Dépistage obligatoire : vers un autre retard des travailleurs étrangers temporaires

Dépistage obligatoire : vers un autre retard des travailleurs étrangers temporaires
Travailleurs agricoles étrangers dans un champ. (Photo : Deposotphotos)

Si le test de dépistage négatif à la COVID-19 obligatoire avant de revenir au Canada a compliqué la vie des vacanciers, il menace tout autant de ralentir une fois de plus l’arrivée des travailleurs étrangers temporaires. La ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada, Marie-Claude Bibeau, affirme tenter activement de résoudre ce problème.

Le 7 janvier, l’organisme FERME Québec (Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère) faisait parvenir un communiqué à ses membres, dans lequel il exprimait de vives préoccupations quant à l’entrée en vigueur des tests de dépistage obligatoires préembarquement, une « première tuile » à tomber sur la tête du secteur cette année.

« Nous en verrons les premiers impacts sur notre premier vol de l’année ce vendredi 8 janvier. À quoi s’attendre? De nombreux travailleurs ne pourront pas monter à bord de l’avion faute de test », s’inquiète l’organisme, qui attend des travailleurs du Guatemala et du Mexique.

En entrevue le même jour, la ministre Bibeau disait multiplier les discussions cette semaine. Elle devait d’ailleurs rencontrer virtuellement l’ambassadeur du Mexique vendredi.

« Je suis ça de très très près et j’assure un suivi. On essaie de trouver les meilleures solutions possible. Il y a une bonne collaboration et il y a des comités de travail qui ont été formés. On travaille avec FERME. Ça ne sera pas simple, mais en même temps on a appris beaucoup l’an dernier et tout le monde comprend que les travailleurs temporaires sont essentiels à notre sécurité alimentaire », confie la députée de Compton-Stanstead.

Selon FERME, la situation serait pire au Mexique qu’au Guatemala.

« Parce que nous avons la possibilité au Guatemala de réagir rapidement en comptant sur la collaboration immédiate de nos partenaires. Nous avons été en mesure de mettre en place une démarche de tests efficace avec le privé », écrit l’organisme, pour qui il apparaît « clair » que les employeurs canadiens doivent avancer les montants des tests de dépistage pour éviter tout retard à l’arrivée.

Somme toute, Mme Bibeau est persuadée que l’entrée massive de travailleurs prévue pour ce printemps se déroulera mieux que l’an dernier. En 2020, tout de même 85 % des travailleurs attendus sur les fermes canadiennes (93 % au Québec) ont finalement pu entrer au pays, mais nombreux sont ceux qui ont été retardés à la frontière pendant plusieurs semaines en plus de devoir effectuer une quarantaine de 14 jours à leur arrivée.

« On a appris des leçons importantes l’an dernier et on va les mettre à profit, c’est sûr. Le ministère de l’Immigration a fait preuve de beaucoup d’ouverture. On a plus de flexibilité à différents égards au niveau des permis, des visas et tout ça. Ils ont trouvé une façon de travailler virtuellement qui est plus flexible. »

Mme Bibeau confirme également que le Programme d’aide pour l’isolement obligatoire des travailleurs étrangers temporaires, qui octroie 1500 $ par travailleur pour deux semaines payées, non travaillées, se poursuit.

« Notre intention, c’est de le maintenir aussi longtemps que la loi sur la quarantaine va être en vigueur. »

Sécurité 

Rappelons que la saison des récoltes 2020 a été le théâtre de nombreux enjeux de santé et sécurité pour les travailleurs étrangers, notamment avec la mort de trois travailleurs migrants en Ontario après qu’ils eurent été contaminés par la COVID-19.

En juin dernier, la Migrant Workers Alliance for Change publiait un rapport dénonçant des conditions difficiles durant la quarantaine de plusieurs travailleurs étrangers temporaires, durant laquelle il n’était pas possible de pratiquer la distanciation sociale, d’avoir accès à de la nourriture adéquate, à de l’information sur la situation ou au salaire promis de 30 heures par semaine.

Après la quarantaine, on parlait également de logements surpeuplés et malpropres et d’interdiction de sorties.

En réponse, Mme Bibeau a dégagé cet automne 7,5 M$ afin d’aider les producteurs à rendre les fermes plus sécuritaires pour leurs travailleurs en contexte pandémique. Le programme, administré par la Financière agricole au Québec, est ouvert depuis la mi-décembre.

Entend-elle renforcer la surveillance sur la ferme pour garantir des milieux plus sécuritaires?

« Il y a déjà une surveillance qui se fait, dit-elle. Au Québec, on a un groupe de travail qui est particulièrement efficace au niveau des suivis. On n’a pas vu d’histoires d’horreur comme dans d’autres provinces, ici. Je pense qu’on a de bonnes mesures de suivi et une bonne collaboration avec les provinces aussi, parce qu’il y a des inspecteurs du fédéral, mais aussi de la CNESST [NDLR Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail] qui font leurs inspections. »

Article de Jasmine Rondeau, La Tribune, Initiative de journalisme local

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