Bête de scène, encore et toujours

Bête de scène, encore et toujours

Heureux d’avoir pu jouer une pléthore de personnages, Michel Dumont aurait aimé incarner Hamlet, Cyrano de Bergerac ou encore le roi Lear.

Crédit photo : Robert Côté - Le Courrier du Sud

PARCOURS. Michel Dumont le dit lui-même: dans toute sa carrière, il a été gâté, cumulant une foule de rôles au théâtre, à la télévision et – dans une moindre mesure – au cinéma. Issu d’une famille de neuf enfants, il est le seul à avoir fait carrière dans le milieu artistique. Et d’aussi loin qu’il se rappelle, il a toujours aimé être «en représentation».

Une sensibilité que sa mère a saisie et nourrie chez le jeune Michel.

«Môman voyait tout en moi. Elle me faisait écouter l’opéra et le théâtre à la radio. Quand c’était Séraphin Poudrier, j’avais le droit de me coucher un quart d’heure plus tard. Elle ne le faisait pas avec les autres, se remémore Michel Dumont. C’était pour moi tout le monde du rêve, d’entendre des histoires à la radio, de ne pas avoir d’images et de les faire dans ma tête, d’inventer mes personnages. J’allais me coucher et le monde était plein! Le lendemain, j’écrivais des pièces de théâtre.»

Une relation qui n’est pas sans rappeler celle que Michel Tremblay a entretenue avec sa propre mère, Nana, et qu’il a représentée dans des pièces récentes. D’ailleurs, le surnom de la mère de Michel Dumont – Antonia – est Nana. Ça ne s’invente pas.

Les pièces Encore une fois si vous permettez et Enfant insignifiant!, où le petit Michel questionne, exaspère autant qu’attendrit Nana, ont d’ailleurs été récemment montées chez Duceppe.

«J’ai appelé Michel Tremblay et je lui ai dit… Tu as raconté l’enfance de tout le monde!»

Le petit Michel (Dumont) saisissait ainsi toutes les occasions pour faire du théâtre. Lorsque les enfants avaient reçu un petit tabernacle de bois, il faisait comme s’il disait la messe et donnait la communion avec des retailles d’hostie. «J’étais en train de faire du théâtre.»

«Mon frère m’a donné des disques – des monologues français – et je les ai tous appris par cœur. Quand il y avait de la visite, je leur faisais un show. J’étais toujours en représentation.»

En allant à l’université, il aura ensuite suivi les conseils de sa mère. Celle-ci craignait que le métier d’acteur amène son fils à «crever de faim».

«Si elle était vivante, elle trouverait ça drôle de voir comment son rêveur de fils [a réussi]…!»

Après les cours en linguistique à Montréal, Michel Dumont est retourné à Jonquière où il a grandi. Il jouait dans un théâtre semi-professionnel et enseignait. Ses classes étaient toujours bondées – des étudiants qu’ils ne connaissent pas se joignaient au groupe et étaient même assis par terre. Parce qu’il livrait un show.

«Je me suis dit: coudonc, je vais me faire payer pour les faire!»

Jean Duceppe

La rencontre de Michel Dumont avec Jean Duceppe aura été marquante dans son parcours. Tenant un petit rôle dans Charbonneau et le chef au Trident, à Québec, il partageait la scène avec l’acteur, qui y interprétait Maurice Duplessis. Au même moment, il voyait sur scène Jean Duceppe et Raymond Bouchard se donner la réplique dans La mort d’un commis voyageur. Il espérait que le jeune Bouchard réalise sa chance d’incarner ainsi le personnage du fils, Biff.

Les circonstances auront fait que l’année suivante, Dumont interprétait à son tour ce rôle, avec Jean Duceppe dans le rôle du père, Willy Loman, lors de la reprise de la pièce à Montréal.

«Je courais dans la rue pour aller signer mon contrat!»

Dumont est rapidement devenu un habitué de la scène de la compagnie Duceppe. En 1999, il a interprété à son tour le père dans La mort d’un commis voyageur; Denis Bernard y incarnait son fils. «Il y a comme une filiation là-dedans, quelque chose de sacré.»

En 1991, Michel Dumont a été appelé à prendre les rênes du théâtre. «Ça m’a soufflé, donné une énergie. Toute ma passion pouvait y passer.»

Il n’avait pas l’impression de devoir chausser les souliers de Duceppe, mais plutôt d’embarquer dans un train en marche.

«Le théâtre que faisait Duceppe, c’est ce qui me passionne. Du théâtre pour le plus de monde possible, avec de bonnes histoires qui font rire et qui émeuvent. Quelque chose de grand public, de façon noble. C’était son rêve. Il voulait monter cinq pièces par année et varier les genres. Ç’a toujours été ma préoccupation.»

Près des émotions

À la télévision comme au théâtre, Michel Dumont aura souvent interprété des hommes en situation d’autorité, forts, durs.

«C’est l’effet que je donne…mais c’est tout faux!» lance-t-il, se révélant comme un homme sensible, que même le doux roupillon de sa chatte parvient à émouvoir.

Alors qu’il vivait une petite dépression, un psychologue lui avait expliqué qu’il existait à la fois Michel, et Dumont.

«Dumont est responsable, il suit ses horaires, il est là où il faut, il est passionné. Michel était là quand j’étais petit, il en a vécu des choses, des choses qui l’ont navré, alors qu’il n’a pas été consolé ou qu’il a eu peur, explique-t-il. Il faut que Dumont s’en occupe. Si le petit Michel a envie de brailler, gère-le. Ne fais pas comme s’il n’existait pas.»

L’acteur se remémore le jour du décès de Jean Duceppe. Il devait monter sur scène, et sa compagne de jeu Louise Turcot l’invitait à se ressaisir. Le petit Michel aurait voulu aller au bout de sa peine.

La relève

Vingt-sept ans après avoir été à la tête de la Compagnie Duceppe, il a annoncé qu’il en quitterait la direction artistique, pour que la routine n’épuise pas la passion.

«Il est temps que je passe le flambeau à des plus jeunes, qui ont d’autres idées et d’autres façons de faire. J’ai peur que ma passion s’en aille, à force de routine… Ce que je déteste le plus dans la vie, c’est de faire la même chose…»

Jean-Simon Traversy et David Laurin ont pris la relève et Dumont est resté présent toute la dernière saison, pour assurer une transition harmonieuse. Deux des pièces de 2018-2019 récemment annoncées sont d’ailleurs ses choix.

«Ils doivent avoir hâte de se débarrasser de moi!» dit-il en riant.

Michel Dumont n’entend pas jouer la belle-mère et mettre son nez partout dans les projets de la relève. Le lien avec cet espace de création demeure toutefois fort et il occupera une place au C.A.

«J’ai été presque 50 ans avec cette compagnie. Tu ne pars pas de même… il y a des liens qui se créent. Là, comme je suis sur le bord de m’en aller, on me rend des hommages. Alors, je vis de beaux moments!»

 

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