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Projet Clé: « Ça change une vie »

le mardi 17 avril 2018
Modifié à 7 h 00 min le 17 avril 2018
Par Ali Dostie

adostie@gravitemedia.com

TÉMOIGNAGES. Le Projet Clé, c’est le gros coup de pouce, la tape dans le dos qui donne l’élan nécessaire pour que s’épanouissent des jeunes issus d’un centre jeunesse ou d’une famille d’accueil. Les aléas de la vie n’ont pas toujours été en leur faveur; là, c’est l’occasion de déployer tout leur potentiel. Trois participantes témoignent. Julie Julie*, 21 ans, accédera à l’université l’automne prochain. Elle a été acceptée au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire. «Je ne le réalise pas encore, je ne pensais pas me rendre là. Beaucoup de gens dans mon entourage m’ont dit que je ny ’arriverais jamais, encore moins avec un enfant. Je suis contente de leur montrer que je vais être capable», affirme-t-elle. Dans cet accomplissement, il y a un peu du Projet Clé qui, rien de moins selon elle, peut «changer une vie». Sortie d’un centre jeunesse à 16 ans, elle tirait le diable par la queue, devant travailler pour payer son loyer et autres dépenses –n’offrant aucun appui financier, ses parents faisaient tout de même un revenu important, lui coupant ainsi l’accès aux bourses –, tout en suivant ses cours. Ce qui affectait ses notes. C’est son travailleur social qui l’a inscrite au Projet Clé qui en était alors à ses débuts. Le soutien financier lui a permis d’accéder à un logement plus sécuritaire et tranquille et de se consacrer davantage à son parcours scolaire. Sa cote R a depuis grimpé de quelques points, lui ouvrant la porte aux études supérieures. Avec la naissance de son garçon s’est ajoutée la difficulté de la conciliation famille et études. Encore aujourd’hui, cela représente un certain défi, même si les cours à distance peuvent offrir une relative flexibilité. À cet égard, elle apprécie grandement le soutien offert par son mentor. Elle compare leurs rendez-vous à des rencontres entre amies, où elle peut discuter de ses préoccupations. «Le mentor nous aide, nous valorise. On a quelqu’un à qui dire "J’ai eu une bonne note" ou "J’ai été acceptée". Des fois, notre entourage est tanné de nous entendre; eux, ils sont là pour nous.» Emma La motivation d’aller à l’école n’a jamais manqué à Emma*. «C’est là que j’ai mis tout mon cœur», mentionne celle qui complète un diplôme en techniques policières. Pourquoi a-t-elle soumis sa candidature au Projet Clé? Pour plusieurs raisons : situation précaire avec sa famille, impossibilité de poursuivre les études sans cumuler de lourdes dettes, un besoin d’autonomie… et de soutien à la fois. En appartement à 17 ans, le besoin d’autonomie était en quelque sorte comblé. «J’étais tellement excitée d’avoir mon appartement, je n’ai pas trop inspecté. Il y avait des vices cachés, des problèmes de salubrité… je ne suis pas restée longtemps», se remémore-t-elle en riant. Le soutien du mentor a donc été bénéfique. «Tu ne te sens pas tout seule, elle est là pour t’aider à gérer tes factures, la paie, le travail…». Même si «des fois, on ne fournit pas», Emma gère aujourd’hui plus facilement son temps, entre l’emploi à temps partiel, l’entraînement et les études. Sa plus grande fierté demeure de ne pas avoir laissé tomber l’école, alors qu’il lui reste un an à sa technique avant d’accéder à l’École nationale de police à Nicolet. «Il y a encore des journées plus difficiles que d’autres, des fois où le passé familial te revient dans la face, mais le programme…c’est quelque chose de fantastique!» Audrey Depuis qu’Audrey* a terminé son secondaire il y a deux ans pour se diriger vers une technique en architecture, avoir rédigé la lettre de motivation pour prendre part au Projet Clé est sa plus grande fierté. Un geste simple, qu’elle ne regrette aucunement. À sa sortie du secondaire, Audrey admet qu’elle s’inquiétait pour son avenir, craignant devoir faire une croix sur l’école pour travailler à temps plein. Une visite au Centre canadien d’architecture a révélé à l’adepte des musées un intérêt pour cette discipline. «Ce musée m’a frappée. J’ai réalisé que j’avais envie de designer, de faire des concepts d’espaces. J’étais curieuse. Je souhaite continuer à l’université, j’ai beaucoup d’intérêt et je vois que ç’a beaucoup d’avenir.» Audrey a quitté son foyer de groupe à Longueuil pour s’installer à Montréal, près du cégep qu’elle fréquente. Avec sa mentor qui habite tout près, elle a développé une relation tissée serrée. «Je n’ai pas vraiment vu ma famille dans le temps des Fêtes, donc, je suis allée chez ma mentor à Noël. C’est ma famille, dans le fond. Je m’entends super bien avec sa fille.» Une relation qui fait ressortir le caractère humain du Projet Clé, précise Audrey, heureuse d’avoir quelqu’un pas trop loin sur qui compter, avec qui elle partage ses bons coups et ses craintes. «Ça enlève un poids des épaules.» Malgré tout, elle estime que son plus grand défi demeure de trouver des gens avec qui se lier d’amitié. «Ce à travers quoi je suis passé, c’est difficile de l’aborder. Et les gens sont un peu curieux, …ils veulent savoir pourquoi je suis déjà en appart, alors que des jeunes de mon âge habitent chez leurs parents.» À plusieurs égards, le Projet Clé a grandement transformé sa vie. «Ça m’a permis de m’émanciper – de ma famille qui me donnait un environnement toxique, où je ne me sentais pas bien. De m’épanouir moi-même, de mieux me connaître, connaître mes forces, devenir quelqu’un de plus accompli.» *Noms fictifs