Félix d’Hérelle: trop rebelle pour le Nobel

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Par Philippe Lanoix-Meunier
Félix d’Hérelle: trop rebelle pour le Nobel
Le livre Félix d’Hérelle: Trop rebelle pour le Nobel (Photo : Gracieuseté)

LECTURE. L’auteur et journaliste Raymond Lemieux a récemment lancé son dernier livre, Félix d’Hérelle: Trop rebelle pour le Nobel. Dans cet ouvrage, il se penche sur le récit d’un méconnu de l’histoire, «un anti-héros au destin incroyable».

Félix d’Hérelle est un personnage plus grand que nature. Scientifique autodidacte, il a été nommé 28 fois pour le prix Nobel de médecine et de physiologie sans jamais le remporter. Personnage à la fois mystérieux et fascinant, il est l’un de ces grands oubliés de l’histoire.

Whisky

Né à Paris en 1873 d’un père franco-canadien, Félix d’Hérelle débarque au Canada en 1897, en quête de cette terre d’Amérique où tous les rêves semblent possibles. Il s’installe tout d’abord à Saint-François-de-Beauce – aujourd’hui Beauceville –, où il caresse le projet de trouver un nouveau débouché au sirop d’érable – l’une des principales ressources naturelles de la région – en le transformant en alcool.

Après plusieurs essais infructueux, il réussit à produire un whisky d’érable d’«excellente qualité». Mais le flair entrepreneurial d’Hérelle s’avère déficient. Il s’agit en effet du pire moment pour fonder une distillerie, alors qu’une vague populaire appelant à la prohibition frappe déjà les États-Unis – principal débouché économique du Canada – et que le gouvernement fédéral organise un plébiscite sur la question.

Si la vente d’alcool n’est finalement jamais abolie au Canada, le projet de whisky à l’érable de Félix d’Hérelle se révèle néanmoins un échec sur toute la ligne.

Chocolat

L’inventeur ne se laisse pas abattre pour autant. Même si les consommateurs nord-américains boudent les plaisirs de l’alcool, comment pourraient-ils lever le nez sur les plaisirs de la table?

En 1899, il déménage à Longueuil avec sa famille. Avec son frère Daniel, il se lance dans la fabrication de chocolat. Il achète un bâtiment du chemin de Chambly et en fait la plus importante et la plus moderne chocolaterie au Canada, la Herelle’s & Chocolate Works.

Cependant, tout comme son projet de distillerie, l’aventure longueilloise ne durera qu’un moment. Dès le départ, l’entreprise est mal gérée et les frères d’Hérelle dépensent sans compter. Le projet de chocolaterie se solde par un échec cuisant et l’usine est contrainte de fermer ses portes à peine deux ans après son ouverture.

Seul témoin de cette brève mais non moins ambitieuse aventure, le bâtiment situé au 560, chemin de Chambly est toujours debout et abrite aujourd’hui des bureaux de professionnels.

Aventurier

Jamais à court d’idées et de projets, Félix d’Hérelle poursuit ensuite sa route jusqu’en Amérique latine, où il sera entre autres chasseur de sauterelles en Argentine. Il intègrera par a suite l’Institut Pasteur de Paris à titre de chercheur professeur et enseignera à la prestigieuse Université Yale, dans le Connecticut. Il exercera également le métier de bactériologiste en Égypte et en Inde et fondera l’une des plus importantes institutions de recherche en Union soviétique dans les années 1930.

Scientifique autodidacte

Si son parcours d’aventurier a de quoi impressionner, c’est grâce à une importante découverte scientifique aux retombées spectaculaires que le nom de Félix d’Hérelle passera à l’histoire. En pleine Première Guerre mondiale, il découvre les bactériophages – des virus n’infectant que des bactéries.

L’utilisation des bactériophages, prédateurs naturels des bactéries, deviendra une technique pionnière et efficace de lutte contre les infections bactériennes. C’est ce qu’on nommera par la suite la phagothérapie. Tombée dans l’oubli depuis un demi-siècle du côté occidental de l’ex-rideau de fer, cette pratique fait cependant toujours partie de l’arsenal thérapeutique des pays de l’Europe de l’Est, au point de constituer une arme de choix dans la politique de santé publique de ces pays.

«Indiana Jones de la microbiologie»

«C’est vraiment un homme qui a eu un parcours hors de l’ordinaire, explique l’auteur Raymond Lemieux. Je ne le connaissais pas et quand je suis tombé sur son histoire, j’ai tout de suite eu envie de la partager et de la faire connaître.»

«C’était un aventurier en plus d’être un scientifique hors pair, soutient M. Lemieux. J’aime dire que c’est un peu le Indiana Jones de la microbiologie. La fin du XIXe et le début du XXe siècle ont été une période romantique de la science. Raconter l’histoire de Félix d’Hérelle, c’est aussi l’occasion d’aborder le contexte de la science et de la société dans laquelle il a évolué. C’est l’occasion de démystifier la démarche scientifique de l’époque, qui était beaucoup moins rigide qu’aujourd’hui. On était loin de la science de laboratoire.»

«Félix d’Hérelle a été un scientifique comme il ne s’en fait plus: il s’est engagé à fond avec toute son intuition pour, comme un rêveur, changer le monde, ajoute l’auteur. Il est de cette génération à qui la science a fait miroiter tous les espoirs et suscité bien des impatiences, de ce temps où tout semblait bientôt possible: vaincre les maladies, maîtriser les forces cachées de la matière, voler dans le ciel et même explorer le cosmos.»

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