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La saison d'une vie pour Guillaume Boivin

mardi le 26 octobre 2021
Modifié à
Par Michel Hersir

Guillaume Boivin lors des championnats du monde (Photo : Gracieuseté – Chris Auld)

Le vétéran cycliste de 32 ans Guillaume Boivin connaissait une belle carrière sur le circuit professionnel, mais 2021 l’a amené à de nouveaux sommets. Entre une première présence au Tour de France, une victoire d’anthologie aux championnats canadiens et une neuvième place dans «l’enfer du nord » à Paris-Roubaix, c’est une saison dont il se souviendra longtemps.

«C’est indéniable, c’est ma meilleure saison à vie», a-t-il admis en entrevue au Courrier du Sud, alors qu’il se préparait pour partir à vélo.

Celui qui a passé son enfance à Longueuil, où il a notamment fait son hockey mineur, s’est plutôt démarqué sur le vélo, et jamais autant qu’en 2021.

Tour de France, Jeux olympiques, Championnats canadiens, Championnats du monde, Paris-Roubaix; il a été de toutes les grandes courses auxquelles il pouvait participer. Parfois comme coéquipier, parfois comme meneur, mais dans tous les cas, il explique sa belle émergence par un plus grand sentiment de liberté.

«Beaucoup de choses ont changé, ça a brassé dans ma vie personnelle avec mon divorce l’an dernier, admet-il. Je me suis retrouvé cette saison, je me sentais un peu plus libre mentalement, plus frais, sans trop de pression sur mes épaules. Petit peu par petit peu, j’ai pris confiance en mes moyens.»

Tour de France et Jeux olympiques

Guillaume Boivin cumulait déjà quatre présences en Grands tours, soit deux au Giro d’Italie et deux à la Vuelta d’Espagne. Cette expérience lui a été précieuse à son premier Tour de France, l’épreuve la plus prestigieuse en cyclisme.

«Au niveau physique, c’était très similaire aux autres Grands tours, il faut gérer sa forme sur 3 semaines, explique-t-il. Ce qui est unique au Tour de France, c’est la bulle qui l’entoure, l’aura, il y a beaucoup de gens, beaucoup de pression. Le stress dans le peloton est immense.»

Guillaume Boivin (droite) roule à côté de l’Arc de Triomphe lors de la dernière étape du Tour de France. (Photo : Gracieuseté –noA Toledo Arnon)

Au terme des 21 étapes, il a terminé au 105e rang et peut dire mission accomplie d’avoir complété l’un des Tours de France les plus difficiles dans les dernières années.

Seuls 141 des 184 cyclistes ont complété de bout en bout l’épreuve, marquée notamment par une chute massive causée par la pancarte d’une spectatrice dès la première étape.

«J’ai été un peu chanceux, la première semaine, il y avait des chutes à gauche et à droite, et la seule fois que je suis tombé, c’était à la première étape avec la pancarte, souligne Guillaume. Pour le reste, j’avais confiance en ma forme. Sans être un grimpeur, je passe bien la montagne, j’ai rarement été en difficulté.»

 

«C’est une légende, mais c’est aussi un gentleman et un bon ami. Son expérience a été très utile pour nous.»


– Guillaume Boivin, à propos de son coéquipier Chris Froome, quatre fois champion du Tour de France

 

À l’issue du Tour de France, le cycliste québécois est remonté sur son vélo six jours plus tard pour l’épreuve sur route des Jeux olympiques de Tokyo, ce qu’il considérait «un peu comme une extension du Tour», tellement les deux épreuves étaient proches.

Son rôle était clair : épauler Michael Woods, l’espoir de médaille du Canada. Woods est passé à quelques longueurs du podium avec une 5e place.

Les deux cyclistes sont également coéquipiers dans leur équipe professionnelle, Israel Start-Up Nation, et Guillaume se réjouit de leur collaboration tout au long de l’année.

«Mike et moi, on a passé pratiquement six mois ensemble et on ne s’est pas chicané une fois!» révèle-t-il en riant.

Une grande fin de saison

Après avoir joué un rôle de soutien pour une bonne partie de la saison, Guillaume Boivin a pu se concentrer sur ses succès personnels pour clore son calendrier et les résultats ont été probants, notamment avec une victoire spectaculaire aux Championnats canadiens au terme d’une échappée sur les 50 derniers kilomètres.

«Je voyais que tous les gars étaient au maximum de leur capacité et personne ne voulait passer de relais devant, raconte-t-il. Moi, je me sentais bien et je me suis dit que c’était mieux que je parte devant plutôt que de passer mon temps à chasser. Tout le monde était isolé et fatigué à la fin!»

Cette prestation allait être annonciatrice pour la suite des choses, alors que l’athlète a pris la 17e place des Championnats du monde.

Ayant perdu contact avec le groupe en échappé, Guillaume Boivin a tout même bataillé pour obtenir une 17e place aux championnats du monde. (Photo : Gracieuseté – Chris Auld)

Puis, à Paris-Roubaix, aussi appelé «l’enfer du nord» avec ses nombreux secteurs pavés, il a pris la 9e place, ratant sa chance pour le podium après une chute à moins de 20 kilomètres de l’arrivée.

«Je n’avais pas d’objectifs fixes dans ma tête avant les deux courses, mais je savais que je pouvais batailler pour un podium ou pour la victoire, mentionne Guillaume. Je voyais mon niveau de forme et j’ai dit à l’équipe avant les Championnats du monde "Soyez attentif, j’ai les jambes!" J’avais cette confiance en plus des moyens physiques.»

Il a plu pour la première fois en 20 ans à Paris-Roubaix, rendant les conditions encore plus difficiles. Les cyclistes ont d’ailleurs tous terminé l’épreuve recouverts de boue.

«C’était assez extrême! Avant la course, j’avais vraiment peur, poursuit-il. C’est très technique, très dangereux pour les chutes. C’est une fois dans la course que la peur s’est dissipée. Malheureusement, j’ai chuté, ça fait partie de la course. C’est un peu plate, mais je suis fier malgré tout.»

Cette course a ainsi mis fin à sa saison. S’il admet que celle-ci sera difficile à répéter, elle lui a également démontré tout son potentiel.

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