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La boutique érotique à l’air du temps

le lundi 12 février 2024
Modifié à 9 h 43 min le 14 février 2024
Par Michel Hersir

mhersir@gravitemedia.com

Fanny Cloutier souligne que le Saint-Valentin est toujours un temps fort pour les boutiques érotiques. (Photo : Le Courrier du Sud – Denis Germain)

Application cellulaire, intelligence artificielle et jouet polyvalent : la boutique érotique s’est adaptée à son époque. Une époque où les gens veulent apprendre à mieux se connaître, à s’investir dans leur sexualité, et où les tabous encore présents sur le commerce érotique se retirent peu à peu.

Autour d’une table dans un café de Longueuil, Line Paillé se remémore avec une touche d’humour l’évolution du jouet érotique depuis qu’elle s’est lancée dans le milieu, en 2002.

«On avait des jouets à batteries, qui faisaient plein d’affaires sauf donner des orgasmes!» illustre-t-elle.

Pour la propriétaire des boutiques mobiles Karesses, les jouets ont «complètement changé», vraisemblablement pour le mieux. L’ère des batteries et du jelly est révolue, celle du silicone, des applications cellulaires pour contrôler les jouets et des appareils rechargeables est en vogue.

Mais il n’y a pas que le produit qui a évolué dans le milieu. Les clients également.

«Beaucoup de gens voyaient ça comme une dépense, me disaient : j’ai pas besoin de ça moi. Ce n’est pas essentiel. Aujourd’hui, le discours a entièrement changé. C’est : j’investis dans mon couple, je veux apprendre à me connaître, à me découvrir», souligne-t-elle.

Intelligence artificielle

Fanny Cloutier compte quant à elle une dizaine d’années d’expérience dans le domaine. Elle est aujourd’hui experte en produits et gestionnaire de succursale chez Eros et Compagnie, chaîne de boutiques érotiques qui compte 27 succursales au Québec, dont à Châteauguay et à Longueuil.

Elle explique au Journal comment la boutique érotique de 2024 offre une variété de produits plus grande que jamais, dont une gamme pour hommes bien plus présente qu’auparavant.

 

La succursale longueuilloise d'Eros et Compagnie est la 27e et dernière de la compagnie. (Photo : Le Courrier du Sud – Michel Hersir)

 

«On essaie vraiment d’être inclusif. La boutique érotique, c’est pour tout le monde qui veut explorer, se découvrir. C’est accessible à tout le monde», souligne-t-elle.

Et signe que les technologies sont omniprésentes, on retrouve même dans la gamme de produits, un masturbateur piloté par l’intelligence artificielle.

Gêne et tabou

Encore tabou, la boutique érotique? Fanny Cloutier et Line Paillé affirment toutes deux que oui, mais de moins en moins.

«Je pense que le plus grand défi d’une vendeuse est de rendre les gens à l’aise. On vend ça un peu comme si tu rentrais chez Brault et Martineau acheter un lave-vaisselle», indique la gestionnaire d’Eros et Compagnie.

Celle-ci évoque en outre comment le balado Sexe Oral et sa grande présence sur les réseaux sociaux – plus de 100 000 abonnés sur Instagram – ont donné une plus grande visibilité à la sexualité. «Beaucoup de gens nous disent : je regarde le podcast, c’est pour ça que je suis venu. C’est ma première fois», note-t-elle.

«Avant, je me faisais souvent demander : c’est quoi ta vraie job? Là, ça fait longtemps que ce n’est pas arrivé», constate Line Paillé.

 

Suggestions

Pour les couples qui voudraient profiter de la Saint-Valentin pour s’introduire au monde des jouets sexuels, les deux femmes ont chacune leur suggestion.

«Je dirais que ce n’est pas tout le monde qui veut nécessairement des jouets en tant que tel. Quelqu’un avec moins d’expérience, souvent ce que je propose, surtout en vue de la Saint-Valentin, ce sont les jeux de société. C’est plus pour donner des idées de préliminaires et c’est moins axé seulement sur les organes génitaux», suggère Fanny Cloutier.

«Si le budget est illimité, le meilleur jouet, à mon avis, c’est le [vibromasseur] Chorus, de la compagnie canadienne We-Vibe. C’est parfait de A à Z. On peut s’en servir juste clitoridien, durant la pénétration, autour de la main durant la masturbation ou la fellation, on à la main vibrante, on peut le commander à distance», énumère Line Paillé, évoquant en outre de nombreuses autres possibilités.

Quant au produit le plus populaire, il ne s’agit pas nécessairement de jouet en soi.

«Même si dans un groupe, on me dit : on a hâte aux jouets, on veut voir les jouets, ce que je vends le plus, c’est les produits Shunga, comme le lubrifiant, l’huile à massage, mais surtout, les crèmes orgasmiques comme Jardin secret. Sinon, ça peut être les sels de mer ou le gel douche, avec les bulles mangeables», informe la propriétaire de Karesses.

«Ce qui est vraiment populaire à la Saint-Valentin, c’est la trousse point g. C’est un ensemble de quatre produits, incluant le jouet, le produit de massage, la crème stimulante et le produit pour le bain», propose Fanny Cloutier.