Le Dr François Loiselle s’ouvre sur son anxiété

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Par Katherine Harvey-Pinard
Le Dr François Loiselle s’ouvre sur son anxiété
L’obstétricien-gynécologue à l’Hôpital Anna-Laberge a découvert qu’il souffrait d’anxiété à l’automne 2019. (Photo : Le Reflet - Denis Germain)

Obstétricien-gynécologue au Pavillon de naissance de l’Hôpital Anna-Laberge à Châteauguay, le Dr François Loiselle a toujours été un homme calme et posé. Jamais il n’aurait pensé qu’il souffrirait un jour d’anxiété. Pourtant, à l’automne 2019, les choses se sont mises à moins bien aller pour lui. C’est l’aide qu’il est allé chercher auprès de ses proches, de ses collègues et d’un psychologue qui lui a permis de reprendre le dessus, raconte-t-il au Reflet.

Difficultés à éprouver un quelconque plaisir au quotidien, à faire ses gardes de 24 heures à l’hôpital, à dormir; plus rien n’allait pour le Dr Loiselle à la fin de 2019.

«Je regardais ma conjointe et mes enfants qui semblaient s’amuser follement à l’extérieur alors que moi j’étais assis. Zéro plaisir. Je n’avais plus le goût de rien faire. Ça commençait à ressembler à un burn out», relate-t-il.

«J’avais un espèce de malaise intérieur. Je n’étais pas bien, poursuit-il. J’allais faire mes gardes à reculons, j’avais hâte que ça finisse.»

Alerté par ses proches, le Dr Loiselle est rapidement allé chercher du soutien, d’abord auprès du Programme d’aide aux médecins du Québec. En décembre 2019, il a amorcé une thérapie, qu’il poursuit d’ailleurs encore à ce jour.

Une aide précieuse

(Photo: Le Reflet – Denis Germain)

Le médecin s’est ouvert sur ses difficultés non seulement à sa femme, mais également à ses deux enfants de 16 et 19 ans.

«Je leur ai expliqué que je vivais une période difficile, mais que j’essaierais d’aller mieux, raconte-t-il. Ça leur montrait aussi que si eux vivent ce genre de trucs, ils ne doivent pas hésiter à en parler.»

Comme il ne voulait pas arrêter de travailler, le Dr Loiselle s’est aussi tourné vers ses collègues, qui ont été plus que compréhensives.

«Elles m’ont écouté, m’ont épaulé gentiment et m’ont même offert du temps, se souvient celui qui travaille au Pavillon de naissance depuis 1997. Elles ont toutes pris des journées de garde pour moi. Je me souviens de leur avoir dit à ce moment-là que je m’organiserais pour que ça aille mieux. Il faut être proactif là-dedans.»

Bien qu’il était réticent à prendre de la médication, il a accepté de le faire sous recommandation de son médecin de famille, en qui il a confiance. Et ladite médication l’a «grandement aidé».

«À partir du moment où tu acceptes le fait que tu souffres d’un problème anxieux, tu as déjà une partie de la solution, laisse-t-il entendre. Après ça, tu chemines.»

«Dans la vie, c’est normal qu’à un moment donné tu n’ailles pas bien psychologiquement. Personne n’est à l’abri de ça.»

-Dr François Loiselle

La porte est ouverte

Le Dr Loiselle est encore aujourd’hui en processus de guérison, avec «des hauts et des bas». Même s’il éprouve toujours des problèmes de sommeil lors de ses journées de garde, il se sent maintenant beaucoup mieux et, surtout, plus heureux.

«J’ai fait les choses à temps, soutient-il. Je n’ai pas attendu que ça se détériore encore plus et j’ai eu de l’aide. Graduellement, avec le repos, la médication et les consultations en psychologie, j’ai cheminé. Je suis très bien.»

Et dans le département de gynécologie, les médecins sont toujours «vigilants» les uns envers les autres.

«On se parle, on laisse notre porte ouverte si jamais les gens ont besoin, dit-il. On est même proactifs. Quand on voit qu’une collègue a eu une difficulté, comme un accouchement qui a mal tourné par exemple, on va au-devant pour lui offrir du soutien.»

Par son témoignage, le Dr Loiselle souhaite montrer aux gens l’importance de s’exprimer lorsque ça va moins bien. Et que ce n’est pas parce qu’on est médecin qu’on est à l’abri.

«Je suis content de m’être exprimé ouvertement et humblement, ajoute-t-il. C’est ma vie privée, mais si ça peut aider certaines personnes, je vais le faire quand même.»

Le Dr Loiselle s’est également exprimé sur son anxiété dans une lettre ouverte publiée sur le site Web du Reflet, le 28 janvier.

La pandémie

Le Dr François Loiselle admet que la pandémie, lorsqu’elle a commencé en mars 2020, était «un facteur de risque pour que ça n’aille pas bien». C’est surtout la première vague qui a été difficile, dit-il, alors qu’on ignorait encore beaucoup de choses du virus.

«C’était la première fois que le travail représentait un potentiel risque pour ta santé et pour ta vie, fait-il savoir. Ça faisait peur et c’était toute une adaptation. Il fallait changer toute la pratique. Les patientes devaient se présenter toutes seules. Il fallait gérer la crainte des patientes et du personnel.»

La deuxième vague a été moins difficile, affirme-t-il, puisqu’«on savait un peu à quoi s’attendre et tu sentais beaucoup moins de stress sur le département».

Il y a d’autres départements «où ça ne va pas du tout», déplore-t-il, mais les professionnels de la santé sont plus en contrôle et le problème de personnel est moins important depuis quelque temps, selon lui.

Néanmoins, «l’hôpital est en mode COVID» malgré la baisse de cas et «les salles d’opération fonctionnent à un rythme hyper réduit, en plus d’autres services».

«Les infirmières sont mes collègues. Donc, c’est sûr que je trouve ça difficile pour elles, laisse-t-il entendre. Certaines ont eu leurs vacances reportées. On est une équipe, on travaille conjointement, donc on est très empathiques. On essaie de s’encourager là-dedans tous ensemble.»

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