Jonathan Tremblay
Des chiens renifleurs formés sur notre territoire
Le maître-chien du SPAL Pascal Belletête en compagnie de Navy (Photo : Jean Laramée – Le Courrier du Sud)

Les chiens ont une capacité olfactive humainement incompréhensible. Il en va de soi également pour les chiens d’intervention utilisés par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). Mais comment en vient-on à former adéquatement ces animaux afin d’en faire des ressources fiables lors d’enquêtes?

Le Courrier du Sud a récemment rencontré des maîtres-chiens du SPAL et leur animal, en plus de s’entretenir avec le formateur de chiens d’intervention de la Sûreté du Québec Gilles Lévesque, dans le but d’en connaître davantage sur le dressage de ces bêtes impressionnantes.

Nous nous sommes rendus aux Écuries Gérard Fontaine, à Brossard, où se déroule une partie des formations de l’escouade cynophile données sur le territoire.

Le nombre de chiens formés par la SQ dépend des besoins des différents services de police. Le SPAL possède trois bêtes: Navy, Storm et Nitro, qui prendra sa retraite sous peu en raison d’une baisse d’énergie. Les deux autres terminent présentement leur formation.

NDLR: La SQ n’a pas dévoilé l’entièreté de ses techniques d’entraînement, certains éléments devant demeurer confidentiels, question de sécurité.

Les chiens-policiers en cinq questions

Q Quels sont les critères pour qu’un chien soit sélectionné comme chien renifleur?
R «Tout d’abord, il faut que ce soit un chien hyperactif, explique Gilles Lévesque. Si personne ne veut de ce chien car il est trop énervé, nous, on le veut! Mais il doit écouter les ordres. Les chiens ont une batterie d’examens de santé à passer avant leur formation. Il n’y a pas 50% des chiens qui remplissent les critères à un an et demi; ils sont donc souvent déjà adultes. Il s’agit en majorité de bergers allemands, de bergers belges malinois, ou de labradors. Ils sont entre autres évalués sur leur tempérament et leurs habiletés, en plus de devoir réussir différents tests physiques. Ils doivent tout passer avec succès.»

Q Quel est l’endroit idéal pour former les chiens?
R «Peu importe l’endroit, il faut qu’il y ait plein de distractions pour habituer les chiens au désordre, précise l’agent de la SQ. C’est bon de les entraîner où il y a des odeurs d’animaux, et où plusieurs animaux se promènent en liberté. Il n’y a pas beaucoup d’endroits de ce type. Il s’agit souvent de lieux désaffectés. Si la population en a à proposer, nous sommes toujours preneurs!»

Q Quelle est la motivation des chiens lorsqu’ils cherchent?
R «Tout leur est appris par le jeu, explique Gilles Lévesque. C’est un mythe de penser que les chiens consomment la substance et en deviennent accros. Ils y sont exposés par le jeu. Par exemple, en plaçant un sachet rempli de cannabis sous un verre, alors qu’il y en a un certain nombre devant le chien. Ce dernier doit alors identifier sous quel verre se cache le sachet. Les bêtes doivent associer l’odeur au jeu. Dès qu’ils trouvent quelque chose, les chiens sont récompensés avec une balle en caoutchouc à mordiller. Chaque maître-chien détermine un terme précis bien ancré chez le chien pour chaque commande. Ils travaillent pour la récompense.»

Q Que peuvent détecter les chiens du SPAL?
R «Nos chiens sont des généralistes, précise le maître-chien du SPAL Frédéric Ringuette. Ils sont formés principalement en recherche de stupéfiants. Mais aussi pour retrouver des armes à feu, des douilles, des couteaux et des humains.»

Q Qu’arrive-t-il si un chien commet un manquement disciplinaire, comme de mordre dans une situation où ce serait non justifié?
R «Contrairement au chien citoyen, seul le chien policier peut être entraîné à attaquer sur commande, indique l’agent et porte-parole du SPAL Jean-Pierre Voutsinos. Le chien mord pour deux raisons: soit il a reçu l’ordre du maître-chien, soit le suspect a fait un geste menaçant envers le chien, son maître ou une tierce personne. Si la morsure n’est pas justifiée, le citoyen pourrait porter plainte à la Ville et en déontologie policière. Il serait aussi possible qu’il y ait des mesures disciplinaires envers le maître. Le chien subirait au besoin une évaluation par les instructeurs experts de la SQ. Une procédure pourrait entraîner une retraite prématurée du chien si ce dernier n’est plus apte au travail. Lorsqu’il y a morsure, l’événement est inscrit au rapport de l’agent de l’unité canine. Il rédige un formulaire d’emploi de la force, comme lorsqu’une arme intermédiaire est utilisée. Le SPAL fait ensuite le suivi auprès de la personne attaquée afin qu’elle reçoive les soins nécessaires.»

Objectif: rester concentré !
Les Écuries Gérard Fontaine sont remplies de chevaux en enclos et une multitude de chats circulent en liberté sur la propriété. La formation des chiens s’effectue autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments. Des excréments d’animaux sont laissés intentionnellement aux endroits où chercheront les chiens. Tout est orchestré pour leur rendre la tâche difficile. Les formateurs cachent des stupéfiants à travers les animaux, dans des cachettes qui peuvent parfois être inusités. Les chiens doivent les retrouver sans se laisser déconcentrer; ce qu’ils ont fait à plusieurs reprises lors de notre visite, sous nos yeux ébahis.

En détails
• Temps de formation
«On parle généralement de 6 à 8 mois de formation intensive sur une période de 10 à 11 mois au total.»
– Gilles Lévesque

• Drogues détectées
«Les chiens sont aptes à détecter une douzaine de types de stupéfiants.»
– Gilles Lévesque

  • Une équipe qualifiée encadre les maîtres et leurs chiens, en plus de valider différentes fonctions du chien chaque année.
  • Le maître-chien doit maintenir les compétences de son animal par des séances de formation hebdomadaires. Les chiens s’exercent plusieurs fois par semaine lors d’entraînements encadrés par le Service de police de la Ville de Montréal et la SQ.
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