La Montérégie, une force en athlétisme et cross-country depuis 50 ans

La Montérégie, une force en athlétisme et cross-country depuis 50 ans
(Photo : Archives - Le Courrier du Sud)

Reportage de Benoit Lussier, du RSEQ (Réseau du sport étudiant du Québec) Montérégie

Des titres. En quantité. Depuis maintenant 50 ans.

Après quelques années d’apprentissage sur les pistes et les sentiers, les élèves-athlètes de la Montérégie n’ont cessé d’accumuler les médailles et bannières provinciales en athlétisme et en cross-country. Année après année, les jeunes ont marqué l’histoire à leur façon: courir vite, sauter haut, lancer et sauter loin!

En cross-country, cela représente plus d’une vingtaine de gains aux championnats provinciaux et 36 podiums en 47 ans.

Les succès sont aussi éloquents en athlétisme extérieur. La Montérégie affiche un impressionnant palmarès de 34 titres provinciaux. Depuis les débuts du championnat, la région compte 46 podiums en 50 ans. De 1989 à 2005, les athlètes montérégiens ont maintenu une séquence inédite de 16 victoires consécutives.

La compétition provinciale d’athlétisme en salle est apparue en 1991 dans une formule invitation. Les porte-couleurs du rouge et blanc se sont particulièrement illustrés de 2007 à 2016, méritant les grands honneurs à 11 reprises.

Un apprentissage

Selon Hélène Larose, une figure de proue dans le milieu et ancienne enseignante à la polyvalente Marcel-Landry de Saint-Jean-sur-Richelieu, l’arrivée de l’athlétisme scolaire en Montérégie est intimement liée avec la naissance de l’Association.

«Il y avait beaucoup plus d’anglophones que de francophones au départ, raconte-t-elle. C’était une tradition pour eux. Il a fallu faire nos classes.»

Un retour dans le temps

À la fondation de l’Association régionale du sport scolaire Richelieu-Yamaska (ARSSRY) en 1969, les athlètes de la région se sont signalés en se positionnant dans le haut du peloton des compétitions.

Un premier championnat provincial d’athlétisme extérieur a été proposé, le 7 juin 1969. Fait inusité, le championnat s’est déroulé sur deux sites distincts. Une compétition a eu lieu à l’école Samuel-de-Champlain de Québec et l’autre, au parc Jarry de Montréal.

L’événement de Montréal a été organisé par le bureau d’éducation physique de la Commission des Écoles catholiques de Montréal. Raymond Benoit, directeur de l’éducation physique au ministère de l’Éducation, a assuré la présidence d’honneur.

Le président du moment, Guy Giroux, se rappelle l’événement.

«Ça été une grosse affaire. Un succès avec peu de moyens. Tout le monde a prêté de l’équipement pour le bon déroulement de la compétition.»

Trois records provinciaux ont été établis à cette première édition: au saut en longueur, au lancer du javelot et à la course du mille mètres. D’ailleurs, selon La Presse du 9 juin 1969, l’épreuve la plus enlevante a été sans contredit le 1000 mètres des athlètes de moins de 16 ans.

À cette époque, 4 catégories étaient offertes: benjamine, cadette, juvénile et junior. Les athlètes présents étaient issus des qualifications locales, régionales et interrégionales.

Le système de mesure anglaise (pouce, pied, mile, livre) avait encore préséance sur le système métrique (centimètre, mètre, kilomètre, kilogramme), introduit en 1970.

La Commission scolaire Lignery, appuyée par l’ARSSRY, a eu l’honneur de présenter le second championnat, en 1970, au parc de la Voie maritime de Saint-Lambert. Avec Jean Loiselle en tête, un des membres fondateurs de l’Association, le comité a accueilli près de 800 athlètes. En tout, 13 des 14 régions étaient présentes à l’événement.

Les participants ont été les premiers à utiliser la seule piste canadienne recouverte de Grasstex à ce moment. Cette surface avait été mise au point pour les Jeux Olympiques de Mexico en 1968.

La direction sportive était sous la gouverne de Maurice d’Anjou et le représentant de la Fédération québécoise d’athlétisme était nul l’autre que le célèbre Jo Malléjac.

Une aide financière du Haut Commissariat à la Jeunesse, aux Loisirs et aux Sports de 3485$ a permis la mise sur pied du concours.

En 1974, le sport étudiant a voulu créer un événement d’envergure, combinant le sport et la culture. De là est né le Festival d’athlétisme et de créativité des écoles secondaires du Québec. Notons que l’aventure n’a duré qu’un an.

Une discipline en évolution

Bien qu’il y ait eu peu de changement à la liste des épreuves de 1969 à 1989, la marche a fait son apparition en 1973, tout comme de nouvelles distances aux courses de haies en 1977. Il y a eu une modification dans les catégories d’âge en athlétisme à l’échelle du pays en 1975.

«Du côté des engins, les poids ont été adaptés au fil du temps, et ce, dans toutes les catégories, rappelle Mme Larose. De façon générale, les engins sont devenus plus légers.»

En athlétisme en salle, les épreuves de marche ont été abandonnées en 2014 et celles de triathlon, de quadrathlon et de pentathlon ont été laissées aux oubliettes en 2012.

Le paroxysme

Le championnat provincial de 1976 revêt d’un caractère spécial. En effet, les 1500 élèves-athlètes ont pris part aux épreuves sur les quatre lieux de compétitions olympiques: le Stade olympique, le stade d’entrainement, le stade Étienne-Desmarteaux et le stade Claude-Robillard. Les finales se sont déroulées au Stade olympique et une foule de 30 000 spectateurs a assisté à l’événement. Le sport scolaire a été le premier à inaugurer les installations olympiques!

C’est aussi à ce moment que de nouvelles pistes ont pu être aménagées grâce à de nombreuses subventions. Cela a incité des enseignants à s’engager davantage dans le développement de l’athlétisme, selon Mme Larose.

Considérant le nombre important d’athlètes et afin de présenter la meilleure équipe possible, le directeur général de l’Association régional du sport scolaire du Richelieu (ARSSR) Jean Grimard a mis en place, aux débuts des années 1980, des standards de sélection.

La Coupe

C’est à compter de 1983 que les délégations ont pu s’afficher avec un chandail spécifique à leur région grâce à une commandite de 20 000$ d’ESSO Impériale.

Selon La Tribune du 27 juin 1989, le Richelieu était à surveiller. Les prévisions se sont avérées. La série victorieuse de 16 ans s’est donc amorcée en mettant la main sur la première Coupe Esso, le trophée emblématique remis à la l’instance régionale championne du classement combiné.

Des performances dignes de mention

Au championnat provincial de 1990, 7 records ont été battus, dont deux par Mélanie Choinière au 800m (2min 14,93s) et au 1500m (4min 51,10s) en juvénile féminin. Par ailleurs, John Étienne, un cadet, a établi le meilleur temps au 100m haies (13,78s). Le record était vieux de 11 ans. La région a établi le record au relais 4x100m en juvénile féminin avec un temps de 50,24s.

En 1992, Tambra Dunn a battu le record provincial au 1500m (4min 42,10s), un record qui tient toujours, ainsi qu’au 3000m (10min 20,30s) en cadet féminin. De son côté, Wilson St-Jean, un cadet, a battu un record vieux de 11 ans au saut en longueur avec 6,5m.

À la finale de 1993, Tambra Dunn a pulvérisé deux records en juvénile féminin au 1550m et au 3000m. De plus, elle a été nommée l’athlète féminine par excellence de la compétition. Selon La Tribune du 15 juin, le Richelieu domine à outrance depuis quatre ans.

Toujours selon le journal La Tribune, cette fois le 26 juin 2000, la région est imbattable. La Montérégie remporte la Coupe du Président pour une 12e année consécutive. James Cadovius établi un record au 1200m et au 200m en cadet masculin.

La Montérégie détient, à ce jour, pas moins de 20 records provinciaux.

De la nouveauté

Les premières compétitions ont amené leurs lots de défis.

«Tout était à faire à la main en ce qui concerne les inscriptions et la comptabilisation des résultats, se souvient Mme Larose. Et sans les moyens techniques d’aujourd’hui, ça prenait des officiels pour chronométrer, pour juger, en plus des officiels au départ et au saut en longueur. Ça pouvait prendre jusqu’à 50 bénévoles!»

«Je me souviens aussi de la secrétaire de Guy Giroux, Mme Gaudreault, qui avait la lourde tâche de réaliser l’entrée des résultats, poursuit-elle. Elle était capable de sortir les scores après seulement 30 minutes. L’arrivée de l’informatique en 1990 nous a bien aidé.»

Un nouveau système de photofinish a été utilisé lors championnat provincial d’athlétisme extérieur en 1994.

L’année suivante, les élèves de la catégorie «moustique» ont pu prendre part à la compétition.

L’athlétisme à l’intérieur

La première rencontre d’athlétisme en salle a eu lieu le 21 mars 1991, au centre Claude-Robillard, à Montréal. Seulement 15 athlètes du Richelieu y étaient inscrits. Et peu de régions y ont participé.

Les épreuves au programme étaient 60m, 150m, 200m, 1000m, 1200m, 1500m, relais medley, 4x60m navette, 4x200m, saut en longueur, saut en hauteur et lancer du poids.

Une ligue a vu le jour en 2003-2004 avec 4 compétitions en saison régulière, suivie d’un championnat régional. La ligue est organisée conjointement avec le RSEQ Montréal.

La région compte, à ce jour, 12 records provinciaux en athlétisme en salle.

Dans les sentiers

La première activité de l’Association a été un championnat régional de cross-country organisé par Maurice d’Anjou et Hélène Larose, le 25 octobre 1969.

Puis, en 1972, sous la présidence d’honneur d’Alain Guilbert, président de la Fédération du sport scolaire, le premier championnat provincial de cross-country a eu lieu à Sherbrooke, le 4 novembre, sur les terrains de l’université. Au total, 12 des 14 régions étaient présentes: Cantons-de-l’Est, Bourassa, Côte-Nord, Lac Saint-Louis, Laurentienne, Nord-Ouest, Outaouais, Québec, Richelieu, Rosemont, Saguenay Lac Saint-Jean et Vieux Montréal. Seulement 7 participants par catégorie et par région pouvaient prendre part à la compétition.

Grâce à une solide performance de ses coureurs juvéniles, le Richelieu a terminé au 3e rang du classement combiné. Notons la médaille d’or de Daniel Dumais dans cette catégorie.

De l’inusité

Afin de financer l’événement provincial de 1975 au Lac Lafrance, à La Tuque, le comité organisateur avait mis en vente une tuque souvenir. L’histoire ne dit pas si la promotion a été populaire et payante!

Il est aussi appréciable de constater dans les archives, que le document d’information du championnat régional de 1978 ait été rédigé dans les deux langues officielles.

Des athlètes hors du commun

Les succès de Tambra Dunn (Richelieu Valley High School) se sont poursuivis après son passage dans le réseau scolaire. Au niveau universitaire, elle a pris part à des compétitions de cross-country et de piste. Nommée All-Canadian à trois reprises en cross-country et deux fois en athlétisme, elle a participé à deux Jeux du Canada en plus de courir au championnat du monde de cross-country en 1998, à Marrakech, au Maroc. Tambra a obtenu le deuxième temps de l’équipe canadienne. Au championnat universitaire canadien de 1998, elle a remporté 2 médailles d’or (3000m, 4x800m) en plus de 1 d’argent (1500m). Au cours de ses trois saisons universitaires, l’athlète originaire de Saint-Bruno-de-Montarville est demeurée invaincue à la course de 1500m et de 3000m. Elle a été élue au temple de la renommée de l’Université McGill en 2010.

Originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Yves Roy (polyvalente Chanoine-Armand-Racicot) s’est distingué au lancer du disque et du poids. Au début des années 1970, il a établi plusieurs records provinciaux, puis participé aux Jeux du Canada à Vancouver en 1973. Il s’est qualifié pour les Jeux olympiques junior du Canada en 1974 et a continué de fracasser des records canadiens dans les catégories cadet et juvénile. Il a gagné des médailles lors des Championnats canadiens ainsi que d’autres compétitions qui lui vaudront une place sur l’équipe canadienne pour les Jeux olympiques de 1976.

Isabelle Surprenant (polyvalente Marcel-Landry) a été une des meilleures au pays avec 4 titres canadiens de 1988 à 1998 au lancer du javelot. Championne canadienne junior et membre de l’équipe canadienne des mondiaux juniors, elle a également pris part aux Jeux du Commonwealth en 1994 et aux Jeux de la Francophonie en 1997.

Pat Fogarty, de Mont-Saint-Hilaire, a signé toute une performance lors des premiers championnats québécois aux 110m haies et au saut en longueur de 1977. Détenteur de deux records canadiens pendant bien des années, il n’a pu participer aux Jeux olympiques de Moscou de 1980 en raison du boycott de la délégation canadienne.

Étudiant à l’école Heritage, Marek Adamowicz est un spécialiste de la marche. Il a participé à de nombreuses compétitions internationales. Il a remporté la première position au championnat canadien junior et la course de 10 km Canada-États-Unis en 2014.

Serge Leduc, de l’école Crevier, s’est démarqué au décathlon dans les années 1970 et 1980. On retient entre autres sa 2e position aux Jeux du Canada en 1973. Toutefois, on se souvient d’une anecdote savoureuse de celui qui détient le record du saut en hauteur de la Commission scolaire des Hautes-Rivières (CSHR).

«Lors d’une compétition de la CSHR, un appariteur est venu me voir pour me dire: Qu’est-ce qu’on fait? Serge est au bout des poteaux et il n’a pas fini de sauter, raconte Mme Larose. Nous n’avions pas beaucoup de moyens. Nous avons donc mis deux caisses de Coca-Cola en-dessous de la base des poteaux et il a pu continuer ses essais! Je crois que son record est de 1,99m!»

Émy Béliveau (collège Jean de la Mennais) a un parcours assez étoffé. Après avoir récolté 4 médailles aux Jeux du Québec à Gatineau, elle a été sélectionnée sur l’équipe du Québec en vue des Jeux du Canada en 2013. Elle a d’ailleurs obtenu 2 médailles d’or à cette compétition. En 2017, aux championnats universitaires canadiens, Émy a gagné 2 médailles d’or pour l’Université de Sherbrooke. De plus, elle a été nommée athlète par excellence sur piste et recrue de l’année U Sports. Au palmarès de ses compétitions, mentionnons les championnats canadiens et les jeux mondiaux universitaires.

Les piliers de l’athlétisme en Montérégie

L’Association a pu s’appuyer sur des intervenants de qualité dans l’organisation et le développement de ses activités d’athlétisme et de cross-country. Pensons, entre autres, à Maurice d’Anjou (polyvalente Mgr Euclide-Théberge), Bob Bonenberg (Richelieu Regional High School), Hélène Larose (école Marguerite-Bourgeois et polyvalente Marcel-Landry), Robert Davidson (école Saint-François-Xavier), Keven Adams (Centennial Regional High School), Normand Woods (Chateauguay Valley Regional High School) et Bob Kay.

Au début des années 1980, des personnes se sont jointes à l’équipe. Elle était composée de Robert Benoit (collège Saint-Paul), Robert Brain (école Baie Saint-François), Robert Cassagnes (école Pierre-Brosseau), Yves Lefort (école Lucille-Teasdale) et André Vigneault (école Marguerite-Bourgeois).

Selon Hélène Larose, un homme s’est avéré être l’inspiration de bien des entraineurs. «Maurice d’Anjou, c’est notre mentor à tous! C’est lui qui nous a embarqué là-dedans».

De son côté, Jean Grimard en ajoute. «Hélène Larose est une véritable pionnière de l’athlétisme. Elle en a développé de bons athlètes au fil du temps!»

Hélène Larose est devenue un des premiers récipiendaires du trophée ACTI à titre d’entraineur par excellence en sport individuel, lors du Gala provincial de 1985.

Depuis 1976, Bob Bonenberg s’est activé sans relâche dans le développement de l’athlétisme en région. Il a d’ailleurs reçu un prix du conseil d’administration du RSEQ Montérégie au Gala d’excellence de 2015 pour son engagement dans le sport en milieu étudiant.

Plus récemment, une nouvelle génération a pris la relève avec Martin Angel (collège Jean de la Mennais), Steve Morin (collège Saint-Hilaire) et Éric Beaudoin (Heritage Regional High School).

L’origine des succès

«Le secteur anglophone était en avance sur les francophones pour les compétitions d’athlétisme lors de la formation du sport étudiant, rappelle Mme Larose. La communauté avait développé une culture sportive. Ensuite, plusieurs clubs civils se sont développés et nous avons ainsi pu découvrir de bons athlètes. Plusieurs participaient à la fois aux compétitions civiles et scolaires. Nous avions entre 350 et 450 inscriptions pour la rencontre régionale. Le choix des candidats pour le provincial était toujours très difficile. La Montérégie a toujours eu un bassin d’athlètes exceptionnels», conclut-elle.

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