Raymond Lévesque, ce « personnage extraordinaire »

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Par Ali Dostie
Raymond Lévesque, ce « personnage extraordinaire »
Sylvain Larivière, Pierre Léger, Élizabeth Gagnon, en compagnie de Raymond Lévesque, à l’occasion de l’enregistrement d’une série d’entretiens en 2001. (Photo : Gracieuseté)

Fascinant, charmant, jamais banal. C’est en ces mots qu’Élizabeth Gagnon, réalisatrice et animatrice à Radio-Canada, décrit Raymond Lévesque, celui qui «faisait partie du paysage» à Longueuil. En 2001, l’auteur-compositeur-interprète s’est raconté à son micro dans une série radiophonique d’une dizaine d’épisodes.

Raymond Lévesque, décédé de la COVID-19 le 15 février, à l’âge de 92 ans, a vécu une trentaine d’années à Longueuil. Il a résidé sur les rues Saint-Jacques, Saint-Alexandre et Saint-Thomas.

Ce n’est qu’il y a quelques années qu’il avait déménagé en résidence à Verdun, près de son fils François.

Élizabeth Gagnon, Longueuilloise, l’a bien connu. Non seulement dans le cadre d’entretiens, mais aussi pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises, parfois au détour d’une rue du Vieux-Longueuil.

«On se croisait à l’épicerie du Centre Véronneau. C’était rendu un running, on se voyait d’un bout à l’autre d’une allée et il me parlait de sa voix forte. Tout le monde se tournait», relate-t-elle.

«Raymond était moqueur, plein humour, de taquinerie. Il était un personnage fascinant, ajoute-t-elle. Parfois, on mesure la place qu’occupaient les gens seulement une fois qu’ils ne sont plus là. C’est triste.»

Si sa surdité le coupait un peu du monde extérieur – les gens devant idéalement communiquer avec lui au moyen de petits cartons –, ceux qui faisaient cet effort découvraient un homme spontané et généreux.

À la connaissance de Mme Gagnon, les dernières prestations de M. Lévesque à Longueuil ont été faites à L’Écart, petite salle de la rue Saint-Jean aujourd’hui fermée. Il s’y était produit avec sa fille Marie-Marine, chanteuse, et le pianiste Steve Normandin.

Entendre sa voix

La série d’épisodes originalement nommée Raymond Lévesque ou le cœur accordéon a été enregistrée en 2001 dans le salon de l’animatrice, durant 5 jours. Il en avait résulté 10 épisodes de 55 minutes.

«J’avais envie d’entendre ce qu’il avait à dire, de sa propre parole. Je voulais qu’il se raconte, sans intermédiaire», explique l’animatrice et réalisatrice, à propos de ce projet qu’elle a mené avec Sylvain Larivière et Pierre Léger. La série a été bonifiée de témoignages quelques années plus tard, à l’occasion des 50 ans de Quand les hommes vivront d’amour.

Mme Gagnon évoque la première journée d’entretiens, qui coïncidait avec la mort de Charles Trenet.

«Je lui ai glissé la première page du journal, sans dire un mot. Et il était parti. Il l’admirait. C’était son idole de jeunesse. Il disait que ses premières chansons étaient des copies de Trenet. Il ne les avait pas gardées.»

Elle se souvient de sa mémoire phénoménale, et de sa générosité.

M. Lévesque avait aussi chanté quelques-unes de ses œuvres et avait lu de ses poèmes, à la suggestion de l’animatrice.

Lévesque l’humaniste

Raymond Lévesque, en 2018

À l’instar de son hymne Quand les hommes vivront d’amour, qui a tant résonné et résonne encore dans les cœurs, l’ensemble de son œuvre dévoile le grand humaniste qu’était Raymond Lévesque. Dans la tête des hommes, L’héritage humain, L’intelligence des hommes, Les trottoirs, Bozo les culottes

«Il voulait faire de la chanson engagée, car pour lui, la chanson avait un rôle social. Depuis le début, il a toujours voulu défendre la veuve et l’orphelin, les plus petits, ceux qui n’avaient pas le droit de parole. Il était pour le peuple, pour la cause des travailleurs.»

Raymond Lévesque était parmi les artistes de l’époque – avec Pauline Julien – qui faisaient le plus de spectacles-bénéfices. Au point où ça lui a nui. Il avait entre autres pris part à un spectacle-bénéfice pour les grévistes de la United Aircraft, en 1974 au colisée Jean-Béliveau.

Son dévouement et sa ferveur indépendantiste dépassaient le cadre de ses monologues, ses pièces et ses chansons, alors qu’il écrivait souvent des lettres d’opinions dans les journaux.

«Il était enflammé, un peu carré parfois. Il se fâchait contre la politique, pouvait s’engueuler avec ses amis. Il écorchait un peu, c’était dans sa nature.»

Jusqu’à ses 30 ans pourtant, il était très «dans sa coquille». C’est au contact de Michel Chartrand que s’est éveillée cette prise de parole, relate Élizabeth Gagnon.

Allumé, encore

Tout au long de sa vie, Raymond Lévesque s’est intéressé à tout, lisait beaucoup, se tenait informé de l’actualité. Une façon de compenser les effets de sa surdité, toujours de plus en plus grandissante.

Même à 92 ans, il avait un projet d’écriture en tête.

«Il a toujours eu des projets, constate Mme Gagnon. Il disait qu’il ne fallait jamais s’arrêter, qu’il ne fallait pas attendre l’inspiration, mais la provoquer. Ç’a toujours été sa manière de penser.»

Le dernier épisode de la série remaniée a été rediffusé cette semaine dans le cadre des Grands entretiens: https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-grands-entretiens/segments/entrevue/343802/raymond-levesque-quand-les-hommes-vivront-damour-monique-giroux

https://ici.radio-canada.ca/radio/profondeur/raymondlevesque/index.shtml

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