Féminicides: création d’une cellule de crise pour prévenir le pire

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Par Michel Hersir
Féminicides: création d’une cellule de crise pour prévenir le pire
Les membres de la cellule de crise ont suivi deux jours de formation avec une spécialiste en la matière, Christine Drouin. (Photo : Le Courrier du Sud - Denis Germain)

La pandémie est particulièrement difficile en ce qui a trait à la violence faite aux femmes. En date du 23 avril, on compte 10 féminicides au Québec. Le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) et l’ensemble des intervenants du milieu s’inquiètent de cette tendance. Pour y remédier, ils ont ensemble mis sur pied une cellule de crise pour intervenir en amont.

«Avant, on travaillait pas mal en silos. On ressentait plus de solitude», exprime Marie-Christine Plante, adjointe à la direction de Carrefour pour Elle, un organisme d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale.

«Là, on est en train de jeter les bases d’une structure de concertation où on sera sur la même longueur d’ondes, qui, on l’espère, va sauver des vies et prévenir le pire», ajoute-t-elle.

Mme Plante précise que la cellule de crise permet aux intervenants de «s’entendre sur de meilleures pratiques» et de déterminer à quel moment il faut lever la confidentialité d’un ou d’une bénéficiaire, afin de partager certaines informations normalement confidentielles. Ce, en cas de danger imminent pour la vie de quelqu’un. Un comité de coordination a pour tâche d’évaluer ce risque.

«Ça change toute la dynamique, confirme à son tour Simon Crépeau, relationniste du SPAL, précisément à propos de la levée de la confidentialité. On voit tout le potentiel d’intervenir en prévention, avant que soit commis l’homicide.»

Le comité se réunira en moins de 24 heures pour prendre une décision. Cette approche permet donc aux différents intervenants de réagir plus rapidement, permettant d’encourager une victime à se rendre rapidement dans un centre d’hébergement ou d’assurer un suivi étroit avec un agresseur, par exemple. Les policiers pourraient même procéder à l’arrestation d’un conjoint violent même si la victime refuse de porter plainte.

Ce sont les événements des derniers mois survenus au Québec et sur le territoire de Longueuil qui ont obligé la création d’une telle cellule de crise, ajoute M. Crépeau.

«On avait des protocoles auparavant, mais on voyait qu’il fallait se réajuster étant donné les augmentations des problèmes d’agressivité en lien avec la pandémie.»

-Simon Crépeau, relationniste au SPAL

Le SPAL s’est inspiré de cellules de crise formées ailleurs au Québec, par exemple à Laval et Châteauguay, pour former celle de Longueuil.

En avril, ses membres ont suivi une formation de deux jours avec Christine Drouin, une spécialiste en la matière. Cela a permis aux organismes et gens du milieu de développer un langage commun pour aborder la violence conjugale.

Pandémie et violence conjugale

Parmi les partenaires de la cellule de crise, on retrouve le SPAL, le Carrefour pour Elle, l’Entraide pour hommes, le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), les CISSS de la Montérégie-Centre et de la Montérégie-Est, les centres d’hébergement, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Geneviève Landry, directrice générale de l’organisme Entraide pour hommes

Tous les intervenants rencontrés ont mentionné que la pandémie exacerbe les problèmes de violence conjugale. Pour Geneviève Landry, directrice générale de l’organisme Entraide pour hommes, le fait d’être rendu à 10 féminicides montre l’étendue du problème. Elle mentionne qu’il y en a environ 12 par année en temps normal.

«Le fait d’être confiné, de ne pas pouvoir avoir ses sports, ses habitudes, d’être toujours dans la maison, ça vient aggraver des choses qui existaient déjà, dit-elle. Parce que la violence, elle n’apparaît pas comme ça.»

De plus, il n’y a pas que le confinement que les organismes craignent, mais également le déconfinement pour les hommes qui ont des comportements obsessifs et harcelants.

«À partir du moment où une femme va retourner au boulot et revoir ses amis, l’homme va tenter d’exercer un contrôle un peu plus strict [parce qu’il n’aura plus la même emprise que lorsqu’elle est à la maison], alors qu’on sait qu’un homicide se commet quand monsieur a l’impression de perdre de contrôle», poursuit Mme Landry.

Pour le SPAL, la hausse des signalements en temps de pandémie montre qu’il faut réagir rapidement.

«On voulait s’assurer de dire aux femmes de ne pas se décourager, conclut M. Crépeau. Mais surtout, autant pour les femmes que pour leur entourage, d’appeler lorsqu’il y a un problème.»

 

12

Nombre de féminicides en moyenne chaque année

10

Nombre de féminicides depuis le début de l’année

 

Plus d’interventions de la police

Dans un article publié lundi, La Presse dévoile que le Service de police de l’agglomération de Longueuil intervient davantage depuis le début de la pandémie auprès de personnes en crise, en détresse ou qui éprouvent des problèmes de santé mentale, intoxiquées ou non. Un seul événement a nécessité aux policiers de boucler un périmètre de sécurité depuis le début de l’année parce que le suspect ne collaborait pas. Idem en 2019 et en 2020.

Néanmoins, le nombre d’interventions préventives, c’est-à-dire avant de déployer la cavalerie parce qu’il a été impossible de désamorcer la situation avant qu’elle ne dégénère, est en augmentation. Celles-ci sont passées de 7 à 11 de 2019 à 2020. Depuis le premier trimestre de 2021, elles sont au nombre de 5.

«C’est sûr que les personnes sont davantage laissées seules à elles-mêmes et isolées depuis le début de la pandémie» a confié l’inspecteur-chef Pierre Marchand au journaliste Daniel Renaud.

 

 

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