Le 10 km en eau libre de Philippe Guertin aux Universiades annulé en raison de l’eau trop chaude

Le 10 km en eau libre de Philippe Guertin aux Universiades annulé en raison de l’eau trop chaude

Philippe Guertin

NAGE. S’entraîner intensément tout l’été, se rendre à Taipei en Chine pour les Universiades où tous les meilleurs étudiants athlètes mondiaux sont réunis et s’entraîner une autre semaine pour voir sa compétition être annulée à la veille du départ.

Voilà la situation frustrante que l’un des meilleurs nageurs en eau libre au monde, le Longueuillois Philippe Guertin a vécu le 27 août, à sa dernière compétition de la saison et dernière chance d’obtenir son brevet de financement national pour 2018. Le double vice-champion 2015 et 2017 de la Traversée internationale du Lac St-Jean de 32 km et champion du 10 km du même événement en 2016, devait participer au 10 km en eau libre à la dernière journée des compétitions de natation des Universiades qui ont eu lieu du 19 au 30 août. Mais l’amateurisme des organisateurs a pris le dessus sur l’excellence des athlètes.

Dangers d’hyperthermie sans plan B

«Comme je le pressentais depuis longtemps, la température de l’eau était trop chaude (donc dangereuse), explique Guertin. Ce n’était pas surprenant. La température à Taipei était de 37°C, le climat est humide et le site de compétition était un canal de deux mètres de profond seulement. Les organisateurs laissaient planer que l’eau serait peut-être sous les 30°C alors que pour le 10 km, la température ne peut dépasser les 31°C.»

«Mais le thermomètre utilisé n’était pas le bon, poursuit-il. Un entraîneur du Canada a pris la température de l’eau la veille de la compétition avec un thermomètre approprié, c’était 32,5°C. Le Canada, l’Australie et la Grande-Bretagne ont alors retiré leurs nageurs de la course qui a quand même eu lieu. Les États-Unis eux n’avaient même pas envoyé de nageurs en eau libre à Taipei. Je n’ai donc fait aucune compétition même si je m’étais entraîné pendant toute la durée des Universiades sans tourisme.»

Il était déçu que l’organisation n’ait pas prévu de plan B, d’autres cours d’eau plus froid étant disponibles dans la région. Pour lui, les quatre pays démissionnaires ont pris la bonne décision.

«Nous risquions l’hyperthermie, un effet beaucoup plus dangereux que l’hypothermie, avance Guertin. En hypothermie, quand nous avons trop froid, nous quittons l’eau. En hyperthermie, nous ne percevons pas les signaux de danger et continuons de pousser à nos risques,  C’est ce qui a coûté la vie à l’Américain Fran Crippen.» Le 27 octobre 2010, le nageur de 26 ans avait rendu l’âme au 8e des 10 km d’une course à Dubai, où d’autre nageurs avaient dû être soignés.

Sans brevet, décision crève-coeur possible

À deux mois de la distribution des brevets nationaux de financement élite pour l’année 2018, aucun nageur en eau libre n’a atteint les difficiles critères d’éligibilité exigés par Natation Canada.

Les trois meilleurs Canadiens, l’Olympien Richard Weinberger, Guertin et Eric Hedlin n’ont pas réussi à terminer parmi les 16 premiers lors des championnats du monde ayant regroupé 64 nageurs. Pris dans un peloton très dense, Weinberger et Guertin avaient terminé 24e et 28e à 37 et 42 secondes seulement du gagnant. À titre d’étudiant universitaire, Guertin avait une deuxième chance très légitime s’il terminait sur le podium aux Universiades, chance qu’il n’a pas eue.

Depuis, Weinberger et lui, subventionnés en 2017 et ayant déjà fait leurs preuves au niveau international, espèrent des modifications. Au moment d’aller sous presse, ils n’avaient reçu aucune nouvelle.

«Je crois que les critères ne nous ont pas aidés, surtout que nous n’avons très peu d’essais comparativement aux nageurs en piscine qui ont de nombreux événements, indique Guertin. Chez les femmes où il y a moins de profondeur, des femmes ont obtenu le top 16 malgré qu’elles étaient beaucoup plus loin du gagnant que nous. Les critères devraient être révisés. Je viens de terminer un baccalauréat et doit obtenir mon CA en comptabilité, j’ai 27 ans, je dois gagner ma vie.»

«Si je n’ai pas de brevet pour 2018, qui me donne une subvention mensuelle et paie mes études, j’aurai une décision difficile à prendre. Je ne peux pas travailler et m’entraîner à un niveau si élevé dans un sport d’endurance, si je n’ai pas l’aide financière», plaide-t-il.

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