Culture

Dans les coulisses de la création de huit artistes

le mercredi 30 août 2023
Modifié à 9 h 21 min le 27 décembre 2023
Par Ali Dostie

adostie@gravitemedia.com

Les huit artistes de la Vitrine Virtuelle Montérégienne. (Photo: Gracieuseté)

Nouveau projet de Culture Montérégie, la Vitrine Virtuelle Montérégienne (VVM) propose au public de mettre littéralement – ou presque – les pieds dans les ateliers de création de huit artistes de la région.  

Huit artistes provenant de diverses disciplines, arts visuels, joaillerie, théâtre musical, marionnette, littérature, danse aérienne, etc., donneront ainsi accès à la résidence de création d’une durée de huit semaines que leur accorde le projet.

Dans une galerie virtuelle 3D, le public peut passer d’une salle à l’autre, et découvrir la démarche artistique de chacun des huit artistes, au moyen de photos, vidéos, textes et musiques. 

«Le public entrera dans les coulisses de la création, non seulement pour voir le résultat final, mais pour découvrir au fur et à mesure ce que les artistes doivent faire pour y arriver, explique Nancy Bélanger, directrice de Culture Montérégie. Et nous proposons aux artistes d’entrer dans le quotidien des gens.»

Un aperçu de l’univers 3D de la Vitrine virtuelle montérégienne (Photo: Gracieuseté)

Mme Bélanger y voit une «incursion inédite» dans le travail des artistes, une occasion d’être témoin des «hauts et des bas de la création».

L’étincelle de ce projet est née en pandémie. Voulant soutenir les artistes de la région coupés de contrats et de public, Culture Montérégie a créé des résidences de création sur Instagram, où une vingtaine d’artistes se sont succédé. 
Avec VVM, «on a poussé le concept plus loin», exprime Mme Bélanger.

Les huit artistes ont été choisis par un jury de pairs, en juillet.

Le contenu sera disponible dès le 11 septembre sur le site vvm.quebec.

Incursions

La Longueuilloise Catherine Savoie a hâte de présenter le fruit de son travail au fur et à mesure au public; une occasion d’avoir le pouls des spectateurs et de s’adapter en cours de route, plus que d’avoir leur opinion à la toute fin. «Car ce n’est pas pour nous que l’on fait des spectacles!»

La VVM deviendra aussi pour elle une source de motivation, avec ses deadlines.

Catherine Savoie (Photo: Le Courrier du Sud - Ali Dostie)

La créatrice et interprète de théâtre musical se consacrera à l’écriture d’une pièce sur Giulla Tofana, femme de la Renaissance italienne qui a empoisonné plus de 600 hommes, en créant un parfum qui s’est avéré être une eau d’arsenic, vendu aux femmes qui voulaient se débarrasser de leur mari.

«Le grand thème de la pièce, c’est : est-ce moralement acceptable de se faire justice soi-même lorsque l’on n’a pas d’autre recours?» avance-t-elle. 

Joanie Papillon, marionnettiste et artiste de scène, se réjouit quant à elle de la portée de VVM.

«La diffusion du projet a une portée que je ne pourrais pas atteindre moi-même, avec Meute-Monde [dont elle est la directrice artistique], souligne l’artiste de Delson. Et la Vitrine va me permettre aussi d’en apprendre beaucoup sur les médias sociaux. Pour cet aspect, je ne suis pas de ma génération, j’ai tout à apprendre!»

Joanie Papillon (Photo : Le Courrier du Sud - Ali Dostie)

Ayant jusqu’ici réalisé des projets pour le jeune public, Joanie Papillon consacrera sa résidence de création à Gaïa, un spectacle à grand déploiement pour un public adolescent. Des danseurs qui interpréteront Mère-Nature et les quatre éléments porteront sur scène d’immenses masques surdimensionnés. 

Sur la Vitrine, elle donnera un aperçu du processus de création musicale, de la confection des masques et costumes ainsi que de la recherche chorégraphique.

Soutien de Québec

La Vitrine Virtuelle Montérégienne a reçu un appui financier de 495 000$ de la part du gouvernement du Québec, par le biais du programme Rayonnement de la culture québécoise. 

«Ce projet sera exceptionnel pour la région, a indiqué Shirley Dorismond, députée de Marie-Victorin. Le programme Rayonnement pour la culture québécoise facilite la visibilité, la découvrabilité et la stimulation de la demande pour des contenus et des produits culturels québécois de même que des artistes et des artisans qui les proposent.»

Culture Montérégie bénéficie aussi du soutien de Québecor, qui fera connaître le projet sur ses diverses plateformes. 


Un aperçu de l’univers 3D de la Vitrine virtuelle montérégienne (Photo: Gracieuseté)


Les artistes

Geneviève Cadieux-Langlois, Longueuil 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

Je perçois mes œuvres comme des témoignages de réflexions collectives en lien avec le territoire et le contexte où elles se déploient. Durant ma résidence de création, j’ai l’intention de transposer les procédés manuels que j'emploie en atelier pour m'approprier un langage plastique similaire avec des matériaux pérennes destinés à l'art public. Mon but est de réaliser un prototype de sculpture extérieure à partir de mon récent corpus de collages bidimensionnels aux couleurs pastel et iridescentes. 

Gabrielle Desmarais, Chambly 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

J’ai étudié à l'École de joaillerie de Montréal. Mon travail se caractérise par une rupture formelle et esthétique avec la tradition joaillière. Le grand format de mes œuvres et le souci que j‘accorde à la qualité de mes réalisations transforment le bijou en objet sculptural. Durant la résidence, je réaliserai des créations originales que je compte exposer dans le cadre de la Munich Jewellery Week en Allemagne, en mars 2024. Le public québécois pourra voir ces œuvres en primeur. 
 
Janou-Eve LeGuerrier, Brossard 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

J’évolue dans le monde du livre depuis plus de 20 ans. Je m’y consacre principalement à l'écriture et à l'illustration. J’aime aborder des sujets de société et d'éthique en y accordant toute la délicatesse, la finesse et la compassion qu’ils méritent. VVM m’offre la possibilité d’inviter le public dans la nouvelle mission que je me suis donnée : créer une nouvelle histoire authentique pour concrétiser un projet de roman graphique que j’aimerais présenter à un éditeur. 

Elsie Morin, L’Île-Perrot

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

Je suis bachelière en éducation physique et détentrice d'un certificat en danse de l’Université de Montréal. Je travaille dans le domaine du cirque sur un mât rotatif. J’y crée un ensemble acrobatique, mais bien au-delà, j’y fais jaillir un échange entre les artistes et l'auditoire en repoussant les limites de la poésie cinétique et visuelle. 
Durant cette résidence de création, je souhaite poursuivre mon processus créatif en développant les possibilités infinies du mât rotatif. 

Joanie Papillon, Delson 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

J’ai d’abord fait une formation en danse classique à l’École Ballet Divertimento. J’ai poursuivi en faisant un certificat en Arts de la scène enrichis au Canadian College of performing arts et je complète présentement un baccalauréat dans les Arts de la marionnette à l’Université du Connecticut. Durant ma résidence de création, je vais développer le projet Gaïa, un spectacle participatif et festif mettant en scène cinq personnages masqués et surdimensionnés.

Catherine Savoie, Longueuil 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

Je suis interprète et créatrice de théâtre musical. Après avoir travaillé pendant une dizaine d’années comme interprète, je concentre désormais mes efforts en direction artistique et en écriture. Je m'intéresse aux questions entourant l'identité sexuelle et de genre, la neurodivergence et la diversité culturelle. 

Je veux écrire une pièce de théâtre musical sur Giulia Tofana, femme de la Renaissance italienne ayant empoissonné plus de 600 hommes, ce qui lui a valu le surnom de plus grande tueuse en série de l’histoire. La pièce se concentrera sur la soif de vengeance des femmes face au monde injuste dans lequel elles vivent. 

Carl Veilleux, Longueuil 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

J’ai une formation de comédien. J’aspire à joindre le théâtre, la marionnette, la lumière, la musique et les odeurs dans des expériences uniques et globales. Je cherche à orienter ma pratique artistique vers un théâtre dont la force d'évocation réside dans l'amalgame du corps, du visuel et de la musique. Je vais créer une marionnette géante représentant un saule. Je veux qu'il prenne vie sans paroles, qu’il raconte des souvenirs universels et qu'il devienne le miroir de tout spectateur. Mon saule sera une œuvre d'art multisensorielle : visuelle, sonore et olfactive. 

Roman Zavada, Sainte-Christine 

(Photo: Gracieuseté - Bernard Brault)

Mon métier d’accompagnateur de films muets m’a amené à développer une fascination entre l'improvisation et le mouvement. L’instinct et la spontanéité constituent les fondations de mon processus de création. Ma résidence à VVM, me permettra de travailler sur mon prochain album et mon nouveau spectacle au piano. Une partie de mon studio est installé en forêt, histoire d’explorer une nouvelle matière musicale. Le changement des saisons s’est fait sentir dans le timbre de mes pianos et je compte travailler ma musique avec ces nouvelles sonorités. Je me lance comme défi de rendre belle et accessible cette matière sonore qui, grâce au temps, s’est accordée avec la nature.  
 
(Source - portrait des artistes : Culture Montérégie)