Dans les coulisses des enquêtes épidémiologiques

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Par Ali Dostie
Dans les coulisses des enquêtes épidémiologiques
Les externes, en pleine formation (Photo : Gracieuseté)

C’est dans les bureaux de la Direction de la santé publique de la Montérégie (DSPM), à Longueuil, qu’est effectué l’ensemble des enquêtes épidémiologiques des résidents de toute la Montérégie. Médecins, professionnels de la santé et externes de l’Université de Sherbrooke se sont mobilisés pour contribuer à la lutte collective contre la COVID-19.

La COVID-19 est une maladie à déclaration obligatoire. Ainsi, tous les résultats positifs révélés au laboratoire de la Montérégie – et ceux des résidents de la région, dont les tests ont été faits dans d’autres laboratoires – sont acheminés à la DSPM.

Objectifs multiples

C’est à la réception de ces données que commence le travail de l’équipe des enquêtes épidémiologiques.

«L’enquête remplit plusieurs objectifs, soulève d’entrée de jeu la responsable de l’enseignement et la recherche à la DSPM, la Dre Maryse Guay.

Son équipe supervise les enquêtes de cas et de contacts faites par les externes, qui ont été formés pour ces tâches spécifiques (voir autre texte, plus bas).

En premier lieu, «l’un des buts est de constater l’état de santé de la personne: si elle va bien, si elle est bien entourée, si elle respecte les règles [d’hygiène et de santé publique]», détaille la médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive.

Les personnes infectées sont avisées de ce qu’elles doivent faire dans le cas où des symptômes se développent, ainsi que des gestes et actions à éviter pour ne pas contaminer d’autres individus.

Des questions sont ensuite posées afin de déterminer – si possible – où elles ont pu attraper le virus. «Au départ, il y avait beaucoup de gens qui avaient voyagé, rappelle la Dre Guay. Maintenant, c’est plus au cœur de la communauté.»

L’enquête vise également à identifier si des contacts proches de la personne infectée risquent aussi d’avoir contracté la maladie, auquel cas, ils devront également être contactés.

Jusqu’où est poussée cette enquête? Il faut d’abord déterminer la période de contagiosité de la personne et retracer, calendrier en main, ce qu’elle a fait durant ces journées. Les contacts à risque faible, moyen et élevé sont identifiés.

Si certaines enquêtes se résolvent en une ou deux heures, d’autres peuvent exiger une journée entière, selon la complexité des cas. «Il y a parfois des dédales, des réseaux à identifier», illustre la Dre Guay.

«De plus en plus, les gens sont confinés, alors c’est moins complexe, poursuit-elle. Bien que, malgré tout, il y a des gens qui sont créatifs sur la définition de ce qu’est un isolement.»

Certains font peut-être preuve d’un peu trop d’insouciance; d’autres travaillent dans des services essentiels et leurs déplacements sont inévitables. Elle observe néanmoins que la plupart respectent les consignes.

L’enquête remplit aussi un objectif de surveillance, pour en découvrir plus sur les symptômes de cette maladie connue depuis peu.

«C’est comme ça qu’on a pu voir, au fil des enquêtes à travers le monde, un des symptômes qu’on ne connaissait pas au départ: la perte du sens de l’odorat. De manière étonnante, pour certains, c’est le seul symptôme qu’ils auront.»

Un suivi est aussi assuré avec la personne infectée tout au long de la maladie.

«Les gens vivent une détresse, relève la Dre Guay. Certains le prennent plus ou moins bien, selon les symptômes. On fait du counselling, on démontre de l’empathie. Les externes sont déjà formés par rapport ça, mais on met beaucoup l’accent là-dessus.»

Transmission de données

Une autre part importante du travail de cette équipe consiste en la transmission de données.

Les bilans que dressent le premier ministre François Legault et le directeur national de la Santé publique Horacio Arruda dans les points de presse quotidiens proviennent de la compilation des données de l’ensemble des régions.

«Ça doit être fait de manière très ordonnée, pour ne pas qu’on en échappe. C’est envoyé au provincial, puis au fédéral, et finalement à l’Organisation mondiale de la santé.»

 

 

 

Des étudiants mis à contribution

Près d’une vingtaine d’étudiants de l’Université de Sherbrooke (UdeS) qui en sont à leur dernière année de formation en médecine ont intégré l’équipe des enquêtes épidémiologiques sur une base volontaire.

La fermeture des universités a mis un frein aux stages en santé communautaire et en santé publique qui se déroulaient à la DSPM.

Dre Maryse Guay, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive

«On ne voulait pas que les externes perdent une année et on voulait qu’ils contribuent à l’effort collectif en lien avec la COVID-19.  C’est là que la faculté de médecine de l’UdeS a offert qu’ils puissent travailler à la DSP, expose la Dre Maryse Guay. Le stage est volontaire, mais on va éventuellement le comptabiliser comme des crédits. Il y a de la supervision, on fait un retour avec eux, on les guide dans leur travail.»

Depuis le 23 mars, la Dre  Guay, qui est responsable de l’enseignement et de la recherche à la DSP, veille ainsi au bon fonctionnement de la formation et de la supervision des externes – qu’elle assure avec six médecins, qui sont professeurs et spécialistes en santé publique.

Le 27 mars, les externes ont reçu une première formation dans une salle commune – dans le respect des consignes d’hygiène et de distanciation. Pendant trois jours, leur formation s’est poursuivie en mode télétravail… dans les bureaux de la rue Beauregard.

«On a travaillé comme si les étudiants travaillaient de leur domicile, en conférence téléphonique, par textos», explique la professeure.

Après une première phase de simulation, les externes ont pu faire leurs premiers appels sous supervision.

«Ils sont contents de pouvoir contribuer, et ils font un bon travail. On est très heureux», partage celle qui est directrice de la recherche au CISSS de la Montérégie-Centre.
Depuis jeudi, les externes travaillent de la maison.

La DSP de la Montérégie travaille «très fort» pour que l’ensemble des enquêtes puisse être effectuée en télétravail. Mettre en place un système – qui assure entre autres la confidentialité – demeure un enjeu.

Communauté mobilisée

Toute la communauté médicale s’attèle, de multiples manières, à la même tâche colossale de lutter contre la COVID-19.

Alors que la recherche est au ralenti, des professeurs et professionnels de la santé contribuent à la réalisation des suivis de cas et de contacts. Même des infirmières scolaires sont venues en renfort.

«Avec la COVID, toute la DSP est mobilisée pour s’occuper de la gestion de cas et de contacts, pour qu’il y ait le moins de cas contagieux dans la communauté, relate la Dre Maryse Guay. Il faut travailler pour que la fameuse courbe dont parle M. Arruda ne monte pas trop vite.»

Elle ne manque pas de souligner également le dévouement des agentes administratives qui offrent un «soutien indéfectible» aux professionnels qui effectuent les enquêtes.

Dans cette période où, ironiquement, les bureaux de la DSP sont plus peuplés qu’à l’habitude, le travail du service à l’entretien est loin d’être négligeable, souligne-t-elle aussi.

«Ils nettoient tout! Les poignées de portes, les cadres de portes, les rampes, les toilettes, et beaucoup plus souvent qu’avant, donne-t-elle en exemple. L’agent de sécurité qui surveille si on s’est lavé les mains en entrant et en sortant… Toute cette chaîne de gens qui sont mobilisés, c’est vraiment extraordinaire. Il faut également reconnaître ce travail.»

Chaque geste compte dans cette lutte de tous les instants.

 

 

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