Le financement de ma seconde bicyclette

Je vous parlerai maintenant du financement de ma seconde bicyclette, que j’ai achetée en 1959. La première bicyclette était rouge foncé, mais la seconde était fabriquée au Canada (CCM) et elle était d’un rouge clair. Je n’étais pas assez riche pour me payer des vitesses (comme mon voisin d’en face) mais j’étais très heureux de mon acquisition!

Mon père avait décidé d’agrandir la famille. En arrivant en 1957, nous étions 5 (2 frères et 1 sœur) dans la famille. En 1959, nous étions maintenant 7 (2 frères et 3 sœurs) et il fallait coucher tout le monde. Mon père avait décidé que le meilleur moyen était d’élever la maison d’un autre étage et il avait entrepris les travaux en 1958, pendant l’été. Il était travailleur de bureau, mais il avait du cran. La nécessité donne des idées et crée de l’initiative.

Pendant ce temps, j’avais décidé de me trouver un emploi et j’avais demandé à Montréal Matin si je pouvais livrer les journaux sur une de leurs routes. Ils avaient effectivement besoin d’un livreur.

Quand j’ai commencé, ils me livraient les journaux à 4h AM en les laissant sur le balcon. Ceci éveillait naturellement ma mère; elle se levait donc pour entrer les journaux et me réveiller. Montréal Matin m’avait donné toute une route.

Je demeurais à l’intersection de Nobert et Sainte-Hélène. Ma route me conduisait jusqu’au boulevard Taschereau, jusqu’à Curé Poirier, la rue Marmier et passé la rue Maisonneuve. Ma mère était bien inquiète; au début, je faisais la route à pied, en commençant dans la noirceur. Elle se demandait aussi si cela valait bien la peine.

Je livrais ce journal six jours par semaine. Je payais 0,35$ par journal et je le revendais 0,40$ à la fin de la semaine.

Pour compenser, je livrais d’autres journaux; je livrais L’Écho des Monts à travers Longueuil; ma troupe scoute recevait 0.01$ par journal livré et me remettait 50%. Un jour, mon frère a décidé de m’aider à en livrer 1 000. Pendant la longue journée, nous avons décidé de manger : nous avons pris un hot dog, une frite et une liqueur pour 1.39$ chacun. Assoiffés, nous avons versé un peu de vinaigre dans le fond de la bouteille de liqueur pour nous désaltérer et nous avons repris le travail. À la fin de la journée, nous avons chacun récolté 5$.

Je livrais aussi le Petit Journal, La Patrie, le Nouveau Samedi mais pas de Photo Police.

Avec l’argent amassé, j’ai pu acheter ma seconde bicyclette et payer mes études à l’Externat Classique de Longueuil, mon transport, mon habillement, mes lunchs et mes livres d’étude. Faites le calcul et rappelez-vous la pauvreté de ce temps.

Jean-Guy Campeau

Ancien résident de Ville Jacques-Cartier

Bénévole à la Société historique et culturelle du Marigot

Si vous vous rappelez cette période, ou si vous avez des histoires à nous raconter, ou même des photos, n’hésitez pas à les faire parvenir à la Société historique et culturelle du Marigot, à l’adresse shm@marigot.ca. Dans le cadre du projet Nos aînés ont une histoire à partager de la Société historique et culturelle du Marigot, financé par le Programme Nouveaux horizons pour les aînés (PNHA), des bénévoles aînés contacteront des personnes âgées pour échanger au sujet de Ville Jacques-Cartier.

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