Opinions: le virus du commerce animal

Pourquoi blâmer la Chine pour l’éclosion de la pandémie, quand nous encourageons des pratiques tout aussi dangereuses ici?

 Plusieurs d’entre nous avons entendu parler de l’hypothèse privilégiée de l’origine de la pandémie: comme le coronavirus responsable du SRAS en 2003, cette crise serait due au commerce d’animaux sauvages dans un marché ouvert de Chine[1].

Plusieurs d’entre nous pensons donc que la solution pour prévenir des pandémies est  d’interdire les pratiques abjectes associées au commerce d’animaux sauvages. Par exemple, Boucard Diouf, de passage chez Guy A., a dit que la Chine devrait se poser des questions concernant le commerce d’animaux sauvages.

C’est vrai.

Mais la Chine n’est pas la seule qui devrait se poser des questions. Le hic, c’est qu’en cherchant un peu, on remarque que ce n’est pas seulement dans des marchés ouverts que les conditions sont favorables à la transmission inter-espèce de virus.

En effet, bien qu’il serait tentant de vanter l’absence de tels marchés en sol canadien, malheureusement, certains virus pouvant causer la mort chez l’humain sont nés tout près d’ici. Par exemple, l’édition 2009 de la grippe porcine (H1N1) aurait fait entre 150 000 et 500 000 victimes humaines[2], tandis que la grippe aviaire de 1968 aurait tué environ un million de personnes, selon le CDC[3]. Non-seulement le CDC a-t-il identifié des épidémies de grippe aviaire dans des fermes industrielles dans plusieurs états américains mais, toujours selon le CDC, la grippe porcine de 2009 serait probablement originaire d’un des plus grands élevages industriels de porcs au Mexique[4].

Bref, on a ça chez nous aussi, des pratiques pouvant mener à l’éclosion de pandémies. La différence, insignifiante, c’est que près de chez nous, au lieu d’animaux sauvages emprisonnés dans des cages, on parle plutôt d’animaux élevés dans les conditions horribles imposées par les fermes industrielles qui nourrissent plusieurs d’entre nous.

Tous ces virus ont en commun que leur transmission chez l’humain est possible grâce à un rapport malsain avec les animaux.

 Ce n’est pas à cause du bingo du lundi soir. Ce n’est pas à cause des duels de gardiens du mardi soir, ou de la ringuette du mercredi soir. Ce n’est même pas à cause de la musulmanie.

C’est à cause de notre interaction malsaine avec des animaux.

Alors, que peut-on faire pour minimiser le risque de pandémie?

Compte tenu que les pratiques pouvant mener à l’éclosion de pandémies n’ont rien de géographique et tout avoir avec notre relation malsaine avec la nature, nous devons être conséquents: si on exige que la Chine interdise le commerce d’animaux sauvage pour de bon, au lieu d’une restriction durant quelques mois comme ce fut le cas en 2003, nous devons aussi exiger que d’autres pays mettent fin aux pratiques qui augmentent le risque d’éclosion de virus pathogènes — pour de bon.

Ici, ça implique de fermer les élevages industriels.

Bien que ceci puisse sembler drastique, remettons les choses en contexte.  On parle souvent de commerces essentiels de ces jours. On parle aussi d’encourager les commerces locaux. Dans ce contexte, la question se pose: qu’avons-nous à perdre en abandonnant les fermes industrielles, exactement? Qu’est-ce qu’elles nous amènent qui serait si essentiel à notre survie? Un MacPoulet à moins de deux piasses? Six saucisses à hot dogs pour le même prix? Quand on considère le risque d’éclosion de virus associé à ce menu censé rien nous coûter, quand on pense aux centaines de milliards injectés dans l’économie pour réparer les dommages de la COVID-19, on voit que le prix réel est beaucoup plus élevé.

Trop élevé, même.

Oui, nos gouvernements doivent changer leurs lois pour encadrer le traitement des animaux et faire pression sur d’autres pays pour faire leur part. Mais n’attendons pas le gouvernement. Notre portefeuille peut envoyer un message clair que nous ne voulons plus prendre ce genre de risque. On le sait depuis longtemps qu’on doit manger moins de viande et acheter local pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Voici une raison de plus de le faire. Achetons local. Achetons de petites fermes qui minimisent les risques de contagion. Et, surtout, achetons moins de viande: parait que les coronavirus aiment moins les carottes que les pangolins — et les poulets.

Jean-Charles Pelland

 

[1]https://www.thelancet.com/pdfs/journals/lancet/PIIS0140-6736%2820%2930350-0.pdf)

[2] Dawood, F. S., Iuliano, A.D., Reed, C., et al. Estimated global mortality associated with the first 12 months of 2009 pandemic influenza A H1N1 virus circulation: a modelling study

external icon. Lancet Infect Dis. 2012 Jun 26. [Online First] DOI:https://doi.org/10.1016/S1473-3099(12)70121-4

[3] https://www.cdc.gov/flu/pandemic-resources/1968-pandemic.html

[4] Centers for Disease Control and Prevention. Swine influenza A (H1N1) infection in two children—Southern California, March–April 2009. Morb. Mortal. Wkly Rep. 58, 400–402 (2009). Voir aussi « 2009 swine flu pandemic originated in Mexico, researchers discover. » ScienceDaily. ScienceDaily, 27 June 2016. <www.sciencedaily.com/releases/2016/06/160627160935.htm>.

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Serge DrouginskyDanielle Recent comment authors
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Danielle
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Danielle

I want to say, that Jean- Charles Pelland, got it right.. The problem is the way we raise our food..We are a greedy breed.. We do not respect the animals that we raise for our want of meat. If we raised them as they are meant 2 b raised…all would b a little more balanced…But we do not respect our food..meat and vegetables.

So, in agreement of this journalist, yes…we as every country that doesn’t respect our food..IS GUILTY OF CONTRIBUTING TO THIS VIRUS!!!

Serge Drouginsky
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Serge Drouginsky

Ce que monsieur Jean-Charles Pelland omet de mentionner, c’est que les virus dans les élevages ne viennent pas spontanément. Pour qu’un élevage soit contaminé, il faut qu’il y ait une chaine de transmission. En d’autres termes, il faut qu’un animal sauvage porteur d’un virus, qu’il ait pu d’une façon ou d’une autre contaminer un bête au moins dans un élevage. Ce peut être tout aussi bien la présence de cet animal ou des déjections contaminées. Encore faut-il préalablement que cet animal sauvage ait été contaminé par un autre animal. Toujours est-il qu’il faut que le virus ainsi déposé dans cet… Lire la suite »