OPINION – Pour que l’art reste une expérience vivante

OPINION – Pour que l’art reste une expérience vivante
Dans Vraiment doucement, le chorégraphe Victor Quijada récidive avec 10 danseurs athlétiques au sommet de leur forme et de leur art. (Photo : Gracieuseté – Marie-Noële Pilon)

On l’a maintes fois relevé : les effets des mesures sanitaires en lien avec la COVID-19 sont dévastateurs pour les arts et la culture. Cela est particulièrement vrai pour le secteur de la diffusion, avec les salles vides et des scènes désertées. Ce qui se passe constitue une véritable catastrophe aux yeux d’un programmateur qui, au fil des ans et jour après jour, a alimenté un public attentif et qui, désormais, ne sait comment il pourra le retrouver.

Certes, la technologie permet de transmettre des œuvres à grande échelle et avec qualité, et parfois en faisant appel à une expérience sensorielle telle que la diffusion en soi participe à l’œuvre. Qu’on pense au cinéma 3D ou à la réalité augmentée. Toutefois, le partage d’une expérience collective reste essentiel. L’échange entre un acteur et un public vivant est intrinsèque à l’art théâtral. La fonction première de la musique, sa raison d’être la plus fondamentale, consiste sans doute à rassembler. Sur une scène, danseurs, comédiens, musiciens, poètes ou acrobates se nourrissent des réactions du public. Cette interaction rend chaque représentation unique. Dans le contexte actuel, comment préserver, voire enrichir cette relation si indispensable ?

Peut-être la distanciation sociale pourrait constituer une occasion nouvelle de valoriser les espaces publics, comme les parcs, les places et même les stationnements ? Ces lieux pourraient revêtir une importance vitale pour les individus, un moyen de renouer des liens. Certains ont déjà commencé à transformer ces endroits et à s’en servir, au-delà de leur rôle social ou utilitaire, pour provoquer la rencontre entre des œuvres et leur public. Des phénomènes renaissent, comme les ciné-parcs qu’on croyait en voie de disparition. Pourquoi aller dans un stationnement assister à la projection d’un film, alors qu’on pourrait faire son choix à la carte, au bout des doigts et dans son salon ? Pourquoi aller découvrir une exposition dans un lieu extérieur, quand ni l’éclairage ni les conditions de présentation des œuvres ne sont optimaux ? Est-ce le goût du partage ? La possibilité de vivre une réelle proximité avec l’œuvre ? L’occasion de réagir et de se nourrir de la réaction d’autrui ? Sans doute tout cela. Et plus encore.

Nancy Bélanger

Directrice générale
Culture Montérégie

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