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Chien d’assistance Mira au parc Michel-Chartrand: quand l'incompréhension mène à l'intimidation

lundi le 13 juillet 2020
Modifié à 14 h 13 min le 13 juillet 2020
Par Ali Dostie

Kora est un chien d’assistance Mira. Elle a tous les droits de circuler dans les sentiers du parc Michel-Chartrand, malgré le règlement y interdisant les chiens. Pourtant, c’est au quotidien que son maître Florent Côté, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA), se fait interpeller par des citoyens, sur un ton parfois désobligeant. Pour que ça cesse et pour aider d’autres personnes dans sa situation, Florent veut sensibiliser la population. La plupart des citoyens ne remarquent pas le harnais Mira ou ignorent simplement l’existence des chiens d’assistance pour jeunes autistes. Certains souhaitent avertir Florent et ses parents qu’ils pourraient se retrouver avec une amende. Une fois les explications données, ils comprennent. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous. «La majorité sont super gentils, assure Francis Côté, père de Florent. Mais il y a un 5% qui nous interpellent de façon vraiment pas sympathique, qui ne veulent rien comprendre ou qui nous font un air de bœuf. Ma conjointe désamorce en leur souriant et leur disant bonjour. Des fois, moi, j’aurais envie de les puncher!» Des propos qui, on le comprendra, révèlent plus une exaspération qu’une intention de violence. Certains disent à Florent que puisqu’il n’est pas aveugle, il n’a pas droit à un chien Mira. [caption id="attachment_95204" align="alignright" width="444"] Florent et son père Francis Coté[/caption] «Ça me met mal à l’aise. C’est désagréable, explique le jeune homme de 16 ans. Et le reste de la balade est plus plate que s’il n’y avait rien eu.» Ces invectives, qui arrivent au moins une à deux fois par semaine, ne sont pas sans conséquences et ont récemment troublé Florent au point où il ne voulait plus retourner au parc. «C’est assez pour détruire le reste de la promenade. Si on change ses habitudes, ça peut scrapper sa routine pour quatre mois», évoque M. Côté. Pour illustrer l’importance des habitudes chez les personnes atteintes d’un TSA, il raconte qu’une fois, après avoir intégré des protéines aux crêpes de son fils – qui a remarqué le «subterfuge» –, c’en a été fini des crêpes pour deux ans. Lorsque M. Côté ou sa conjointe marchent seuls avec le chien, afin de lui faire faire l’exercice dont elle a besoin, l’incompréhension est encore plus grande. Mais comme membres de la famille, les deux parents peuvent la promener seuls. Problème ciblé [caption id="attachment_95205" align="alignleft" width="353"] Florent, en compagnie du conseiller Jonathan Tabarah[/caption] Francis Côté s’étonne de ce phénomène au parc Michel-Chartrand, alors que son fils peut facilement entrer dans des commerces avec Kora sans se faire importuner. Kora a même déjà pris l’avion. Il remarque d’ailleurs que les commentaires viennent de personnes de plus de 45 ans. «Les enfants connaissent ça, ils savent par exemple qu’il ne faut pas toucher au chien.» Le père souhaiterait d’ailleurs que des affiches aux entrées des parcs indiquent que les chiens d’assistance sont autorisés. Il en a fait la suggestion au conseiller municipal du district, Jonathan Tabarah, qui a d’ailleurs mis en contact le journal avec la famille. «C’est important que les gens prennent conscience que ces enfants qui ont des problématiques n’ont pas à vivre l’intolérance des autres», soutient M. Tabarah. Ce n’est pas non plus le rôle des citoyens de «jouer à la police», rappelle-t-il  «Pour eux [la famille Côté], leur chien, c’est un élément essentiel dans l’équation. Ils ont le droit de vivre heureux.» «Support sur quatre pattes» Dans la famille depuis quatre ans et demi, Kora accompagne Florent partout, jusque dans son lit. Elle suit aussi Florent à l’école. Dans un moment de stress, comme un examen, il peut lui flatter l’oreille, et ça le calme. «J’ai un support émotionnel sur quatre pattes! témoigne Florent, qui entamera sa dernière année de secondaire à l’automne. Ça m’apaise, moi, et tout le monde! Des fois, je m’assois par terre, je la flatte deux minutes, et je relaxe instantanément.» Si la pandémie et le confinement ont bousculé les habitudes, rester à la maison pendant plusieurs mois n’a pas du tout déplu à Florent. «Normalement, juste aller à l’école, c’est pour lui déjà suffisant. Alors rester à la maison, avec les cours en ligne et les jeux vidéo, il était plus qu’heureux! lance son père. Les autistes pouvaient être très contents dans ces conditions, mais c’est un problème, car ils perdent de leurs aptitudes de socialisation.» Peut-être que la 5e secondaire donnera une motivation supplémentaire à Florent à la rentrée. «C’est la dernière étape, j’ai hâte!»

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