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Oser s’en parler: un balado pour favoriser le dialogue entre Autochtones et allochtones

mardi le 31 août 2021
Modifié à 16 h 17 min le 02 septembre 2021
Par Ali Dostie

Charlotte Côté (Photo: Gracieuseté)

En lançant le balado Oser s’en parler en 2020, Charlotte Côté a voulu mettre en lumière la voix des personnes autochtones, mais aussi, et peut-être surtout, créer un espace de dialogue entre allochtones et autochtones, pour permettre la rencontre, sensibiliser, et ainsi inciter à poser des gestes contribuant à la réconciliation, avec humilité.

«C’était important pour moi de redonner un espace à la voix autochtone, de la décloisonner», précise Charlotte Côté, native de l’arr. de Saint-Hubert.

À son micro ont ainsi été invités, au cours des 11 épisodes actuellement en ligne, l’Innu Alexandre Bacon, qui a raconté ce que signifie que de vivre dans un état colonial, ou encore l’universitaire et Anishinabeg de Kitiganzibi Martine Robitaille, qui a entre autres abordé le racisme systémique.

Des épisodes ont été consacrés à l’enseignement du passé colonial, à la façon dont les Autochtones se réapproprient leur identité, à l’implication des divers traités adoptés au cours de l’histoire, ou encore au film Kuessipan, de Myriam Verreault.

«On est dans la rencontre, pour reconnaître l’Autre», renchérit Charlotte Côté.

Cette ouverture vers l’Autre, en s’y intéressant via les médias, les documentaires, la littérature, est un premier pas concret pour prendre part à la réconciliation, selon celle qui œuvre et a conçu le balado.

Source d’informations

Elle reconnaît que les angles, enjeux et sujets sont vastes pour mieux connaître et comprendre la réalité des autochtones, peu connue des allochtones.

Le balado se veut ainsi une «porte d’entrée» qui offre des pistes pour s’y initier et tendre vers des solutions.

Le site Web détaille d’ailleurs une longue liste de diverses ressources pour qui souhaite en apprendre davantage, du rapport de la Commission Viens – Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec – à la section «Espaces autochtones» de Radio-Canada, en passant par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones simplifiée ou des capsules vidéo sur l’appropriation culturelle.
«Je réalise qu’il y a de plus en de choses, de sensibilisation qui se fait, de nouvelles ressources qui sortent, signifie la jeune femme qui a étudié en Conflits et droits humains à l’Université d’Ottawa. Et il y a de moins en moins de raisons de ne pas être au courant. Plus les gens sont informés, plus ça les touche.»

Elle évoque notamment l’«onde de choc» qu’a causée la découverte des restes des corps de 215 enfants sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops en Colombie-Britannique. Une horreur qui a peut-être moins surpris ceux qui avait fouillé le rapport de la Commission vérité et réconciliation.

Outrepasser le malaise

Un épisode en entier, Oser s’en parler entre allochtones, se consacre au malaise de ces derniers de prendre parole sur les enjeux autochtones et de faire partie de la solution.

«Comme Québécois, on est malaisés de parler de colonialisme, de racisme systémique. Mais le fardeau de l’éducation ne peut reposer uniquement sur les épaules des personnes autochtones. Il faut mieux comprendre notre position et notre rôle. On a une grande responsabilité dans la réconciliation. Ça se fait par l’écoute, et en prenant action.»

Un questionnement qu’elle a elle-même eu au fil de cette expérience.

«Je me pose la question : c’est quoi ma place dans ces enjeux? Je ne veux pas prendre trop de place, mais je ne veux pas trop fermer les yeux, relève-t-elle. J’ai beaucoup grandi à travers ces rencontres.»

«Plus on sera sensibilisé, plus on sera à l’aise d’en parler. Je m’aperçois à quel point il faut être humble. Ce sont des sujets vraiment lourds. C’est lourd pour eux de se justifier constamment.» 

– Charlotte Côté

(Photo: Gracieuseté)

Des échos

Charlotte Côté se réjouit des échos que suscitent son balado. Ceux qui y participent évoque un «espace sain» pour la discussion et son initiative est de plus en plus reconnue, au point où elle a été invitée à donner des conférences dans le milieu universitaire.

Le balado sera par ailleurs cité parmi une dizaine d'initiatives encourageant la rencontre, en conclusion de la nouvelle exposition permanente du Musée McCord Voix autochtones d'aujourd'hui – savoir, trauma, résilience, dès l’automne.

«Au début, des gens autour de moi m’en parlaient, mais de plus en plus, il y a plusieurs personnes que je ne connais pas. Il y a des gens de Vancouver, et des Franco-Manitobains qui écoutent!», relève-t-elle, alors que chacun des épisodes cumulent environ 650 écoutes.

En plus de la microsubvention qu’elle a obtenue de Femmes et Égalité des genres Canada pour lancer son balado, elle souhaite obtenir aussi des subventions qui lui permettraient de poursuivre la rémunération des experts qui prennent part au balado.

Charlotte Côté œuvre actuellement à l’élaboration des épisodes qui seront diffusés cet automne, sans compter son travail à temps plein, dans le domaine de la médiation et la résolution de conflits à l’international.

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