Le (deuxième) cri du cœur d’André Forcier pour Ville Jacques-Cartier

Photo de Ali Dostie
Par Ali Dostie
Le (deuxième) cri du cœur d’André Forcier pour Ville Jacques-Cartier
André Forcier, dans la cour arrière de sa maison de Coteau rouge (Photo : Le Courrier du Sud - Ali Dostie)

Avant son prochain film de fiction attendu en 2022, le cinéaste André Forcier empruntera la voie du documentaire pour plonger dans l’histoire de Ville Jacques-Cartier, a-t-il révélé au Courrier du Sud. Un film qui sera teinté par ses préoccupations grandissantes à l’égard des transformations que subit son coin de pays sur la Rive-Sud.

À lire aussi: Des voix s’élèvent pour un redéveloppement plus harmonieux | Des démarches sont en branle

Déjà, en 2011, le cinéaste avait exprimé ses inquiétudes à l’égard de la gentrification de son quartier dans Coteau rouge. Or, peu a changé depuis. Cette gentrification s’est même accélérée.

Plusieurs des maisons ouvrières qui figuraient dans son film n’existent plus. Les promoteurs, comme le scintillant Éric Miljours qu’incarnait Roy Dupuis, se sont imposés.

«Juste à côté, il y avait une maison blanche et bleue, tout à fait charmante. Ils ont fait un monstre. Sur le plan architectural, c’est un gâchis», se désole le cinéaste, rencontré à sa demeure entourée d’arbres, de plantes potagères et de vivaces.

Dans la cour de la maison d’en face, des draps sèchent au vent, accrochés à une corde à linge malgré la froideur d’automne. Un air de Coteau rouge. Le pick-up des Blanchard tournerait le coin que nous ne serions pas étonnés.

«Chaque fois qu’une maison est démolie, ça me fait toujours de quoi. De belles petites maisons qui ont une âme, une histoire, que l’on remplace par des habitations qui s’intègrent mal au quartier.»

«C’est toute la poésie du quartier qui s’en va.»

– André Forcier

Ces démolitions entraînent avec elle une érosion du tissu social, s’inquiète-t-il.

C’est donc un appel à sauver ce patrimoine qu’il a lancé aux élus de Longueuil, en leur acheminant cette question à la séance du conseil du 20 octobre : «Quand la Ville aura-t-elle le courage d’interdire un tel massacre?»

M. Forcier souhaiterait que la construction d’unités familiales, et la construction artisanale même, soit davantage encouragée, afin de redonner vie aux maisons en mal d’amour. «Il y a des architectes qui tripperaient sur ce genre de projets. En ce moment, les promoteurs font ce qu’ils veulent. Je ne comprends pas que l’urbanisme de la Ville ne se soit pas penché là-dessus avec plus d’acuité.»

Charge politique

C’est la Société historique et culturelle du Marigot qui a approché André Forcier avec la suggestion de consacrer un film à Ville Jacques-Cartier. Elle lui a confié de nombreux témoignages vidéos de citoyens qui ont habité cette ville ouvrière, fusionnée à Longueuil depuis 1969.

L’histoire de ce quartier aux origines modestes l’interpelle particulièrement. Il habite Coteau rouge depuis 13 ans et a grandi à Greenfield Park. André Forcier se considère comme un «gars de Longueuil».

Pour ce documentaire qui comportera des touches de fiction, il s’allie à Jean-Marc E. Roy (réalisateur de Des histoires inventées, documentaire consacré au cinéaste). «Je lui ai dit « Si tu le faisais avec moi, je pourrais. Seul, je ne peux pas ».»

Se sont greffés à eux le poète Jean-Marc Desgent et l’architecte Mario Petrone, tous deux de la Rive-Sud. «Tous les trois, nous avons reçu le Prix du gouverneur général», s’amuse à dire André Forcier. Nous sommes tentés de croire que ça promet.

Immanquablement, les préoccupations face aux traces que laissent le redéveloppement seront abordées. «Au départ, je ne voulais pas qu’il y ait un caractère politique. Mais il se peut qu’on l’intègre. Nos sensibilités convergent.»

Le projet en est à l’étape du financement, alors qu’il a été déposé au Conseil des arts et des lettres du Québec. Le tournage pourrait se dérouler l’été prochain.

«Ce ne sera pas une énorme production, reconnait M. Forcier. On ne le fait pas pour le cash, mais pour la cause.»

Une maison qui apparaissait dans Coteau rouge
L’immeuble qui l’a remplacée.
Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
1 Commentaire
plus ancien
plus récent plus voté
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
gilles cossette@gmail.com
gilles cossette@gmail.com
13 jours

Oui, ce phénomène de gentrification accélérée, la démolition de chalets bien retapées, existe chez nous, à Laval ouest et Frabreville, depuis 2013 grâce aux clauses dérogatoires qui permettent aux promoteurs immobiliers de s’exempter par exemple, de la protection des arbres et des milieux humides. Nous vous invitons visionner une docu YT, intitulé l’héritage Smadbeck dilapidé. En mon nom Gilles Cossette. Suis en préparation d’un documentaire, vidéo réalité-vérité. Rappelez moi au 450-314-1091. Je préfère parler ! Merci bien. Ci-joint une photo pub d’un promoteur de condo plex.