Josée Blanchette : de l’importance du lien intergénérationnel

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Par Ali Dostie
Josée Blanchette : de l’importance du lien intergénérationnel
Josée Blanchette (Photo : Gracieuseté Dominique Lafond)

Ses lecteurs du Devoir le savent, la chroniqueuse Josée Blanchette est une amie des aînés (ou des vieux, ou des sages). Pas étonnant qu’elle ait accepté d’être l’une des 52 artistes et écrivains du projet Le moment de votre lettre.

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«Je veux bien leur écrire, mais c’est important qu’ils nous parlent. On ne les entend plus. Il faut les écouter.»

Elle ignore encore tout du contenu de sa lettre, qui sera envoyée plus tard, cet été.

Néanmoins, Josée Blanchette croit que cette contribution, cette «petite goutte», peut apporter un baume. Elle constate le plaisir des lecteurs qui reçoivent une réponse de sa part lorsqu’ils lui écrivent.

«Plusieurs sont surpris de voir qu’on leur répond, de voir qu’ils comptent.»

Rapidement dans l’entrevue, la résidente de Saint-Lambert évoque le lien intergénérationnel, son importance, son caractère essentiel.

Celle qui était une grande amie du père Benoît Lacroix, décédé à 100 ans en 2016, le cite: «l’expérience, c’est tout».

«L’expérience, ça ne s’apprend pas à l’université. L’expérience de vie, c’est de ça dont on se prive en coupant le lien avec toute cette génération.»

Chez Josée Blanchette, ce lien intergénérationnel a toujours été très fort, notamment par la grande relation qu’elle entretenait avec son grand-père.

«Je le porte encore en moi.»

Lorsqu’elle était enfant, il n’y avait pas de télévision à la maison. Pas par manque de moyen financier, par choix idéologique, précise-t-elle. Son grand-père rendait visite à la famille chaque fin de semaine. Alors elle l’écoutait, et elle en récolte encore les fruits.

Son grand-père a «traversé la Gaspésie, traversé la grippe espagnole, il a vécu la misère».

«Ça m’aide aujourd’hui à passer au travers. Ça m’a rappelé de grandes leçons de vie. Il m’a donné une espèce de confiance. Il me disait: la vie, c’est un combat.»

En pleine face

La crise actuelle qui touche durement les aînés soulève la délicate question de notre rapport, comme individu et société, à la mort et à la vie, analyse Josée Blanchette. Car dans l’urgence, un gouvernement fera toujours le choix de sauver des vies, «peu importe».

Elle songe aux effets collatéraux des mesures de confinement. Des aînés en santé qui, soudainement confinés, voient leur qualité de vie hautement affectée et vivent de la détresse.

«On est en train de sacrifier des gens pour en sauver d’autres», s’avance prudemment la chroniqueuse. Elle en est consciente: le sujet est extrêmement délicat, plein de considérations éthiques. Et au bout du compte, «c’est un no win».

Par ailleurs, un cadre du milieu de la santé lui racontait que, dans bien des cas, ce sont les familles qui s’acharnent, qui tiennent à la vie de leur proche à tout prix même si, plus souvent qu’autrement, les visites se font rares. «On en sauve, mais veulent-ils vraiment vivre?» lui rapportait-il.

La pandémie nous a mis en plein visage ce que l’on savait déjà à propos des conditions de vie dans les CHSLD. Elle décrit crûment ces lieux comme des «mouroirs», où bien peu de gens ont envie de finir leurs jours.  Des aînés lui disent préférer l’aide médicale à mourir que la vie en CHSLD.

«Ce serait une catastrophe pour moi. Je me suis jurée que je n’irais pas là. J’ai dit à mon fils: si tu me mets là, je te tue avec un couteau de plastique!»

Une relation à rebâtir

La crise agit aussi comme un révélateur de la relation défaillante que la société québécoise entretient avec la génération vieillissante.

Lorsqu’il était en politique, l’auteur et psychologue Camil Bouchard disait que les enfants étaient les négligés, les mal-aimés de la société, rappelle la chroniqueuse. Aujourd’hui, ce sont les aînés, sommes-nous forcés de constater.

«Le contrat social est brisé. Lorsque les femmes sont allées sur le marché du travail, ce contrat selon lequel les parents s’occupent de l’enfant les 20 premières années de sa vie, et où l’enfant s’occupe des parents pour les 20 dernières, a été bousillé», est-elle d’avis.

Aux yeux d’une société individualiste, utilitariste, les «vieux ne servent à rien, critique-t-elle. On les parke. C’est de les oublier que de ne pas les intégrer à la société.»

Tout un système serait à rebâtir. Ce qui n’a rien d’évident.

«C’est LE sujet principal: intégrer les aînés à la société. On devra le faire, on devra en parler. Plus tard, ce seront les babyboomers qui seront les vieux, et ils vont gueuler bien plus fort. Au fond, tout le monde réalise: le prochain vieux, c’est moi.»

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