Des dons de lait jamais vus

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Par Yanick Michaud
Des dons de lait jamais vus
Les vaches de Michel Proulx continuent à fournir du lait et les choses devraient se replacer rapidement pour les producteurs laitiers. (Photo : Photo Journal Saint-François – Courtoisie Ferme Monreal)

Les producteurs de lait ont déjà vécu des moments moins difficiles.  

« Mais c’est déjà moins pire que la semaine dernière. Nous n’avions pas eu le temps de nous ajuster. Nous avons dû jeter du lait parce que les demandes ne rentraient plus. En fait, les restaurants, les hôtels, les institutions ont lâché dramatiquement. On a pas eu le temps de réagir », explique Michel Proulx de la Ferme Monreal aux Cèdres.

Il estime que les choses ne se replaceront pas rapidement. « Ça prendra peut-être quelques mois. Mais au moins, on a pu faire des dons de lait importants. Ça ne fait l’affaire de personne de jeter du lait, mais au moins on se console en se disant qu’un a aidé un peu. Les banques alimentaires, entre autres », lance celui qui compte un troupeau de 120 vaches actuellement en lactation. « J’en avais 140 avant la pandémie. Maintenant, j’en ai une vingtaine de taries », ajoute Michel Proulx, fournisseur chez Agropur.

Des vaches au repos

Il en va de même pour Frédérik Amesse, propriétaire d’un troupeau de 45 têtes. Il explique les défis du ralentissement de sa production.

«Tous les producteurs se sont adaptés, indique le producteur du secteur de Saint-Timothée. On tarie [phase de repos et d’assainissement pour la glande mammaire, mais aussi une phase de préparation au vêlage, ainsi qu’à la mise à la reproduction.] la vache plus tôt qu’à l’habitude. On a aussi réduit la moulée et les suppléments de protéine de 10 à 15 %. »

Ces indications ont été transmises par la Fédération des producteurs de lait du Québec. Frédérik Amesse dit avoir enregistré une diminution de production de 200 à 300 litres de lait par jour.

Il assure que ces méthodes ne se font pas au détriment de la santé de l’animal. Les vaches sont somme toute mises en vacances. «Le confort de la vache n’est pas diminué assure-t-il. On demeure sur la coche pour quand on va pouvoir repartir. »

Des dons historiques

Ainsi, les Producteurs de lait du Québec ont réalisé des dons extraordinaires au cours du dernier mois. Du 27 mars au 23 avril, ils ont donné l’équivalent de 4,3 M de litres de lait. « En quatre semaines, c’est l’équivalent au volume de ce que nous avions donné dans les six dernières années. Ce sont des dons de lait historiques », note Geneviève Rainville, directrice de la Recherche économique chez les Producteurs de lait du Québec.

Ainsi, 500 000 kilogrammes de fromage ont été donnés. On parle de 305 000 litres de lait, de 5000 kilogrammes de beurre et de 5000 litres de crème.

Le défi reste maintenant de s’ajuster à la chaîne de distribution. Les épiceries avaient beaucoup de produits en entrepôt et les ventes se sont faites rapidement au départ. Il faut maintenant revoir la cadence.

Par exemple, il y a eu des achats massifs pour le yogourt, mais depuis ça a ralenti. Possiblement qu’il y a moins de lunchs à préparer parce qu’il n’y a plus d’école. Aussi, en début de crise, les clients ont emmagasiné des quantités de lait dans leur frigo. Ce qui a provoqué une hausse de 30 à 35 % de la consommation.

Malgré tout, la situation ne cesse d’évoluer et Frédérik Amesse s’attend à une diminution de revenus de l’ordre de 5 % à la fin de l’année.

S’il y a deux semaines le producteur du secteur de Saint-Timothée craignait d’être malade, son état d’esprit est tout autre en ce moment. « On dirait qu’en campagne, dans notre tracteur, on est moins craintif et plus positif, assure-t-il. On continue de travailler fort comme toujours et on n’y pense pas trop. »

(Texte Yanick Michaud et Eric Tremblay)
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