Le CS Longueuil veut former les catégories différemment

Le CS Longueuil veut former les catégories différemment

Les joueurs du CS Longueuil serviront à cumuler des statistiques afin d’améliorer leur développement.

Crédit photo : Archives - Le Courrier du Sud

Projet expérimental de bio-banding

Le Club de soccer Longueuil et son directeur technique Anthony Rimasson tenteront dans les prochains mois de revoir la façon dont les équipes sont formées chez les jeunes de la région en utilisant le bio-banding.

Cette méthode test sera expérimentée dès cet hiver dans les dômes de soccer intérieur du territoire. Les enfants seront ainsi regroupés pour certaines séances d’entraînement selon leur âge biologique et non leur âge chronologique. C’est-à-dire qu’ils seront classés davantage par leur physique et leurs habiletés que leur âge.

«Il s’agit d’une nouvelle manière d’aborder la constitution des groupes, précise Anthony Rimasson. Depuis que je travaille ici, je m’aperçois qu’on regroupe les enfants par âge chronologique et ça empêche pas mal de choses.»

Selon lui, la méthode de constitution traditionnelle empêche l’éclosion de garçons qui sont moins matures sur le plan technique, physique, morphologique et mental. Cela freinerait aussi ceux qui font face à une croissance plus précoce.

«Parce qu’à ne jouer qu’avec des petits, quand tu es grand, tu ne progresses pas», explique le directeur technique. On peut mettre ces joueurs dans un groupe supérieur, mais parfois, ils ne sont pas prêts mentalement.»

L’inverse est aussi problématique.

«Prenons par exemple un jeune qui serait né en décembre 2004. Il va jouer dans la même équipe qu’un enfant qui est né en janvier 2004, avec qui il a onze mois de différence, mais il ne jouera pas avec celui né en janvier 2005, d’un mois son cadet. Pour moi, c’est un non-sens», image M. Rimasson.

Cette expérience sera effectuée auprès des catégories de U9-U10, U11-U12 et U13-U14. Six groupes seront formés par catégorie.

L’été, les jeunes vont s’entraîner une fois en bio-banding et deux autres fois avec leur équipe respective. Comme les autres villes n’adoptent pas cette méthode, les formations partantes doivent conserver le système d’âge chronologique.

«On ne peut le faire qu’en pratique pour l’instant», confirme Anthony Rimasson.

Le bio-banding sera réservé aux niveaux compétitifs en raison du nombre plus élevé de séances d’entraînement par semaine, ce qui permettra de mieux juger du rendement.

Dans un monde idéal, des joueurs ayant deux à trois années de différence pourraient être regroupés dans la même formation, croit Anthony Rimasson.

«À Longueuil, on ne peut pas faire ça parce que la location des dômes est dispendieuse et on ne voulait pas mélanger tous les groupes et déstabiliser les parents», détaille-t-il.

Formule hybride
L’objectif à court terme est d’utiliser une formule hybride au CS Longueuil.

«Cet hiver, les jeunes vont s’entraîner deux fois par semaine, dont une fois en groupes d’âge biologique et une autre fois en groupe d’âge chronologique. Les groupes pourront être remaniés tout au long de l’année suivant la progression des joueurs.»

Des exercices spécifiques serviront à évaluer les athlètes, tant dans leur groupe d’âge remanié que dans leur catégorie chronologique, afin d’observer les écarts de résultats. Certaines séances seront filmées.

Le poids, la taille et les résultats des enfants seront tous cumulés. Anthony Rimasson désire en tirer des renseignements pour quantifier les résultats. Les enfants auront également des grilles d’auto-évaluation afin de décrire comment ils ont perçu leur séance.

«Je pense que de se retrouver avec des garçons de leur morphologie devrait apporter une confiance aux enfants. Ils vont pouvoir oser à nouveau, souligne M. Rimasson. Cette confiance gagnée va leur permettre de prendre beaucoup plus de risques et d’évoluer.»

Une première au Canada
La responsable du développement à long terme des joueurs chez Soccer Canada Sylvie Béliveau serait enchantée du projet, assure Anthony Rimasson. Selon ce qu’aurait avancé Mme Béliveau au directeur, il n’y a pas d’autres clubs qui font semblable exercice au Canada.

L’Université de Montréal fait aussi partie du projet. Des étudiants chercheurs travailleront de pair avec le Club de soccer Longueuil afin d’analyser les résultats obtenus.

«Le but est de tirer des conclusions qui permettraient à l’association canadienne de dire qu’il s’agit d’une formule qui mène à voir le soccer autrement, explique le dirigeant du CS Longueuil. Je sais qu’en Angleterre, ç’a été fait dans certains centres de formation et il y a eu l’éclosion de pas mal de joueurs pour cette raison. En agissant autrement, ils n’auraient pas éclos.»

«C’est à titre expérimental. Comme on aime bien chercher au CSL, ça nous tient à cœur. Je suis un formateur qui essaie de chercher des solutions et de faire avancer le soccer au Québec. Ce serait une bonne formule, je pense», conclut Anthony Rimasson.