Cohabitation difficile sur le fleuve: quand plaisance rime avec nuisance

Cohabitation difficile sur le fleuve: quand plaisance rime avec nuisance
(Photo : Steve Martin - Initiative de journalisme local - La Relève)

Selon certains observateurs, la courtoisie est plutôt l’exception que la règle sur les eaux du Saint-Laurent. Une situation qui peut venir à bout de la patience même du plus optimiste des pêcheurs.

Bien des vacanciers qui ont vu leurs vacances tomber à l’eau cet été en raison de la COVID-19 ont décidé de se rabattre sur la pratique de la navigation de plaisance afin d’assouvir leur besoin de liberté. Pour ceux qui doivent subir les comportements pas toujours civilisés de ces visiteurs fluviaux saisonniers, ce retour en force des bateaux à moteur n’a rien de plaisant ni de reposant.

«Jusqu’à présent cette année, ça se passe très mal, admet spontanément le président du Club Nautique de Mézy Stéphan Lamer. Il y a de plus en plus de circulation dans le secteur, surtout les fins de semaine, et ce, à partir du vendredi vers 13h, je dirais. Les embarcations à moteur vont excessivement vite et les bateaux sport ainsi que les bateaux cigarette sont particulièrement bruyants. C’est très dérangeant.»

On fait la vague

Pour les riverains qui s’inquiètent de l’érosion des berges et les propriétaires de voiliers, la pratique du wakeboard occupe à ce chapitre une place de choix au palmarès des irritants.

«C’est fait pour faire de grandes vagues, rappelle M. Lamer. Et ceux qui pratiquent le wakeboard passent régulièrement devant les installations du club. Souvent, nos bateaux viennent cogner sur le quai en raison des vagues.»

Afin de contourner le problème, plusieurs amateurs de voile ont par ailleurs décidé de limiter leurs activités aux matinées la fin de semaine afin d’éviter les frustrations, mais aussi les risques inhérents à la conduite de certains passionnés de vitesse et de moteurs puissants.

«C’est dangereux, affirme le président. Les gens qui ont des embarcations à moteur ne connaissent pas les priorités. Quand deux bateaux se rencontrent, c’est le moins manœuvrable qui doit avoir la priorité, alors c’est le bateau à moteur qui doit dévier de sa route pour éviter la trajectoire du voilier. Ça, ce n’est respecté qu’une fois sur deux. D’ailleurs, ça arrive souvent en cours de saison qu’un de nos membres revienne en disant: «C’est passé proche!»

Rappelons qu’un des fondateurs du club Mézy, Jacques Godin, est décédé à bord de son voilier après avoir été heurté par un bateau à moteur à l’été 2009.

Pagaille sur le fleuve

À quelques kilomètres plus à l’ouest, le constat n’est guère plus reluisant du côté du Club d’aviron de Boucherville, et ce, malgré l’installation récente de nouvelles bouées devant en principe limiter la vitesse dans certaines zones sur le fleuve.

«Hier, c’était un très bon exemple de soirée pendant laquelle on ne pouvait pas ramer, raconte Chantal Benoit, entraineuse au Club. J’avais six bateaux sur l’eau et il n’y avait aucune considération de la part des gens qui ont des embarcations à moteur. Les wakeboards aiment bien jouer dans les vagues alors quand ils passent, je dois me positionner pour protéger les rameurs. Il y en a qui s’amusent à venir très près de nous, surtout ceux qui sont sur des Sea Doo. C’est dangereux. Il y a quelqu’un qui a chaviré deux fois hier.»

«En général, les gens s’en foutent, ajoute à son tour la coordonnatrice du club Caroline Ouellet. S’ils sont près de nous, nous pouvons aller les voir pour leur dire que les vagues nous dérangent. Quand ça arrive, les gens sont respectueux et ils s’en vont ailleurs, mais on ne peut pas faire ça avec tous les bateaux qui passent.»

Patrouille réduite

Il semble donc que, malgré les efforts de sensibilisation, il y a encore du chemin à parcourir avant d’en arriver à une cohabitation pacifique et sécuritaire sur le Saint-Laurent.

«Il y a beaucoup de gens qui viennent de l’extérieur, explique Chantal Benoit. Si ce n’était que la circulation provenant de la Marina de Boucherville, à la limite, on pourrait avoir une entente avec eux. Mais ce sont surtout des personnes qui arrivent de Montréal et on les voit arriver le samedi matin avec leur cortège de bateaux.»

En raison des effectifs réduits consacrés par la Police de Longueuil à la patrouille du secteur, les choses risquent peu de changer dans l’immédiat.

«Les patrouilleurs nautiques ont arrêté quelqu’un l’année passée pour conduite dangereuse, se souvient Caroline Ouellet. Mais ils n’ont qu’un bateau et doivent couvrir une grande région, alors ils ne peuvent pas passer tout leur temps à Boucherville. Ce serait bien qu’il y ait plus de personnes pour surveiller, mais on sait très bien qu’il n’y a pas d’argent pour ça.»

«En fait, c’est une question de bon sens, complète pour sa part Mme Benoit. Si tu as un gros bateau et que tu vas à vive allure, tu devrais savoir que tu vas nuire à la petite embarcation. Pourquoi alors ne pas réduire ta vitesse? Ce n’est pas la fin du monde. Tu vas être sur l’eau quand même et nous, on risque moins de chavirer. Tout le monde y trouve son compte.»

Texte de Steve Martin – Initiative de journalisme local – La Relève

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JF

En kayak ou en paddle, ça devient difficile. Il y a beaucoup d’arrogance de la part des plaisanciers. Déjà que l’on doit composer avec le courant sur le Fleuve, il faut en plus se protéger et s’assurer d’être visible. Quand on sort en famille, chacun avec son embarcation, on préfère le lac du parc de la Yamaska, par exemple, qui est un endroit fermé et calme. Les sea-doo sont un vrai problème et pas juste sur le fleuve. Dans le bassin de Chambly également. Difficile de s’y reposer et se faire bronzer au soleil en toute quiétude.